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Guadeloupe. Bilan : 100 premiers jours d’André Attalah dans la Capitale et ses priorités

13 Nov 2020
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Basse-Terre-Capitale. Vendredi 13 novembre 2020. CCN. Près de quatre mois après son investiture, malgré la situation financière de la ville et la crise liée au COVID 19, André Atallah se dit satisfait du travail déjà réalisé. Les attentes de la population sont fortes et il sait que tout reste à faire. Mais il demeure déterminé dans son projet : aider Basse-Terre à retrouver son rang. C’est à lire…

CCN : La démission de Maryvonne Richard du Conseil municipal, est-elle une difficulté supplémentaire à gérer ?

André Atallah (AA) : Le départ de Maryvonne Richard n’est pas dû à des problèmes internes, mais à un choix pour convenances personnelles. Je regrette sa décision mais je la respecte. Nous sommes en train de réorganiser les choses au sein du Conseil et cette réorganisation se fera sans heurts.

CCN : Concernant la situation de la ville de Basse-Terre sur le plan organisationnel et financier avez-vous ou prévoyez-vous de faire un audit?

AA : Après concertation avec les conseillers municipaux de ma majorité, j’ai décidé de ne pas réaliser d’audit, car cela a un coût. Du reste, nous disposons déjà d’un audit. Nous avons découvert que les cabinets FCL et Conduite du Changement, mandatés par l’AFD (Agence Française de Développement), ont réalisé en 2019 une mission d’expertise ayant donné lieu à un rapport d’analyse sur la situation financière de la collectivité. L’ancien maire ne l'avait pas présenté à l’équipe sortante pour des raisons qu’elle seule pourra donner…

CCN : Que dit cet audit ?

AA : Tout d’abord, concernant les dettes : « Au 23 avril 2019, la ville devait 9,6 M€ à 285 créanciers, dont près de 90% des 30 principaux créanciers au rang desquels on retrouve par exemple la cotisation au SDIS, la DATEX qui fournit les repas dans les écoles, la CGSP ou la CNAF » (page 10).

Depuis les premiers jours de ma prise de fonction, mon quotidien a consisté, avec les équipes de direction et les élus, à parer au plus pressé :

-  Verser un premier acompte à EDF à qui nous devons 300 000 € et qui menaçait de couper l’électricité à la commune.

-  Virer un acompte à un concessionnaire automobile de Baillif qui retenait 4 de nos véhicules en révision en raison d’une dette de 210 000 € envers cette entreprise.

-  Négocier avec la CGSP (le délégataire qui assure la gestion des parkings) un échéancier de remboursement de notre dette (780 000 € !) afin d’éviter d’avoir à payer les intérêts moratoires qui s’élèvent à 100 000 € (pénalités prévues par les textes quand il y a un grand retard de paiement des dettes).

L’audit dont je parlais confirme que « pour 2019 le budget principal est déficitaire à hauteur de 4,2 M€ », (page 9). Déficit ce que nous avions annoncé tantôt et qui était contredit par l’ancien maire. Alors que la ville bénéficie de recettes importantes (recettes fiscales de 1 413 €/habitant pour Basse-Terre contre 859 €/habitant pour les autres communes de Guadeloupe de même taille), le déficit de fonctionnement reste élevé car les dépenses sont excessives. A titre d’exemple ; les dépenses de personnel atteignent « 1535 €/habitant à Basse-Terre contre 846 €/habitant pour les autres communes de Guadeloupe de même taille », (page 5 du rapport). Dans le domaine de l’investissement, le parking silo se confirme comme étant un véritable gouffre financier et une hérésie économique assez unique en son genre ! Nous en avons encore pour 20 ans à le rembourser. Sans le parking, l’effort d’investissement de la commune aurait été dans la moyenne (de l’ordre de 300 €/habitant au lieu de 474 € pour Basse-Terre).

CCN : Durant les premiers mois de votre mandature, quelles ont été vos actions prioritaires ?

AA : Malgré le contexte difficile sur bien des points, le bilan de nos cent premiers jours me semble positif.

Notre opération de nettoyage citoyen « Basté an nou bel » qui a pour ambition de permettre aux citoyens de s’approprier leur ville en la rendant plus propre et plus belle a connu un véritable succès. L’opération s’est réalisée tous les dimanches des mois de juillet et d’août.

La rentrée des classes (écoles et crèches) qui était un véritable chalenge dans le contexte sanitaire que nous connaissons, a été une réussite. Les travaux prévus par le protocole sanitaire n’avaient pas été effectués par l’ancienne équipe municipale et il a fallu les réaliser en urgence. Je salue les équipes techniques et celles chargées des écoles et de la petite enfance pour cette prouesse.

Outre ces deux dossiers importants, nous travaillons positivement pour la ville : signature d’un partenariat avec l’Artchipel, scène nationale, pour l’utilisation de l’auditorium municipal comme lieu de spectacle régulier de la structure ; dotation des services techniques en moyens plus efficaces pour effectuer leurs interventions sur les espaces verts ; fermeture du chantier immobilisé depuis plusieurs années devant la maison Chapp ; hommage à nos centenaires dans le cadre de la semaine nationale des personnes âgées ; participation à l’opération “Octobre rose” ; embellissement des abords du cimetière municipal à l’approche de la Toussaint…

Le dispositif Action Cœur de Ville qui permettra de financer à 90% certains de nos projets a été totalement repensé en fonction de notre programme. Il sera validé mi-décembre et sera soumis au comité d’engagement.

