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Guadeloupe. Musique. Interview de Stéphane Castry : « Mettre la femme à l’honneur »

05 Aoû 2020 Deborah Vey
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Photo de Jessica Laguerre Photo de Jessica Laguerre

Pointe à Pitre. Jeudi 6 août 2020. CCN. Stéphane Castry de retour au pays pour quelques semaines, a accepté de parler à Deborah Vey de son actualité du moment, à travers un voyage intérieur. Merci à  Stéphane Castry qui a accepté de nous confier une petite part de lui-même avec une grande simplicité. Il sera également en concert avec les Nubians le dimanche 9 août 2020 à l’Appart au Sunday Brunch.

CCN. Bonjour Stéphane, merci d’avoir accepté de nous accorder cet échange.

De retour en Guadeloupe après 5 mois liés au Covid et son confinement, on imagine que tous vos projets ont été annulés. Vous aviez des évènements prévus en avril et mai... Qu’en est-il ? Seront-ils reportés ?

Stephane CastryStéphane Castry (SC). Bonjour Déborah, c’est un plaisir pour moi d’être là ! Oui absolument ...Certains concerts ont été annulés...d’autres, je l’espère seront reportés, mais au moment où je vous parle, il n’est même pas envisageable de prévoir des dates ! Cette période incertaine est très compliquée... Présager est à bannir de notre vocabulaire. Nous sommes davantage observateurs et dans l’expectative de ce qui pourrait se passer de mieux pour nous artistes.

CCN.  Votre actualité immédiate s’annonce plutôt riche, mais tout d’abord, comment avez-vous vécu le confinement ? Vous qui voyagez beaucoup ? Qu’en est-il ressorti ?

SC. J’ai vécu le confinement de manière très positive, dans le sens où il m’a permis de faire un arrêt sur image, et un retour à soi. Cela m’a vraiment fait beaucoup de bien, car j’ai profité de ma famille, je me suis reposé, j’ai fait énormément de sport, et j’ai beaucoup médité aussi.

J’ai pris le temps de peser le pour et le contre de ma situation actuelle. Cela m’a aidé à prendre des décisions importantes qui me conduiront vers des changements dans ma vie. Mais j’en tire un enseignement positif, car je peux continuer à avancer et surtout aller réellement vers ce que je suis profondément.

CCN. Comment voyez-vous le Futur ?

SC.  Nous sommes, selon moi dans une phase de changement... Je pense qu’individuellement, nous impulserons quelque chose qui déterminera notre Futur pour le Collectif. Je me demande ce qui va réellement émerger de cette expérience que chacun a vécu... C’est nécessairement la vision d’un changement qui s’opère mondialement, je crois. Il appartient donc à chacun, toujours selon moi, d’effectuer ce travail d’introspection qui nous conduira à l’essentiel. Et c’est sans doute cet essentiel qui devrait déterminer ce que nous allons choisir de devenir. J’entrevois tout cela comme quelque chose de différent mais positif, car notre façon d’aborder les choses désormais ne peut que nous amener à réviser nos certitudes, nos prévisions, nos acquis, nos habitudes. Ne sommes-nous pas finalement obligés de devoir vivre chaque situation au jour le jour ?

CCN.  Vous avez sans doute raison… Dès le 14 juillet, vous commencez votre saison estivale avec un nouveau concept Soul funk ? Vous nous en parlez ? Comment l’idée vous est-elle venue de proposer cela chez nous ?

SC. Comme je vous le disais précédemment je suis vraiment dans une logique de retour à l’essentiel. Il y a une vingtaine d’années, avec mon groupe ABSOLUTELY FUNK*, nous animions déjà ce type de soirées dont l’idée était de remettre au goût du jour des tubes et des standards. C’était des moments absolument sublimes qui nous faisaient le plus grand bien. Malheureusement l’équipe que nous formions était composée de têtes d’affiches qui avaient chacune leurs actualités de sideman avec nos déplacements fréquents.

Le groupe a duré environ 4 ans. Nous avons essayé de le remonter une dizaine d’années plus tard, mais toujours pour les mêmes raisons ça n’a pas duré ; nous avons réussi à faire 2 ou 3 concerts. C’est une période qui a marqué ma vie de rencontres et partages avec le public et les musiciens bien sûr.

