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Guadeloupe. Fabienne Bassien-Capsa Loubli, portrait d'une femme de l'ombre experte en communication.

08 Nov 2020
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Pointe-à-Pitre. Dimanche 8 Novembre 2020. CCN. Jeudi 15 octobre 2020, nous sommes allés à la rencontre de Fabienne Bassien-Capsa Loubli, jeune femme toujours souriante et de bonne humeur, qui vit en côte-sous le vent depuis l’âge de 11 ans. Son métier trépident aurait pu l’amener à se rapprocher des zones dites plus actives et plus économiques de notre archipel, mais elle semble tenir à cet ancrage familial solide, où la vue est juste splendide. Véritable havre de paix pour les temps de repos qu’elle s’octroie en réponse à la vie mouvementée qui la conduit de jour comme de nuit sur les routes de la Guadeloupe, à côtoyer le monde de l’évènementiel sous toutes ses coutures. Pilier indispensable à la promotion des évènements artistiques produits en Guadeloupe mais aussi en Martinique, Fabienne Bassien-Capsa Loubli, consultante en communication indépendante avec une spécialisation « culturel », a su trouver sa place dans ce monde.

Née à Marseille où elle fait ses premières classes, Fabienne arrive en Guadeloupe pour intégrer la 6ème   au collège de Vieux-Habitants, puis poursuit sa scolarité au lycée de Gerville Réache à Basse-Terre. Baccalauréat L en poche elle repart pour Montpellier effectuer un cursus de médiation et communication, à la faculté.

Elle se prédestinait à être journaliste et plus précisément Grand reporter. Mais elle évalue toute seule dans son coin, que ce métier n’est pas conciliable avec une vie de famille !

Il faut dire qu’elle est déjà éprise de celui qui deviendra plus tard le père de ses deux beaux enfants...

Titulaire de son master en communication des entreprises, elle concède que la communication est vraiment un métier qui lui plait. Elle fera ses premières armes professionnelles avec l’Institut Génétique Humaine du CNRS de Montpellier ! Rien que ça !

Si certains se posent encore la question, Fabienne elle, sait très tôt qu’elle veut revenir vivre en Guadeloupe. Ce qu’elle fait sans hésitation.

A la question « Comment vous définissez-vous ? », elle répond posément qu’elle est une maman, femme d’entreprise ayant à cœur de concilier les deux. Passionnée et amoureuse de son pays la Guadeloupe, dont la mission qu’elle s’est fixée, est de faire connaître tout ce que son île regorge de potentiel humain ou autres.

Spécialisée dans le monde culturel et de tout ce qui touche aux Arts en général, elle entraine avec elle ses enfants dans son univers pour leur plus grand bonheur.

Si dans l’esprit collectif, il est de coutume de dire ou penser que la culture s’adresse à une élite, Fabienne se fait un devoir de déconstruire ce mythe pour que la culture puisse s’inviter dans tous les foyers, à toutes les catégories sociaux-professionnelles et toutes les tranches d’âges.

Quand elle parle de son métier, on ressent combien il est important pour elle de bien connaître son client, car elle rappelle que communiquer ce n’est pas uniquement de la publicité, mais c’est donner de la visibilité au produit, et par conséquent construire une stratégie pour y arriver.

Elle a besoin de s’approprier du produit qu’elle défend pour en faire émerger la valeur ajoutée. Elle veut en connaitre tous les aspects de A à Z. Cette méthode nécessite une grande présence sur le terrain auprès de ses clients, quitte à revoir le spectacle plusieurs fois si cela est nécessaire (dans le cas des concerts par exemple). Les témoignages et retour du public sont importants dit-elle.

JAZZ CREOLEFabienne promeut en grande partie des concerts de jazz créole, et travaille en mission pour l’Artchipel. Son rôle est de rendre tous les spectacles à la portée de tous.

Elle aime à dire, que chaque dossier de l’Artchipel est un cas d’étude, car il faut tout éplucher sans exception, et trouver « le message le plus accessible et audible qui incitera un public de 7 à 77 ans à se déplacer pour voir le spectacle », et elle n’hésite pas à utiliser tous les supports pour toucher la cible locale.

Déborah Vey (DV) : Comment choisissez-vous vos clients ?

Fabienne Bassien-Capsa Loubli (FBCL) : il faut que le feeling passe, en plus d’aimer le produit ...Beaucoup de mes clients sont devenus des amis. Je suis autonome certes, mais même si j’ai des comptes à rendre, j’aime travailler dans la bonne humeur et la confiance.

J’ai besoin d’un espace de liberté pour que mon travail soit productif. Je n’ai pas d’heures pour produire et rédiger un dossier de presse, mais je dois me sentir bien.

C’est tellement vrai que depuis 2018, Fabienne travaille aussi sur le Big In Jazz Festival en Martinique, cet évènement annuel incontournable du Jazz afro-caribéen qui a eu 18 ans cette année.

Avec beaucoup d’humilité, elle veut croire que les choses sont arrivées bêtement, mais la réalité est tout autre...

DV : Comment avez-vous été recrutée sur ce festival International Fabienne ?

FBCL : En discutant avec un artiste 4 mois avant l’évènement, j’ai appris qu’il allait participer à ce festival que je ne connaissais pas du tout.

