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Guadeloupe. Mise au point : Les Indos-Guadeloupéens répondent aux insultes de Joëlle Ursule

03 Jui 2019
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Port-Louis. Lundi 3 juin 2019. CCN. L’élection récente de Maxette Pirbakas, (Rassemblement-Front National) comme députée « européenne » a suscité une très vive réaction de la chanteuse Joëlle Ursule. Dans un post qui a beaucoup circulé sur les réseaux l’interprète de « Black and White » s’en est pris à l’ensemble de la communauté indo-guadeloupéenne en des termes inqualifiables.

CCN publie ci-dessous la réaction très mesurée et très respectueuse de 2 militants issus de la communauté indo-Guadeloupéenne : Elie Shitaloo et Olivier Mounsamy.

C’est à lire…

Les guadeloupéens d’origine indienne que nous sommes (indo- guadeloupéens), ne peuvent rester insensibles et surtout muets, après l’analyse qu’a publié notre compatriote, Joëlle Ursule, concernant le score du RN ex FN dans NOTRE pays !

En résumé, elle dit: « tousa ki pa, nèg, déwo ! ».

En effet, plus qu’une analyse, c’est une invitation à la déchirure et à la haine de l’autre que lance Mme URSULE.
Ses propos et le ton utilisé sont crus, violents exacerbés, et doivent interpeller toute la Guadeloupe et non seulement les personnes d’origine indienne.

Sans être des donneurs de leçons, nous pensons que les personnalités publiques, les faiseurs d’opinions notamment les artistes se doivent de donner l’exemple.

Fò pa ni yenki nwit blanch, rimé ren é voyé monté...

Pêle mêle, dans son crachat jeté à la face des guadeloupéens et notamment des indo-guadeloupéens, elle dit :

1. « Quand vos parents sont arrivés chez *nous* »

La « gwadloup sé tan nou ... sé pa tayo » revient !
Le « chez nous » est très symptomatique de son état d’esprit et de celui de certains qui considèrent que « gwadloup sé péyi a nèg tousèl ».

Gwadloup sé tan nou osi !!!!

C’est la preuve, une fois de plus, que les cicatrices de notre histoire sont encore vivaces et que la non reconnaissance des indo-guadeloupéens comme des guadeloupéens à part entière est bien réelle dans l’esprit de certains !

Nous sommes les seuls à dire que nous sommes guadeloupéens... pour tous les autres, nous sommes des indiens.
Ainsi, il est courant d’entendre dire pour décrire un groupe :
« on gwadloupéyen, on dòt gwadloupéyen, on zendyen »

Comment alors s’étonner que certains d’entre nous, adoptent à leur tour une attitude de non intégration et un sentiment de non appartenance ?

Cela nous rappelle des propos de camarades de classes qui nous disaient que la Guadeloupe était leur pays et que le nôtre était l’Inde.

Ce « chez nous » et le rejet de nous autres indo-guadeloupéens qu’il insinue, est aussi une insulte à ceux de nos grands-parents et d’entre nous aujourd’hui, qui ont porté et portent encore leur contribution à l’édification de NOTRE GUADELOUPE, et dans tous les secteurs et domaines !

2. « Ils ne parlaient pas français, religions et coutumes étaient différentes. »

Les esclaves africains ne parlaient pas non plus le français et leurs religions et coutumes étaient différentes, mais comme disent FLOWER et les Chœurs créoles Kolibri dans leur célèbre LANG GWADLOUPEYEN ,

«An koumansman istwè èsklavaj Lang afwiken bouré épi lang éwopéyen Afriken pa té ka konpwann yo yo té ka palé plizyè lang diféran Mé, mizè, kou, travay,mizik mété yonn é lot pi pré É mizi an mizi ou vini kréyé Lang kréyòl »

C’est tout naturellement que la langue Guadeloupéenne est devenue celle des nouveaux arrivants, d’autant plus que parler les leurs et pratiquer leurs coutumes diverses étaient interdits par le pouvoir politico religieux !

La socialisation des nouveaux libres s’est faite avec le concours de l’école française ; et les enfants qui y accédaient parlaient français. Le français était la langue parlée dans les maisons. Et pendant ce temps-là, les zendyen, dans les champs, sous le joug du même maitre continuaient à maintenir le créole.

Mèsi pou yo !

Et que parlait Mme URSULE chez ses parents ?

Devrions-nous rappeler, que des linguistes ont déclaré qu’à un certain moment, les indo-guadeloupéens ne s’exprimaient qu’en Créole et de ce fait ont été l’espace d’une période, ceux qui parlaient le créole considéré comme le plus authentique !

