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Guadeloupe. Christophe Barbier de « l’Express » est un récidiviste !

07 Jan 2016
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Pointe à Pitre. Jeudi 7 janvier 2016. CCN. Suite à  l’article anti corse de Christophe Barbier et  à l’édito- réponse  de  CCN,  plusieurs  de nos  lecteurs ont réagi et l’un d’entre eux nous  a  adressé un texte de l’écrivain  Cari–Guadeloupéen Roger Valy-Plaisant, qui s’était  déjà indigné en 2009  de «  Créolitude » un écrit colonialiste et  anti LKP du même Christophe  Barbier. C’est à lire…

La France posture de M. Christophe Barbier

 

Par Valy Plaisant,

 

L’éditorialiste de L’Express, a commis un article intitulé Créolitude, le 19 février 2009, en pleine crise guadeloupéenne, selon lui « mélange réconcilié d ‘une négritude rebelle et d’une créolité apaisée ». Le mouvement revendiquant de meilleures conditions de vie, dénonçant des attitudes discriminatoires à l’embauche, à l’obtention de prêts et des complicités coupables dans la gestion des affaires guadeloupéennes, entre élus, grand patronat et Etat, avait déjà abouti à discréditer une large fraction de la classe politique locale et aussi, les propres services de l’Etat, le préfet ayant accepté la retransmission télévisée des premiers débats.

Christophe Barbier devait être mortifié. Lui, le grand faiseur d’opinion, présent sur toutes les chaînes de Télévision en France, qui avait ses entrées à l’Elysée, il lui fallait vite réagir, pour contrer le courant de sympathie qui commençait à se développer, en France, en faveur du mouvement initié par le LKP (Lyannaj kont Pwofitasyon). Il lui fallait dénoncer « médias et intellectuels » qui devaient « cesser leurs pâmoisons quand Elie Domota, le leader des manifestants guadeloupéens » débitait « ses élucubrations ». En fait il craignait, comme cela commençait à se dire, que certains s’inspirent de cet exemple pour combattre les méfaits du MEDEF et de SARKOZ Y. Au secours !

L’éditorial commençait en évoquant Saint-John-Perse « Terre arable du songe », et se terminait par une citation d’Aimé Césaire, montrant la grande érudition du monsieur et aussi son sens du symbole. Associer un descendant d’esclavagiste, communément appelé chez nous, blanc-pays ( béké en Martinique) et un descendant d’esclave, qualifié de rebelle, il fallait le faire, à ce moment précis de la crise où le Collectif du 5 Février bloquait à son tour la Martinique, et après les tristes mots du vieux béké Alain Huygues-Despointes sur Canal+.

Certains pouvaient penser que cet homme avait de la considération pour nos peuples. En citant nos poètes, il reconnaissait, même de manière factuelle, ce qu’ils avaient apporté à la France, au rayonnement de la langue française, et de fait ils méritaient son respect. Ils devaient vite déchanter, car sous ce vernis d’érudit, pointaient les préjugés distillés par nombre de français dont Le Pen fut le chantre et que reprennent de temps à autre des dirigeants français, parmi les plus hauts placés. Des « danseuses de la République » de Giscard, à « l’odeur » de Chirac et plus récemment, « l’homme africain n’est pas encore rentré dans l’histoire » de Sarkozy, nous voyons que les préjugés à l’encontre des noirs, des arabes et des peuples colonisés sont vivaces.

Qu’un français moyen, reprenne à son compte ce qu’on lui a toujours appris, c’est déplorable, mais compréhensible. Par contre, qu’un homme de la culture, de l’érudition, de la valeur intellectuelle attribuée à M. Barbier, prenne sa France posture, en réaction à une crise dont il n’analyse pas les vrais fondements, et refuse de comprendre l’ampleur des abus de pouvoir, des inégalités économiques et sociales, des discriminations en tous genres, de la corruption des élus, qui ne sont jamais poursuivis ni condamnés, car soutiens constants du pouvoir colonial, et continue de prétendre que chez nous : « l’assistanat est moins dénoncé que l’exploitation » ; « que les délices de Capoue des aides publiques ne soulèvent que peu de critiques », cela semble surprenant. Et des questions peuvent être posées.

