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Guadeloupe. La Culture en crise. Laurence Maquiaba (Gadé) « La proposition de la Région semble très éloignée de la réalité du terrain ».

05 Aoû 2020
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Pointe-à-Pitre. Mercredi 5 août 2020. CCN. On n’a sans doute pas fini de compter les morts suite au coronavirus. Au plan économique, les effets négatifs de cette pandémie commencent à être très cruellement ressentis dans tous les secteurs. Ainsi un domaine aussi important à la fois pour notre identité nationale mais aussi dans le développement économique (Industries Culturelles Créatives), la culture, semble avoir été complètement sous-évalué. Aussi au lendemain de la période dite de « déconfinement, plutôt que de faire la liste des entreprises culturelles en péril, deux nouvelles structures de « riposte » ont vu le jour. D’une part la Fédération des Métiers du l’Évènementiel et de la Communication (FMECG) laquelle regroupe en plus des métiers de la com', ceux de la bouche, alors que de son côté, GaDé (Groupement des Acteurs de l’Évènementiel) est plus spécialement attaché aux métiers de l'évènementiel. Laurence Maquiaba l’une des co-fondatrices de GaDé a accepté de répondre avec sa lucidité habituelle aux questions de CCN. C’est à lire...

CCN. Nous sommes déjà en « post covid », quelle est la situation du secteur que représente GaDé ?

GADE2Laurence Maquiaba (LM). Nous ne pouvons pas dire que nous sommes déjà en post-Covid, loin de là. Dans le meilleur des cas, le retour à une activité professionnelle normale pour notre secteur ne serait pas avant le premier trimestre 2021. Ce qui signifie une année de perdue pour le secteur de l’évènementiel. GADÉ représente les acteurs de l’évènementiel culturel, sportif, marketing, associatif, qu’ils soient prestataires techniques ou de sécurité, organisateurs, DJ ou gestionnaires de lieux. Depuis le début de la crise, les premiers à avoir été concernés par l’interdiction de rassemblement sont les professionnels de l’évènementiel. Et ce sont ceux qui ont le plus de mal à se faire entendre alors même qu’ils représentent un pan important du développement économique guadeloupéen. 

CCN.   Chaque jour, on apprend l'annulation de certaines manifestations culturelles ou évènementielles cela signifie qu'il n'y aura pas de rentrée culturelle/événementielle?

LM. Nous avons autant que possible respecté les protocoles sanitaires qui ont été transmis et validés par la Préfecture. Le regain de l’épidémie est dû a priori a des personnes ayant voyagé et dans des manifestations privées, mais ce sont les professionnels qui ont mis le maximum en œuvre qui voient un durcissement des protocoles. Les contraintes imposées : pas de danse possible quel que soit la jauge, obligation de maintenir le public assis, ne permettent pas de maintenir une bonne partie des activités même pour ceux qui avaient aménagés leur lieu en conséquence. La baisse drastique du nombre de public qui peut être reçu porte aussi un coup d’arrêt certains, à la viabilité des spectacles. Notre prochaine rencontre avec la Préfecture doit nous permettre de faire le point sur les possibilités, mais la situation est grave et nous laisse peu d’espoir quant à une reprise des activités voire même à la reprise. 

CCN. En termes d’emplois que pèse ce secteur ?  Comment les gens qui y vivent font-ils pour "tenir" ? Aides de la région ? De l'état français ? Ou débrouillardise ?

LM. Le secteur de l’évènementiel recoupe des réalités très diverses et une multitude de statuts : société, entreprise individuelle, intermittents du spectacle, association. Une majorité de petites unités, mais aussi des employeurs. On estime environ à 2500 emplois concernés. 

Aujourd’hui, les entreprises ont accès au fond de solidarité nationale et la prise en charge du chômage partiel à 100 % jusqu’au mois de septembre. Il faut comprendre que nos entreprises en Guadeloupe plus qu’ailleurs sont soumis à une forte saisonnalité et elles ne réalisent leurs chiffres d’affaires qu’en dehors des périodes de carnaval, de carême, de noël  (soit aux mois d'avril, mai, juin, juillet, aout, octobre et novembre)  et en tenant compte des aléas climatiques : saison cyclonique. 

En dehors de ces 1500 € calculés sur le coût de la vie en France qui couvrent à peine les charges de certaines, nous sommes dans des situations inextricables qui mènent plusieurs à envisager la fermeture de leur société. 

CCN. Ary Chalus a annoncé lors d'une conférence de presse, avoir mis à disposition 500 000 euros pour le secteur.  Qui y a droit ? Comment se répartit cette somme ? 

LM. Depuis le mois de juin, la collectivité régionale a annoncé cette somme qui nous parait en décalage avec l’état de la filière. Nous avons (la Fédération et GADÉ) indiqué à la collectivité que le secteur représente un millier d’entreprises avec un chiffre d’affaire annuel estimé à 20 millions d’euros. La proposition de la Région nous semble très éloignée de la réalité du terrain. Nous avons proposé plusieurs dispositifs, dès le mois de juin, pour accompagner concrètement et directement les acteurs du secteur dans leur diversité sans retour. Nous croyons qu’il faut accompagner les évènements récurrents qui sont des locomotives et qui impactent beaucoup d’entités, relever le niveau d’accès au fonds d’urgence aujourd’hui limité à 120000 €,  accompagner la montée en compétence des professionnels en facilitant la mise en place de formation. Nous restons en attente des décisions de la collectivité et d’une séance de travail. 

CCN. Une «fédération et  GaDé »,  va-t-on vers une unification de ces deux structures ? Ou sont-elles trop différentes pour s’unir ?

LM. Nous travaillons en bonne intelligence avec la Fédération. Nous avons proposé des chiffres communs à la collectivité régionale. Nous avons rencontré ensemble la Préfecture, à l’initiative de la Fédération. Nous nous connaissons tous dans le milieu de l’évènementiel, donc nous nous côtoyons régulièrement. Nous avons monté une intersyndicale pour porter aussi nos propositions pour le secteur. 

Simplement, nos périmètres d’actions ne sont pas équivalents. GADÉ a choisi de se concentrer uniquement sur ceux qui travaillent sur la mise en place d’évènements quand la Fédération regroupe les métiers de la communication et des métiers de bouche. Ce sont deux visions différentes mais pas concurrentes. Nous avons des objectifs communs que nous saurons porter ensemble. 

CCN quel est votre agenda pour les mois à venir ?

LM. Nous avons prévu à la rentrée d’organiser un colloque professionnel sur nos métiers et fédérer nos filières. Après avoir rencontré le CTIG, la Direction des Affaires culturelles et d’autres partenaires, il est évident qu’il est nécessaire de nous réunir pour envisager ensemble l’avenir.

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