En juin, j’aperçois le visuel que je trouve assez sympathique. Comme l’idée de faire un peu d’immersion dans un festival germait depuis quelques temps dans ma tête, je saute sur l’occasion, et décroche mon téléphone. Pas farouche, je leur explique qui je suis et avec qui je travaille ici en Guadeloupe, et j’insiste sur le fait que je suis assez surprise qu’il y ait si peu de communication avec l’île sœur sur un évènement de cette envergure, alors que le festival a lieu à un moment où les guadeloupéens voyagent beaucoup vers la Martinique.

Même si j’ai conscience que j’arrive un peu tard dans la course et que très certainement les budgets sont clos, je leur propose un deal et leur dis que je suis intéressée pour m’occuper de cette partie de la communication. Un peu tardivement je finis par recevoir un accord de principe du père Boutant (fondateur du festival). En juillet je décide faute de temps, de m’appuyer uniquement sur nos artistes guadeloupéens invités à l’évènement (Stéphane Castry, Tania Saint-Val, Alain Jean-Marie, Dimitri Paul et Williams Café) pour commencer ma communication en Guadeloupe.

Mon travail est reconnu et félicité par les organisateurs et ils me rappellent les années suivantes y compris en 2020 et ce malgré le Covid, où ils ont réussi à donner vie à un nouveau concept issu du premier.

J’ai vraiment beaucoup d’admiration pour les organisateurs de ce festival, qui travaillent en famille et qui ont réussi à transmettre l’amour de la biguine de père en fils. C’est un vrai plaisir de travailler avec la compétence et la bonne humeur.

Fabienne Bassien-Capsa Loubli se rend bien compte que son métier évolue et que la manière de communiquer, maisFBCL1 également de consommer la communication est plus consciente.

On assiste moins à une communication réclame, et le consommateur s’interroge beaucoup plus sur le produit et sa composition ou sa consistance.

De nouveaux métiers ont vu le jour avec le digital, et notamment le Community Manager (entendez par là diriger autour d’un produit sur les réseaux sociaux) qui permet de fidéliser sa clientèle et doper sa notoriété pour en assurer les ventes.

La disparition totale du papier lui paraît évidente et même s’il lui semble difficile de se projeter à la vitesse où les choses évoluent, elle reste en alerte et fait en sorte de s’adapter au plus vite. « La situation Covid post confinement que nous vivons actuellement, laisse supposer que nous entrons dans l’ère de l’évènementiel individuel au travers d’outils tels que des casques écrans ou lunettes digitalisées » dit-elle . Même si sa vision personnelle de l’évènement est un partage d’humanité et d’amour, elle n’exclue pas le fait qu’il faille compter aussi avec ses outils du futur.

Malgré ses compétences reconnues, son sérieux, son audace, sa ténacité, et sa force de caractère, Fabienne sait qu’elle n’est pas arrivée là toute seule.

Quand elle parle de celui qui est et restera son mentor, on ressent une grande admiration pour l’homme et une énorme reconnaissance. Alex Nabis, monument de la culture guadeloupéenne, notamment en côte-sous-le-vent, et fondateur « des vendredis Pichon », a su la guider et lui redonner la confiance en elle, quand elle désespérait de ne recevoir aucune réponse à ses nombreuses demandes d’embauche. C’est lui qui lui a montré le terrain, le vrai.... C’est lui qui lui présente les gens du réseau, indispensable pour faire ce métier. Il lui permet de collaborer et de développer ses projets et elle en tire une expérience inoubliable. Elle sait parfaitement que les diplômes ne suffisent pas pour réussir, et son souhait aujourd’hui, c’est de pouvoir intervenir auprès des jeunes post-BTS pour parler de son expérience et communiquer sa passion. Elle n’hésite pas à former des stagiaires et leur apprend à devenir autonome. Elle les met sur des projets concrets pour avoir une vision d’entrepreneur également.

FBCL : Les métiers de la communication débouchent sur des professions qui génèrent parfois du stress et qui demandent beaucoup d’investissement personnel, de patience et de travail. Mais si vous faites ce métier avec passion c’est totalement différent.

DV : Comment voyez-vous l’avenir à court et moyen terme Fabienne par rapport à ce que nous vivons aujourd’hui ?

FBCL : La situation est difficile aujourd’hui pour nos artistes et le secteur est vraiment en crise. Si la situation perdure, et surtout que nous devons vivre des périodes de confinement à répétition, il faudra vraiment développer le digital pour vendre son art autrement... Même si, à juste titre, les artistes ont du mal à se projeter dans ce format ... Il va falloir se réinventer et réfléchir autrement et faire preuve d’ingéniosité pour se démarquer et faire un pied de nez à la situation. Pendant le confinement les artistes se sont beaucoup investis et ont beaucoup donné gracieusement au public sur les réseaux sociaux. Il faut par conséquent professionnaliser l’évènement artistique digital. Mais il faut aussi apprendre au public à consommer l’Art sous toutes ces formes en payant. L’Art est un métier comme un autre. Il nourrit de nombreuses familles. C’est une notion qui n’est pas encore complètement acquise chez nous.

Loin d’être saturé, Fabienne Bassien-Capsa Loubli pense qu’il y a encore beaucoup à faire dans ce domaine pour mettre en valeur notre pays. Elle s’intéresse d’ailleurs aussi  au tourisme, car ne  l’oublions pas , sa mission, tout au moins celle qu’elle s’est fixée, est de donner de la visibilité et faire découvrir tout ce que son pays a de plus beau !

*http://www.caraibcreolenews.com/index.php/focus/item/17595-martinique-le-big-in-jazz-festival-un-nouveau-concept-et-de-nombreux-talents

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