Avec qui est-il en relation ? Les grands patrons qui réclament à cors et à cris des aides de l’Etat, et qui s’empressent d’investir leurs propres fonds ailleurs (Saint-Domingue, Costa Rica…), dans ces paradis fiscaux auxquels pourraient ressembler la Guadeloupe « hors de la France ». En faisant un constant chantage au chômage, à la fermeture des entreprises, relayé par les élus politiques toutes tendances assimilationnistes confondues (UMP,PS…). Qui inspire ses propos ? Les élus discrédités, qui ont dès le début de la crise montré leurs limites et qui sont prêts à tout pour préserver leurs mandats et dont on ne tient aucun compte ? La députée Jeanny Marc n’a-t-elle pas avoué qu’on ne les écoutait même pas à l’Assemblée Nationale ? Le président de Région, par ailleurs député et ancien représentant national du PS pour les colonies, n’a-t-il pas déclaré à l’issue de la crise, avec la démagogie qui le caractérise, que ce qu’il réclamait depuis cinq ans a été accordé à la rue en quarante-quatre jours !

La « terre arable du songe » a pour nous un sens. Combien de français, ayant seulement deux hectares de terres, cinq enfants, sont-ils parvenus à cultiver cette terre et transformer leurs rêves d’avoir des enfants médecins, avocats, instituteurs, en réalité ? Les exemples sont nombreux dans nos pays. Combien en connaît M. Barbier ? Ici, le travail a une signification pour tous ceux qui ont le sens du pays et qui respectent leur condition d’homme. Tous nos intellectuels sont issus du monde paysan et du monde ouvrier. Nos pères ont trimé pour obtenir tout ce que nous avons aujourd’hui. L’instruction fut de ces combats méritoires, menés pour l’émancipation des hommes de chez nous et toujours à l’encontre du colonisateur qui finissait par plier, seulement, en raison du rapport de forces. Jamais il ne nous a fait de cadeau !

C’est vrai aussi, que parfois, il nous tuait. Comme en 1936, comme lors de la dissidence, comme en 1952, comme plus récemment en 1967 et en 1972. N’en déplaise à M. Barbier, les gendarmes nous tuent même quand on ne manifeste pas, comme ce fut le cas du jeune Charles-Henri Salin, en 1985, abattu par le gendarme Mas, qui a été ensuite muté et décoré. Le jeune Charles-Henri Salin était un lycéen de Baimbridge, qui revenait du cinéma et que les gendarmes ont confondu, selon leurs dires, avec un truand évadé, Timalon. Bavure sous les tropiques jamais élucidée ! Tout comme les massacres de 1967 qui continuent de soulever indignation et questionnement, plus de quarante ans plus tard !

Les hommes de nos contrées ont payé par leur sang le droit d’être considérés comme des hommes. Durant la révolution française, ils ont contribué à la naissance de la République, dont certains sont si fiers aujourd’hui. Ils ont versé leur sang pour sauver la France, au cours de la sale guerre, en 14/18. Nos communes n’ont pas fini de recenser les morts pour la France de cette époque, selon le sociologue Ary Broussillon. (Parcours de soldats guadeloupéens ; La Guadeloupe dans la première guerre mondiale, Editions Nestor 2008). Quand un certain nombre de français se terraient ou collaboraient avec l’ennemi nazi, pour leur livrer les juifs, eux, ils traversaient le canal de la Dominique via l’Amérique, pour s’enrôler dans l’armée du Général De Gaulle, et délivrer un pays qu’il n’avait jamais vu, en 1944. Certains se faisaient assassiner à Basse-Terre -Serge Balguy en 1943, fauché par les balles du Vichyssois Sorin car il soutenait De Gaulle.