C’est ainsi, que l’idée de proposer ce type de concept en Guadeloupe m’est venue, et puis aussi parce qu’il n’existe pas vraiment ici. Je souhaitais proposer quelque chose d’innovant.

Il y a effectivement de belles initiatives en Guadeloupe, mais qui tournent souvent autour du même type de registres, Rétro, Zouk ou Jazz. Je voulais proposer quelque chose de différent tout en répondant à un public demandeur de ce type de musique.

Il est sans doute un peu tôt pour le dire, mais j’ai envie de croire que nous sommes sur la bonne voie... Déjà trois éditions, et chaque fois un peu plus de monde ! En plus des fidèles, on constate qu’un nouveau public vient découvrir et semble vraiment conquis.

CCN. Vous êtes directeur musical. On sent une grande minutie dans l’harmonisation des titres et dans leurs enchainements. C’est une exigence qui vous caractérise. Vous avez d’ailleurs intégré une section cuivre. D’où vous vient cette minutie dans le travail ?

SC. Ça, c’est vraiment l’expérience tout simplement... Je ne suis pas devenu directeur musical du jour au lendemain en claquant des doigts ! Je suis avant tout un musicien sideman, dont l’expérience et le bagage acquis au fil du temps m’a construit, et permis de devenir directeur musical. J’ai assuré ce rôle pour beaucoup d’artistes internationaux et locaux aussi. Ainsi dans ces soirées Soul Funk, j’apporte avec beaucoup de plaisir, mon expérience aux musiciens qui m’accompagnent dans ce beau projet. La minutie, c’est surtout que le métier exige qu’on soit professionnel. On ne peut pas être dans « l’à peu près » ... Je suis un défenseur du « bien faire ». J’ai d’abord choisi une équipe de musiciens en qui j’ai confiance, et qui est soudée.

Ce sont d’excellents instrumentistes mais ils sont surtout liés par l’amitié et le cœur de bien faire les choses ensemble. Intégrer la section cuivre les obligeait à devoir travailler un peu plus, en sachant qu’il est difficile de jouer du funk sans section cuivre.

CCN. « l’Appart » c’est  un peu comme un laboratoire expérimental. Il pourrait être exporté ?  Est-ce l’une de vos ambitions pour ce projet ?

SC. Honnêtement pas forcément ! je m’explique : Nous sommes sur un projet que je ramène en Guadeloupe, mais qui parle de musique venant de l’extérieur et principalement des Afro-américains. Cette musique a fait le tour du monde, donc je n’ai rien à prouver en tout cas aux USA et ni à la France d’ailleurs... Je souhaite surtout porter une belle énergie fédératrice et la partager avec mon peuple pour qu’il puisse passer un bon moment...

Je profite d’ailleurs pour remercier Eddy Alphonse, maître des lieux, qui n’a pas hésité une seconde quand je lui ai proposé le projet. Il m’a totalement fait confiance !

CCN. Le 24 juillet dernier, vous avez sorti un nouveau single « Basstry Inside », composé lors du confinement. Les deux titres sont dédiés à la Femme et l’Amour ?  Je ferai d’ailleurs un petit aparté pour saluer le travail du réalisateur de la pochette qui est vraiment très belle ...

SC. Merci pour lui ! le réalisateur de la pochette s’appelle Gérald GROUGI. C’est mon     ami et graphiste tout simplement. C’est également lui qui avait créé la pochette de Basstry Therapy, et qui d’une façon générale réalise tous mesCASTRY 2 visuels. On ne se lâche pas ! ... Je crois en ce qu’il fait, comme lui croit en ce que je fais. Et nous vivons vraiment cela comme des challenges en nous nous nourrissant mutuellement de nos énergies respectives.   

Comme je vous le disais précédemment, j’ai vécu ce confinement comme une période de recueillement et de retour aux choses essentielles. Dans « Basstry Therapy », j’ai fait allusion à la thérapie musicale tout en traitant de sujets qui me semblaient importants à cette période précise. Dans « Basstry Inside » comme le nom l’indique, je fais appel à ma sensibilité intérieure, qui je crois est profondément bercée par la douceur et l’amour que je dois être capable de révéler aussi quand il le faut. Et puis j’avais aussi une énorme pensée pour la Femme en général, la femme battante souvent. Aussi quand j’ai écrit « Flower » je voulais rendre hommage et mettre l’accent sur ces femmes qui se battent contre le cancer.