Du reste, beaucoup d’indo-guadeloupéens ne maitrisent toujours pas correctement le français et on ne se plaint pas car le Créole est notre langue maternelle.

3. « Ils étaient comme les blancs Matignon, ils vivaient entre eux »

Cela ne pouvait pas être autrement quand on connaît le contexte de l’époque.
Et nous considérons cette comparaison comme malsaine, bourrée de sous entendus et du fameux préjugé « zendyen ka mayé ant yo ».

Nous précisons simplement, que s’il peut s’agir d’union «inter communautaire », il n’est nullement question de consanguinité !

Posons-nous la bonne question de savoir ce qui a provoqué ce repli sur soi !
Les indiens ont été ghettoïsés, ostracisés, vilipendés, ignorés jusqu’à un passé très récent.

4. « Mais l'état a donné des parcelles de terre pour qu'ils restent ici. Personne n'a manifesté pour que vous partiez, on ne vous a pas agressé physiquement, les noirs n'ont jamais demandé le départ des indiens. »

Voilà une façon encore une fois très tendancieuse de présenter l’Histoire, de présenter les choses et qui pourraient laisser entendre que le blanc aurait donné aux indiens, des terres qui auraient dû revenir aux nègres et que ces derniers auraient gentiment laissé faire.

Nous disons bien « aux nègres » et non « aux noirs » car nous aussi, sommes des noirs !

Nous ne développerons pas sur ce point précis, tellement la question de la terre peut être délicate.

Il serait peut-être intéressant que des historiens donnent une explication scientifique de cette attribution de terres aux immigrants indiens.
Mais nous pouvons rappeler que les indo-guadeloupéens ont été colons au même titre que les nègres sur les habitations. Il n’y a pas eu de faveur pour services rendus !

La Terre est sacrée comme celle de la Guadeloupe !
Elle est travaillée et vénérée. Elle n’est pas vendue car ce n’est pas un produit de consommation.

5. « Nous avons aujourd'hui une grande et prospère communauté indienne. »

Là encore nous sommes dans le cliché « zendyen sé moun a lajan » Nous réfutons fermement le terme « communauté indienne » !
Nous avons aujourd’hui, des indo-guadeloupéens de toutes conditions, des plus pauvres, aux plus riches, un point c’est tout , mais tous guadeloupéens !

6. « Et aujourd'hui certains d'entre vous enragent contre les étrangers de la caraïbe ! Incompréhensible ! Ils ont la mémoire courte . »

Nous fustigeons tous les xénophobes guadeloupéens, qu’ils soient nèg ou zendyen !

Et à ceux qui ont la mémoire courte, nous rappelons que Ibo Simon qui a été l’un des premiers à monter les guadeloupéens contre les étrangers Caribéens, n’était pas, sauf erreur de notre part, un zendyen !!!

A ce sujet, nous adressons en annexe, un courrier que nous avions co- signé à l’époque, et envoyé au CSA, à toute la presse et à tous les élus et partis politiques de notre pays, ou nous condamnions les propos d’Ibo Simon sur Canal 10 pendant que tous les autres laissaient faire !

A ceux qui ont la mémoire courte, nous rappelons qu’il n’y a pas si longtemps, les candidats FN aux élections législatives étaient Prévert Mayengo dans la 2e circonscription (sans doute un zendyen camoufflé en nèg), Rody Tolassy dans la 3e (un bata zendyen/nèg ).

A ceux qui ont la mémoire très courte, nous rappelons qu’il y a à peine quelques semaines, la candidate guadeloupéenne sur la liste FN était encore Mme Delannay-Clara (sans doute elle aussi une indienne)....

7. « Pour finir ,un petit message à la représentante Rn : Si sa famille était restée en Inde ,vu sa couleur de peau elle ferait partie d'une caste ,elle serait certainement une intouchable .Méditation recommandée pour comprendre !! BONDA MANMAN'W VOILÀ CE QUE JE PENSE ! »

Cela ressemble tristement et étrangement aux discours réactionnaires blanc sur les bienfaits de l’esclavage et de la colonisation. Nul n’est obligé d’aller en Inde pour constater que la Guadeloupe est dirigée par des castes, et dans tous les domaines, ... de père en fils et de mère en fille !

Non, nous avons trop de respect et d’estime pour ce que nous sommes tous pour ne pas dire à nos COMPATRIOTES afro-guadeloupéens : « si vous étiez en Afrique, vous seriez dans la brousse...... »

Ici, nous ne sommes ni en Afrique, ni en Inde, ni même dans la banlieu parisienne, lieu de villégiature de nombre de nos compatriotes qui ruminent rongé par la colère et la haine.

