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Guadeloupe. Mai 1802 - Déclaration de Marie Luce Penchard

29 Mai 2019
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Basse-Terre-Capitale. Mercredi 29 mai 2019. CCN. Pour honorer la mémoire de Louis Delgrès, de Solitude, d’Ignace et de tous ceux qui ont combattu en mai 1802 contre le rétablissement de l’esclavage, chaque année le Fort Delgrès est le lieu symbolique et emblémaique d’une manifestation du souvenir. Marie-Luce Penchard, maire de Basse Terre a prononcé à cette occasion un beau discours que CCN publie ci-dessous. 2 autres femmes, La présidente du Conseil General, Josette Borel Lincertin et la V/P de la Région Maggy Celigny ont elles aussi su donner dans leurs discours le sens de ce 27 mai.

« Que nous soyons des femmes et des hommes doubout en toute circonstances pour l’intérêt supérieur de la Guadeloupe ».

Chaque année, nous nous retrouvons dans ce lieu chargé d’histoire, le Fort DELGRES, pour commémorer l’abolition de l’esclavage.

Chacun à notre façon,

Nous trouvons les mots pour exprimer ce devoir de mémoire, nous trouvons les mots pour rendre hommage aux hommes et aux femmes qui se sont battus pour faire aboutir la fin de cette abomination, pour arrêter ce qui fut reconnu plus tard par la nation, un crime contre l’humanité, pour mettre un terme à ce qui, à nos yeux aujourd’hui, constitue une honte pour les sociétés qui ont eu à le pratiquer.

Nous trouvons les mots pour décrire la souffrance des esclaves, la souffrance de nos ancêtres, nous trouvons les mots pour raconter les sévices, les humiliations qu’ils ont endurées pendant des siècles. Nous essayons, avec des mots, chacun à notre manière, de donner du sens à ce devoir de mémoire.

Ce rappel de l’histoire de l’esclavage nous montre à quel point les libertés fondamentales sont fragiles et que la vigilance reste de mise pour défendre une des valeurs essentielles voire primordiales de la condition humaine : la liberté.

Raconter l’histoire de l’esclavage, c’est aussi mettre en évidence pour ceux qui doutent de l’utilité de cette commémoration, les discriminations que beaucoup d’entre nous vivent au quotidien, pour la couleur de la peau, pour le type de vêtements portés, pour la nature de leurs cheveux en disant cela je pense tout particulièrement au déferlement des propos violents et racistes sur les réseaux sociaux après la nomination du porte parole du gouvernement Sibeth N’DIAYE.

Tous ces exemples sont malheureusement bien la preuve que la mémoire de la traite négrière reste d’actualité parce qu’il n’y a pas, en réalité de césure nette entre des évènements qui se sont succédés dans le temps et la situation actuelle.

On peut l’espérer un jour, mais j’en doute ; ainsi va le monde, n’est ce pas le propre de la nature humaine ? On pense avoir aboli l’esclavage, l’a-t-on réellement fait? Car à chaque fois un nouveau système s’impose plus diffus, plus sournois, plus pernicieux, plus difficile à cerner faisant naître d’autres discriminations, d’autres souffrances ; des souffrances qui rongent le monde !

Que doit- on penser des réseaux de travail dissimulés qui font appel aux migrants clandestins qui n’hésitent pas dans l’espoir d’une liberté tant espérée, à mettre en péril leur vie ?

Que doit-on penser de l’exploitation sexuelle des femmes dans les pays industrialisés et du mariage forcé dans certains pays d’Afrique ? Ou est la différence avec l’esclavage si ce n’est un autre visage de cette aliénation de l’homme.

Plus proche de nous, Que doit- on penser de la différence de salaire entre les hommes et les femmes qu’aucune loi n’a pu endiguer ? Tout ceci doit nous interpeller comme toutes les formes de servilité générées par la mondialisation.

Alors oui cette commémoration doit être l’occasion de se recueillir, de se souvenir, l’occasion de ne pas oublier notre histoire, l’histoire de la GUADELOUPE, l’histoire de FRANCE, mais j’y vois également l’occasion de réfléchir sur soi même, sur le monde qui nous entoure, sur le sens que l’on donne à la vie, sur notre destin commun de guadeloupéens au sein de la nation française.

