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Guadeloupe. Politique : « Un XVème congrès, pour quoi faire ? »

24 Jui 2019
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Exclusif CCN. Basse-Terre. Capitale. Mardi 25 juin 2019. Ce XVème congrès est-il celui de la dernière chance pour notre pays ? Non ! car dès le 1er juillet c'est Ary Chalus le président de Région qui devra assurer le second round au cours du prochain semestre. En fait, l'initiative prise par la présidente du conseil général de convoquer un nouveau congrès succite des réactions très diverses. 24 heures avant le coup d'envoi, Josette Borel Lincertin s'exprime en exclusivité sur CCN et fournit quelques pistes. C'est à lire...

Réunir le congrès des élus départementaux et régionaux en cette fin du mois de juin 2019 autour d’enjeux essentiels pour l’avenir de notre territoire est une initiative qui suscite forcément des sentiments contrastés. Que ce soit dans dans la sphère politique, parmi les acteurs de la vie économique et sociale et, surtout, dans notre population, j’ai conscience que cette XVe réunion du Congrès peut provoquer le scepticisme, la méfiance voire l’indifférence, plutôt que l’enthousiasme.

Comment, d’ailleurs, ne pas le comprendre, lorsque la Guadeloupe n’en finit plus de lister ses maux ? L’eau potable, l’assainissement, les sargasses, notre CHU, l’exode d’une partie de notre jeunesse, le déclin démographique, le chômage, la violence, la pollution de nos sols, les transports - et j’en passe… - sont autant de dossiers renvoyant en écho l’impression tenace d’une impuissance publique qui mine la confiance du peuple en ses dirigeants.

Comment ne pas le comprendre d’autant qu’à deux reprises dans notre histoire politique récente, les travaux du Congrès se sont soldés par des échecs : en 2003, d’abord, après le refus des électrices et électeurs guadeloupéens de fusionner la Région et le Département en une collectivité unique ; puis, en 2013, faute de parvenir à nouveau à un consensus parmi les élus sur ce même projet de collectivité unique ?

Et pourtant en dépit de tout cela, et j’ose même dire plutôt à cause de tout cela, je me suis forgée deux convictions. La première, c'est qu’il est temps de nous remettre au travail sur les questions d’avenir et de gouvernance de notre territoire et le congrès est l’instance idoine pour cela. La seconde conviction, c’est que nous devons relancer les réflexions sur ces questions en tenant compte, tout à la fois, des échecs passés et des évolutions intervenues durant ces deux dernières décennies, chez nous comme chez nos voisins de Guyane et de Martinique.

En effet, rien ne serait plus contraire à notre volonté de répondre aux préoccupations de nos compatriotes et aux difficultés de notre territoire que d’avoir pour seul et unique objectif d’aboutir à une collectivité unique, peu ou prou dans ses contours de 2003, sans rien toucher d’autre dans notre organisation territoriale, dans nos responsabilités ou encore dans notre rapport à l’Etat. Comme si la Guadeloupe d’aujourd’hui était la même qu’il y a 15 ans.

Que changerait, à elle seule, une fusion de la région et du département en matière d’eau potable, en matière de transports ou en matière de déchets ?

Que changerait, à elle seule, une fusion de ces deux collectivités qui n’ont plus, aujourd’hui, que quelques compétences communes, alors que des chevauchements nouveaux sont apparus après la création de six intercommunalités qui a accentué la complexité du mille-feuille territorial ?

Que changerait, à elle seule, une telle fusion si ce n’est créer immédiatement une immense administration de près de 3 500 agents qui exigerait beaucoup de temps et autant d’argent que d’énergie pour parvenir à un fonctionnement rationnel et organisé au bénéfice de notre population ?