Nous terminerons par un petit message à tous nos compatriotes : attention à ne pas faire ressurgir les vieux démons du passé qui n’ont pour but que de nous diviser une fois de plus !

Ne nous trompons pas de combat car nous avons un pays à construire ENSEMBLE !
NOTRE GUADELOUPE !!!!

La Guadeloupe est l’un des rares pays où la population, quelle que soit son origine, s’accepte telle quelle est, accepte l’autre, tous les autres.

La Guadeloupe est une terre d’accueil et de rencontres, ce qui n’est pas toujours le cas ailleurs.
Ceux qui vivent dans le péyi gwadloup, toute l’année, ont fait un choix, celui de construire au quotidien la Guadeloupe via la somme de toutes les individualités.

RESPECTUEUSEMENT, VOILA CE QUE NOUS PENSONS !

Elie SHITALOU

Olivier MOUNSAMY

Indo-Guadeloupéens.

ANNEXE :

LETTRE OUVERTE : ”PRÉSERVONS LA PAIX CIVILE EN GUADELOUPE” (Mars 2000)

PRÉSERVONS LA PAIX CIVILE EN GUADELOUPE

En 1848, après l’abolition de l’esclavage, la société de plantation se trouve confrontée à une importante crise de main d’œuvre. En 1854, après de nombreuses tentatives, toutes soldées par des échecs, l’importation de la main d’œuvre Indienne constitue, à l’image des opérations réalisées dans les îles anglophones, la solution recherchée

Désirant poursuivre leur entreprise de domination, les colons ont créé des divisions au sein d’une même classe, entre les ouvriers Nègres et Indiens .En conséquence, la société Guadeloupéenne a vécu pendant très longtemps avec cette rivalité d’une extrême violence tant dans les actes que dans les propos entre Indiens et Nègres

Aujourd’hui, grâce au travail réalisé par différentes associations et certaines personnalités, la tendance est en train de s’inverser et l’on s’achemine vers une meilleure acceptation de la différence de l’autre

Toutefois, depuis quelques temps, les vieux démons semblent revenir. Les procédés ne sont pas les mêmes mais se ressemblent

Ainsi, Monsieur IBO SIMON, élu du peuple, animateur vedette de la chaîne de télévision privée Canal 10, s’avère être l’instrument choisi pour relancer cette entreprise de division

À chacun de ses passages à l’antenne, ses propos en continu, peuvent se résumer comme suit : “il y a une race supérieure qui a réussi, c’est la race Blanche ; il y a une race intermédiaire qui est en train de réussir, c’est la race Indienne ; il y a une race inférieure qui ne se mobilise pas, c’est la race Nègre “

Cela ne serait pas grave, si de nombreux compatriotes ne se laissaient prendre par ce discours en le cautionnant, en le reproduisant et en le diffusant .Et une des interprétations primaires pouvant être faite est la suivante :“Si les Nègres ne réussissent pas, c’est qu’ils sont gênés dans leur dynamique par les autres groupes”

Dès lors, en tant que Guadeloupéens d’origine Indienne, nous craignons qu’un jour ou l’autre la situation ne dégénère, et que des compatriotes Nègres, exaspérés par ces propos et par le soutien passif qui est apporté à Monsieur IBO, ne s’en prennent à nous.

C’est très certainement le but recherché, par ceux qui utilisent les dispositions de mimétisme de cet animateur

Nous n’avons pas le droit de laisser détruire ce que les générations passées ont mis tant de temps à construire et à nous léguer

À l’heure de la mondialisation imposée par les pays occidentaux alors qu’en même temps ils cherchent à se protéger en revalorisant les cultures régionales ;

À l’heure où l’on semble s’acheminer vers un consensus sur l’avenir de notre pays ;

Celui-ci a besoin de toutes ses composantes pour se construire, se développer, s’émanciper

Dans quel pays accepterait-on que des propos aussi racistes tenus envers son propre peuple soient diffusés quotidiennement ?

La légitimité populaire et le taux d’audience justifient-ils qu’un patron de télévision impose cette situation ?

Au nom de la paix civile et du principe d’égalité tel que défini par la constitution, le C.S.A. et les autorités compétentes doivent intervenir et prendre les dispositions nécessaires

A cet effet nos responsables ne doivent plus rester silencieux

Avant qu’il ne soit trop tard, nous demandons par la présente à tous les responsables concernés de prendre les mesures appropriées

À l’idéologie hitlérienne, nous répondons par ces mots de GANDHI : « TOUS LES HOMMES SONT FRÈRES ».

Elie SHITALOU – Roby NARAYANAN – Olivier MOUNSAMY

 

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