Pour moi, ce lieu symbolique du Fort DELGRES, immortalise le combat de ces hommes qui ont donné sa vraie grandeur et son universalité à la déclaration des droits de l’homme ; un combat que DELGRES a voulu mener pour montrer que la population guadeloupéenne avait toutes les capacités pour devenir un peuple majeur, digne, fier et capable de mourir pour sa liberté.

Ce message de dignité, ce message de fierté, ne le perdons pas et faisons-le vivre à chaque commémoration !

N’oublions jamais que DELGRES et ses hommes ont aussi voulu, par leur résistance, leur sacrifice, que les générations futures, que nous sommes, soient en mesure de puiser dans cette histoire un stimulant à leur courage, un stimulant à leur détermination dans la grande œuvre de libération pour que nous soyons des femmes et des hommes « doubout » en toutes circonstances dès lors qu’il en va de l’intérêt supérieur de la Guadeloupe.

Il nous appartient de perpétrer cette verticalité dans les convictions et les engagements qui sont les nôtres pour faire avancer la Guadeloupe. Ceux qui ont puisé leur force dans cette posture, qui caractérise la vie du colonel Louis DELGRES, ont contribué fortement à faire progresser notre territoire et, seul leur nom restera dans l’histoire !

N’oublions jamais que la démocratie est une libération et ne tombons pas, à l’approche de forte intensité de la vie politique, dans le piège de la discorde, dans le poison de la propagande.

Evitons ces dénonciations hasardeuses, mensongères pour tenter de déstabiliser nos concurrents. Evitons l’instrumentalisation du pouvoir, des médias, de la justice pour priver à tort certains d’entre nous de leur liberté. Evitons de diviser nos familles et ayant plutôt à cœur de débattre pour faire vivre notre démocratie sans remettre en cause l’unité de notre territoire.

La GUADELOUPE a besoin de cette unité pour s’assumer pleinement et ne pas laisser aux autres le soin de le faire pour elle en revenant à l’ère du paternalisme au motif que nous serions divisées. En tout cas, ce n’est pas le message que nous a laissé louis DELGRES !

Ce n’est pas non plus ce qu’attend une population qui aspire à plus d’égalité de chance pour la jeunesse, plus de travail pour ceux qui n‘en ont pas, un meilleur système de santé et de protection sociale,

La préservation des milieux naturels pour garantir la qualité de l’eau, une amélioration des moyens de déplacements, plus de justice fiscale et sociale à partir d’une meilleure répartition des richesses.

Alors, en pensant à nos ancêtres ce 27 mai, en pensant à ce qu’ils ont enduré pour construire un avenir meilleur dans une communauté de destin, nous avons ce devoir de répondre aux problèmes de nos concitoyens mais nous devons le faire par une manière d’être irréprochable, digne, dans le dévouement, sans haine vis à vis des uns et des autres ; c’est ce, qui avec le temps, force le respect et permet de rétablir la confiance dont toute démocratie a besoin pour fonctionner.

Aujourd’hui, plus que jamais, dans cette grande période de doute et d’absence de repères de la population, nous avons à défendre des valeurs et des principes que nous devons mettre en pratique pour donner corps à notre action au quotidien telles que les valeurs de probité, d’honnêteté, de sincérité, les valeurs de vérité et ne pas hésiter à se battre pour les conserver, surtout lorsque l’on cherche à faire en sorte que vous ne puissiez plus les incarner dans les responsabilités que vous exercez.

C’est une question de dignité et c’est aussi cela le sens du sacrifice de DELGRES. ! Rester digne pour défendre son honneur !

Pour terminer, je voudrais dire que les commémorations du mois de mai sont certes l’occasion de mettre en avant ce que pendant des siècles les victimes de l’esclavage ont subi une différenciation raciale pour des raisons économiques et commerciales.

Mais nous devons chacun assumer pleinement notre part de cette histoire, dans la réconciliation et sans sacrifier la réalité des faits car chaque peuple doit pouvoir se replonger dans son histoire pour y puiser les raisons d’espérer et de se construire.

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CCN

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