Concernant le site de l’ancien cinéma Tivoli, dans le cadre d’un débat, les habitants du quartier du Bas du Bourg ont pu exprimer leurs souhaits sur la vocation a donner au lieu.

La reconstruction de la maison de quartier Mahatma Gandhi située dans le quartier de Petit-Paris est en marche. Les discussions sont en cours entre l’architecte en charge du projet, les jeunes habitants du quartier, et la municipalité pour y apporter les dernières modifications.

Enfin, je me félicite que pour faire face à la pandémie, la ville de Basse-Terre soit l’une des premières à avoir désigné et formé, en partenariat avec l'ARS, des "référents Covid" au sein de la municipalité.

CCN : Et pour l’avenir ?

AA : Nous devons continuer à aller de l’avant. Parmi nos priorités : améliorer la situation financière de la ville, notamment par une augmentation des recettes. Nous devons relancer nos créanciers, faire rentrer les loyers impayés. Il faut par ailleurs mettre en place une fonction ou une cellule de contrôle de gestion. Lors de notre rencontre avec le préfet, une aide exceptionnelle a été sollicitée de la part de l’Etat, ainsi qu’une prise en charge des « surcoûts Covid ».

Il a fallu revoir complètement l’organigramme des services, recruter un Directeur des ressources humaines (depuis 2016, il n’y a pas de DRH à Basse-Terre !). Ce nouvel organigramme est fait. Il sera présenté aux instances courant novembre 2020.

Autre challenge à relever : reprendre la gestion du stationnement. En effet, le 31 décembre 2020, il sera mis fin à la Délégation de Service Public (DSP) qui était assurée par la CGSP. C’est donc à la ville que reviendra la gestion de cette activité. Notre ambition est de reconcevoir complètement le plan de circulation et de stationnement, et de mieux « rentabiliser » les parkings en enclos, notamment le parking silo du bord de mer. Nous serons pour cela assistés par un cabinet d’experts qui viendra mi-novembre travailler avec nos services et les élus. Cette expertise est financée entièrement par la Banque des Territoires. Les résidents et les commerçants du centre-ville seront associés à cette réflexion.

Nous allons reconduire l’opération « Bastè an nou bel », à raison d’un ou deux dimanches par mois, en y associant l’opération « Plus de véhicules hors d’usage dans Basse-Terre ». Je profite pour rappeler aux Basse-terriens que c’est à eux d’enlever leurs voitures hors d’usage. Le coût de cet enlèvement assorti de pénalités sera imputé aux propriétaires si c’est la ville qui procède à l’opération avec l’aide de la police de l’environnement.

Nous devons poursuivre nos rencontres avec les partenaires (financiers et collectivités). Une première rencontre a déjà eu lieu avec le Conseil Régional. Le président Ary Chalus s’est engagé à nous accompagner sur certains chantiers, entre autre le projet « Sportons nous bien dans nos quartiers », projet qui nous tient à cœur, et qui consiste à implanter un terrain multi sport, multi génération dans chaque quartier. Des rencontres sont prévues ce mois-ci avec le Conseil départemental et la Communauté d’Agglomération Grand Sud Caraïbes.

Nous avons prévu de renégocier le contrat avec la société qui fournit les repas pour les écoles. Cette société utilise la cuisine centrale dont la ville est propriétaire, située à Rivières des Pères, pour préparer les repas de plusieurs structures et communes. Nous serons donc intransigeants sur ce dossier : une redevance sera exigée sur les bénéfices dégagés par l’entreprise qui utilise cette cuisine.

Autre priorité : rendre le stade et la piscine de Rivières des Pères rapidement opérationnels. L’accès libre des citoyens à la piscine sans dépendre d’une inscription à un club sur certains créneaux sera sollicité auprès de la CAGSC.

Enfin travailler à un partenariat fort avec le monde de la culture (Artchipel, associations, DAC, Conseil Départemental) pour un vrai projet cohérent, concerté pour le développement de la culture en Basse-Terre, ainsi qu’avec le monde associatif œuvrant notamment dans le domaine du sport, de l’aide aux plus démunis, de l’assistance aux plus âgés… Il s’agira de mutualiser les actions autour de conventions d’objectifs et faire que la solidarité soit un levier du développement.

Je fais de la relance de l’activité économique en Basse-Terre une de mes priorités en travaillant avec les divers partenaires (CCI, MEDEF, Conseil Régional, CGPE, artisans et commerçants). Un léger frémissement se fait déjà sentir avec des enseignes qui s’installent en Basse-Terre.

CCN : Vous gardez donc l’espoir, malgré les difficultés qui semblent obscurcir l’avenir…

AA : Nous savions que notre situation serait difficile surtout sur le plan financier. Mais nous formons une équipe motivée et investie. Le personnel municipal a les compétences. Ce qu’il faut c’est rendre la confiance aussi bien en interne que parmi la population.

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Danik I. Zandwonis

Directeur de rédaction de CCN et fondateur du site.

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