Certains répéteront toujours que si nous avons échoué jusqu’ici, c’est à cause de ceux qui, un jour, ont dit « non ». D’autres diront, avec certainement plus de sagesse, que nous avons échoué, notamment, parce que l’évolution institutionnelle ou statutaire a pu apparaître - en 2003 comme en 2013 - comme une fin en soi, parée de tous les avantages sans les inconvénients, comme un passage de l’ombre à la lumière. Or, une organisation territoriale et/ou un statut ne suffisent jamais à garantir la prospérité ou l’efficacité et ils doivent en définitive et avant tout servir une stratégie de développement préalablement définie, une volonté de domicilier certaines compétences au niveau local pour qu’elles soient mieux exercées dans l’intérêt du pays et une aspiration à une meilleure prise en compte de notre identité et de nos spécificités au sein de la République.

C’est pourquoi, en prenant l’initiative de ce Congrès, j’ai souhaité impulser une autre démarche : celle qui part de nos réalités, de nos difficultés, de nos forces, de nos faiblesses et des problématiques que nous avons à résoudre afin d’examiner les pistes d’évolution qui s’offrent à nous. En matière d’emploi et de développement économique durable ; en matière de fiscalité et de ressources de nos collectivités ; et en matière d’organisation territoriale. Ce seront les grandes thématiques du Congrès.

Examinons ensemble toutes les pistes.

Pas seulement celles qui nous avons déjà empruntées.

Pas seulement celles que commanderait l’idéologie ou l’ADN supposé de tel ou tel parti politique.

Pas seulement celles que nous offre aujourd’hui la Constitution de la Ve République car, selon les projets du président de la République et du Gouvernement, celle-ci a vocation à évoluer à la faveur d’une révision constitutionnelle dans le sens d’une plus grande « différenciation territoriale » à laquelle nous pourrions dire « chiche ! ».

L’enjeu de ce congrès peut donc être de nous saisir avec pragmatisme de cette opportunité que représente la révision constitutionnelle pour explorer, avec nos parlementaires, ce que pourrait être la voie à emprunter pour notre territoire. Une voie qui pourrait être spécifique à la Guadeloupe, alternative aux tranchées dans lesquelles nous nous sommes trop souvent murés - l’article 73, l’article 74 - alors que leurs frontières ont eu tendance à s’estomper, voire désormais à se confondre en pratique.

Travaillons collectivement - pourquoi pas ? - à l’élaboration d’un « article 971 ». Voilà ce que pourrait être l’ambition issue de ce Congrès qui nous conduirait à acter d’abord ensemble la nécessité de dépasser le « statu-quo » et à lancer ensuite la co-construction d’un véritable projet d’évolution du territoire avec l’ensemble des forces vives du pays, avec notre population et pour elle, avant de le présenter et de le négocier avec l’Etat.

C’est la raison pour laquelle je conçois ce Congrès comme un point de départ qui ne pourra en aucun cas être conclusif au terme de deux jours de débats qui le feront, de prime abord, ressembler à un grand forum durant lequel la parole se libérera. Mais ce point de départ devra déboucher sur une méthode de travail qui, dans les mois à venir, aura à approfondir et à affiner les pistes que nous aurons collectivement mises sur la table, au moment où mon homologue de la Région prendra la présidence du Congrès.

De quels leviers de responsabilité voulons nous disposer, et pour quoi faire ?

Quelles compétences mieux répartir pour l’efficacité de nos différentes collectivités ?

Quelles retouches à envisager dans notre organisation territoriale ?

Et bien d’autres questions encore…

C’est un travail qui prendra du temps. Le temps de l’approfondissement, évidemment. Et le temps de respecter les échéances électorales de 2020 et 2021 qui seront une première occasion d’aller démocratiquement devant la population pour lui présenter les options qui s’offrent à nous.

Le consensus ne se décrète pas. Il ne peut que se construire. De même que le scepticisme, la méfiance et l’indifférence ne disparaîtront assurément pas le jeudi 28 juin au soir. Mais je veux croire que les élus guadeloupéens peuvent s’engager dans une démarche nouvelle et que la volonté de réussir tous ensemble peut supplanter la tentation d’avoir raison tout seul ou à quelques uns.

Josette Borel-Lincertin

Présidente du Conseil départemental,

Présidente du Congrès

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