La Guadeloupe et la Martinique ne compteraient pas autant d’hommes instruits, autant d’intellectuels, de chercheurs de valeur, si elles s’étaient contentées d’attendre les aides des « contribuables de l’Hexagone » qui « ferment rarement leur porte-monnaie ». Les gens comme Barbier veulent que la France rayonne sur tous les continents, mais refusent d’en payer le prix et chaque fois qu’un des peuples réclame plus de France, ils entendent plus d’argent de la France. Parfois il ne s’agit que de considération, souvent même, il ne s’agit que de respect. M. Barbier n’est pas sans savoir que Guadeloupe et Martinique, devenues colonies à étages France et Europe, ont vu la plupart de leurs productions disparaître au profit des seules cultures de la banane et de la canne, avec la bénédiction des grands commerçants qui importent à tout va et permettent à la balance commerciale de la France, de ne pas être plus déficitaire. Il n’est pas sans savoir, le rôle de fossoyeur joué par les banques. Il n’ignore pas le rôle de sangsue joué par les fiscs français et européens. Il n’est pas sans savoir les profits exorbitants réalisés par la France qui dispose ainsi de marchés captifs où elle est la seule à fixer les règles, avec l’Europe depuis peu. Règles européennes qu’elle seule peut contourner impunément. Quand Barbier exhorte « les français des tropiques qui veulent travailler à l’Antillaise et consommer à la métropolitaine » à « labourer la terre arable pour qu’elle lève d’autres moissons que celles du songe », il laisse s’exprimer son mépris de ces peuples qui ont survécu au plus grand fléau initié par l’homme blanc, la déportation et l’esclavage des nègres d’Afrique, qui vivent cependant sans haine de l’homme blanc, mais qui voudraient que définitivement, les rapports sociaux dans leurs pays respectifs ne soient plus basés sur des questions de classes et de races.

La créolité apaisée dont il parle, qui est l’acceptation de l’autre dans sa diversité, qui est à la base de toutes nos créations, mais qui refuse la main mise d’une catégorie sur les autres, couleur, culture, provenance, pour ne considérer que le territoire et tous ceux qui y vivent, est souvent malmenée par des préjugés d’un autre temps, entretenus par des hommes d’un autre temps, qui voudraient revivre les épopées de leurs ancêtres colonisateurs, spoliateurs et sanguinaires. Ce qui est paradoxal chez ce genre de français, c’est qu’ils affirment nous aimer plus que nous ne puissions l’imaginer. Au point qu’ils refusent même de nous accorder le moindre espace de liberté, d’autonomie, de peur que nous ne devenions « au mieux une usine à touristes américains, au pire un paradis fiscal rongé par la mafia, ou un Haïti bis ravagé par des « tontons macoutes » moins débonnaires qu’Yves JEGO ». Ils prétendent toujours nous asservir pour notre bien, jamais pour tirer profit de nous, de nos espaces, de nos territoires, pour l’affirmation d’eux-mêmes. Le pire c’est que nous sommes encore trop nombreux à les croire !

La France posture de M. Barbier devrait interpeller tous ceux qui ne prennent exemple que sur les intellectuels français pour affirmer leur républicanisme. On ne peut faire le reproche à M. Barbier de ne pas être républicain. Il est républicain français et considère sa métropole comme le lieu du savoir universel, qui doit rayonner sur des peuples encore trop fragiles pour aspirer à la République, fut-elle française. Quand on entend un autre faiseur d’opinion, Mr Eric Zemour, au cours d’une émission télévisée sur Tempo, justifier les attitudes spoliatrices de la France au détriment de l’Afrique et d’autres territoires, sous le prétexte qu’il lui faut défendre ses intérêts, on comprend mieux l’ethnocentrisme européen, blanc, bourgeois, et réactionnaire qui traverse actuellement l’intelligentsia française. Le pauvre Sartre doit se retourner dans sa tombe !

Roger Valy-Plaisant, 
Le 12 avril 2009

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