Je trouve qu’on ne le dit pas assez souvent, mais nous avons tous autour de nous nos mamans, nos grands-mères, nos sœurs, nos femmes, nos amies, ces amazones en quelque sorte, qui sont des êtres extraordinaires et se battent contre cette maladie. Il était important pour moi de les mettre à l’honneur.

CCN.  Vous avez d’ailleurs fait appel à deux femmes pour ces nouveaux titres, et pas des moindres n’est-ce pas ?

SC. Effectivement ... J’ai tenu pour ce single, à mettre la Femme à l’honneur, sous toutes ces formes, et je voulais que les interprètes vocales soient des femmes... Et non des moindres vous avez raison, puisque j’ai fait appel à Blue Néfertiti qui est l’une des sœurs du groupe « les Nubians » pour le titre « Flower « et à Simone Lagrand pour le second titre « Pou’w », grande slameuse et poétesse avec qui j’avais déjà collaboré sur mon premier album.

Elles ont excellé de par les mots qu’elles ont personnellement choisi pour ces textes et aussi de par la sensibilité qu’elles ont su faire rejaillir de mes titres. Je suis comblé et heureux de les avoir eues.

CCN. Et puis nous sommes aussi sur des compositions très personnelles puisque l’on retrouve un seul instrument, le vôtre, la basse n’est-ce pas ? un peu de piano sur un des deux titres....

SC. C’est vrai qu’avec le confinement j’ai eu très peu de collaborateur pour bosser avec moi, mais en même temps ça ne m’a pas déplu...C’était plutôt pas mal. C’était une façon de sortir de Basstry Therapy, revenir à soi et à l’essentiel encore une fois. Donc effectivement sur « Pou’w » il n’y a que ma basse et de la programmation, et sur « Flower », j’ai invité le grand Jean-Michel Lesdel au piano.

CCN. Et puis votre actualité très proche prévoit que vous retrouviez tout ce petit monde n’est-ce pas ?

SC. Pour ma part, il y a eu ce quartet monté pendant le confinement avec Audrey Clodion, Laura Tardieu, mon frère Jérôme et moi-même. Deux vidéos ont été proposées pendant le confinement. Nous nous sommes d’ailleurs retrouvés récemment pour ma carte blanche au New Ti Paris.

Et puis, il y a très prochainement le Big’In Jazz en Martinique qui aura lieu en août sous la forme d’une résidence avec une restitution à l’issue.

A l’occasion de son   prochain anniversaire, le Big’In Jazz a réuni que des têtes d’affiches pour cette édition un peu particulière (Ralph Lavital, Maher Beauroy, Sonny Troupé, Tilo Bertholo, Yann Négrit, Jowee  Omicil, Ludovic Louis, Stéphane Castry).

Pour annoncer l’évènement le groupe réuni, avait proposé un arrangement original sur « mi bel Jounen », à l’occasion de la fête de la Musique en mode confiné !

CCN. Vous êtes un intermittent du spectacle et vous allez bientôt repartir en France, comment s’annonce votre deuxième semestre 2020 ?

SC. Je vous avoue que je ne suis plus trop dans la prévision, comme je vous l’expliquais au début. La situation des artistes reste incertaine aujourd’hui. Je vais effectivement bientôt repartir à Paris parce que j’ai des concerts programmés. Mais au moment où je vous parle, je m’investis sur des décisions prises au feeling et selon mon ressenti, même si - et cela n’est pas incompatible- sans trop me dévoiler, je peux dire que j’ai beaucoup de projets en vue. Mais sincèrement je préfère me laisser bercer par l’énergie positive qui m’entoure.

- un nouvel album est en train de germer. J’ai lâché quelques appetizers » avec le single. Il y aura sans doute d’autres collaborations avant cet album... je ne sais pas... j’avance au jour le jour, mais effectivement je pense à un nouvel album.

Découvrez son nouveau clip 

 

  

* Absolutely Funk, groupe composé de Hervé Rakoto, Stefan Filey, Sandra Nkaké, Mathieu Thave , Xavier Derouin Eric Mula, et Stéphane Castry qui pendant plusieurs années animaient musicalement le TV show de Canal + « les Robins des Bois »

 Interview Déborah Vey

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