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Guadeloupe. Basse-Terre est la capitale et doit le rester (4)

12 Jui 2019
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Basse-Terre-Capitale. Jeudi 13 juin 2019.CCN. Qui mieux que l’historienne Josette Fallope et de surcroit Basse Terrienne, pouvait porter une nouvelle et importante contribution à notre série d’articles CCN « Basse Terre est la Capitale et doit le rester ». L’article que nous a soumis et que L’historienne est riche d’informations souvent passées sous silence. Josette Fallope, propose ci-dessous une brève histoire de la Capitale afin que nul n’ignore…

Basse-Terre, actuelle capitale de la Guadeloupe, réunit certains "aspects" qui sont autant de privilèges et d'avantages dans plusieurs domaines ; notamment : le site, les peuplements et installations, l'histoire, l'économie et l'urbanisme, voire l'architecture et surtout le patrimoine...

Quand les premiers Européens arrivent en Guadeloupe en 1635 pour s'y installer, ils débarquent au nord de l'île. Mais très vite, face à une grosse mortalité subie, ils descendent vers le sud, le long de la côte ouest. Au sud, malgré deux premières installations à Vieux-Habitants et à Vieux-Fort, c'est finalement - entre les deux - l'actuel site de la ville de Basse-Terre qui est privilégié en raison de sa configuration spatiale remarquable. En effet, c'est autour du donjon de Charles Houël en 1650 que naît le premier bourg marchand, le Carmel, suivi peu après de celui de Saint-François. L'harmonie des lieux est à noter : le site en demi amphithéâtre, entre montagne très boisée et mer, est protégé des alizés, traversé de nombreux cours d'eau, ouvert sur l'horizon et bénéficiant d'ions négatifs.       Notons que les Amérindiens ont choisi ces lieux harmonieux pour leur installation dès -400 av. J-C. L'actuelle cathédrale de Basse-Terre - à l'origine chapelle puis église des Capucins - occupe précisément l'emplacement d'un ancien village amérindien, au milieu d'une importante zone d'habitat et d'implantation de carbets.        

Basse-Terre a été également fortement influencée dans son histoire par l'arrivée des ordres religieux, liés aux pouvoirs politiques et à la papauté. Ainsi Dominicains, Jésuites, Carmes, Frères de la Charité ou Frères de Saint-Jean de Dieu ou Hospitaliers et surtout Capucins issus des Franciscains, ont eu un rôle très important dans l'installation coloniale à Basse-Terre. Ainsi ces ordres établissent un lien idéologique depuis les Croisades entre Orient et Amérique. Le symbole égyptien de la croix copte, ou croix de Malte, ou encore croix des Chevaliers d'Orient -ornant les voiles des trois caravelles de Christophe Colomb- figure à la cathédrale, en façade et à l'intérieur. Chevaliers de Malte et Templiers ont laissé leurs traces à Basse-Terre. La présence des compagnons du travail sur les chantiers des édifices publics contribue à laisser l'empreinte de structures ou décors liés à une géométrie sacrée et cosmique, une "alchimie". A l'origine de l'actuel Fort Delgrès, le "donjon", "château fort" ou "maison fortifiée" de Charles Houël, comprend huit angles saillants, afin de former une construction en forme d'étoile octogonée. L'octogone se retrouve dans la plupart des édifices religieux et militaires de l'époque et serait liée à de nombreux symboles autour de la spiritualité.                   Avec la naissance du quartier commerçant de Saint-François en 1713, aidé dans son aménagement par les Capucins, - chapelle et église, aqueduc et fontaines - se développe l'économie de plantation sucrière. La première moitié du XVIIIème siècle voit l'essor de l'industrie sucrière basée sur la traite et l'esclavage, assurant le développement économique et urbanistique de Basse-Terre.                    

L'histoire de Basse-Terre en tant que capitale de la Guadeloupe est jalonnée par les nombreuses attaques et occupations anglaises qu'elle a dû maintes fois affronter : 1691, 1703, 1759-1763, 1794, 1810-1814. Et surtout, en mai 1802, Basse-Terre est le siège de la guerre qui oppose les défenseurs de la liberté, autour du colonel Louis Delgrès et les troupes du général Richepance, envoyé par Napoléon Bonaparte pour rétablir l'esclavage aboli en 1794. Malgré la victoire de Richepance, le suicide de Delgrès avec 300 hommes reste un temps fort de l'histoire de la Guadeloupe, ainsi que la maison où a vécu Delgrès et qui subsiste encore, en face du tribunal de Basse-Terre.              

Au XIXème siècle, entre le rétablissement de l'esclavage en 1802 et sa suppression en 1848, l'économie de plantation sucrière se renforce en Grande-Terre dans le cadre des usines centrales et autour des ports de Pointe-à-Pitre et du Moule.                          

Le caractère administratif de Basse-Terre se développe alors au XIXème siècle et s'accentue avec la départementalisation de 1946, autour d'un remarquable patrimoine architectural. Déjà vers 1930 l'architecte Ali Tur enrichit le paysage urbain, après le cyclone de 1928, par des bâtiments en béton : Préfecture, Palais de Justice, Palais du Conseil Général-actuellement Départemental-. En 1982 la ville accueille le Palais du Conseil Régional.                      

L'importance historique de Basse-Terre est aujourd'hui visible à travers son patrimoine urbain et architectural, porteur de nombreux signes et symboles ; et il comprend aussi un patrimoine immatériel. Ainsi la ville de Basse-Terre obtient, le 21 février 1995, du ministère de la culture, le label "ville d'art et d'histoire", concrétisé par une convention, renouvelée en 2006, qui privilégie des actions de sensibilisation en direction des scolaires, des habitants et des touristes.                

Depuis plus d'une vingtaine d'années, ces actions de valorisation et de restaurations ont porté leurs fruits ; d'autant plus que la ville a conservé entre autres, le quartier commerçant et des habitations remarquables en pierres de taille construites au XVIIIème siècle, des maisons en bois, des ponts et aqueducs etc; et des lieux de mémoire liés à l'esclavage.   On compte au moins 18 sites - publics et privés - de la ville qui sont "inscrits" ou "classés", donc protégés en termes de Monuments Historiques. Le patrimoine devient pour Basse-Terre un atout majeur de développement. Et surtout, de plus en plus, ces valorisations patrimoniales s'étendent au-delà de la ville et concernent le territoire : les onze communes de l'agglomération du Sud Basse-Terre.

On parle donc désormais de rayonnement et de développement culturel, social et économique à partir de Basse-Terre, capitale, phare et moteur d'actions de valorisations patrimoniales.

        

14 mai 2019

Josette Fallope                    

Docteur d'Etat en Histoire

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

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