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Brésil. Carnet d’un voyage sur les bords de l’Oyapock

15 Jan 2016
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Oyapock. Vendredi 15  janvier 2016. CCN. Si pour les habitants des abords du fleuve de l’Oyapock, emprunter une pirogue, marcher sous la pluie, dormir dans un hamac en pleine forêt amazonienne sont d’une banalité quotidienne, il n’en reste pas moins dépaysant pour les citadins.  Leonardo  Nicholas a effectué  pour CCN le voyage, il raconte son périple… c’est à lire

Un départ sur la route du Brésil…

Le 30 décembre 2015, nous quittons la commune de Remire-Monjoly (Guyane française) pour emprunter en voiture la Route Nationale 2 qui nous permettra d’atteindre la petite commune de Saint-Georges-de-l'Oyapock à l’est du Littoral de la Guyane[2]. Il traverse le fleuve Oyapock, reliant ainsi la frontière entre le Brésil (ville d’Oiapoque) et la France (ville de Saint-Georges-de-l’Oyapock).

L’emprunte de l’homme « moderne » et son besoin incessant d’urbanisation s’impose et contraste étrangement dans ce bout du monde vert où une population modeste vit au rythme du fleuve.  Elle semble avoir été oubliée, placée hors du temps de notre civilisation. Les premiers habitants de la région sont des ancêtres des peuples Wayãmpi, qui occupaient l'étendue territoriale du rio Oiapoque[4] épicé et sauté dans du lard, gambas cuisinés en sauce ou en blaff (court bouillon), du sauté de bœuf, consommé d’haricots rouges, riz, manioc frit, poisson en sauce, etc. Au finale, c’est une cuisine proche de la nôtre aux Antilles et servie également avec cette même main généreuse.

Dans l’après-midi, narguant la pluie sous nos parapluies et nos impairs, nous empruntons un petit pont en bois inlassablement mouillé par la pluie, pour nous diriger vers le centre ville. Notre priorité est de déclarer au bureau de douane brésilienne notre séjour. Il nous faudra y retourner pour déclarer notre départ également.

Plus tard dans la soirée, autour d’un verre de Caïpirinia (boisson à base de rhum et de citron) et de Caïpiroska (boisson à base de Vodka et de citron) sur la terrasse en bois surplombant le fleuve, nous admirons le couchée du soleil tout en discutant en compagnie de Rona.

Avec plaisir, il nous raconte des anecdotes qui ne manquent pas de nous faire rire aux éclats. Sous ses airs de joyeux luron, on découvre un homme d’engagement, militant pour la défense et le respect de l’environnement. Au fond de son parc forestier, il a construit un bassin où il élève une espèce de tortue menacée de disparition. Il a recueilli des centaines d’œufs sur les berges sablonneuses du fleuve pour les faire incuber. Il travaille avec les autorités chargées de la protection de l’environnement.

Quand elles ont atteint un certain âge, il part les mettre à l’eau. Il partage son amour de la nature avec de jeunes enfants accompagnés de leurs professeurs d’établissements scolaires.

Ainsi, Rona Lima DA SILVA, ancien orpailleur s’est converti dans l’écotourisme.

Un temps pour dormir…

Après cette première journée, l’obscurité nous enveloppe tranquillement et avec elle la fraîcheur et l’humidité de la nuit. Sous une douce pluie fine, dans la pénombre, aidés d’une torche et de nos mobiles allumés, nous empruntons le chemin de terre rouge mouillé qui nous mène vers notre carbet.

Après une bonne douche froide quelque peu désagréable pour les inconditionnels de l’eau chaude, nous organisons notre couchage dans les hamacs. Une fois installés à l’intérieur, nous rabattons nos moustiquaires sur nous et éteignons nos torches.

Nous y sommes, notre première nuit dans la forêt commence !

Couchés dans le noir, comme des gamins d’une colonie de vacance excités, nous échangeons quelques chamailleries en ricanant, nous chantons à tue tête des comptines nous rappelant notre enfance. Nos cris de joie sont si intenses que nous avons mal aux tempes. Nous sommes si heureux de ce moment de bonheur partagé au cœur de la forêt que nous voudrions arrêter le temps. Puis soudain, fatiguée nous sombrons dans un sommeil profond.

Sans portes et sans fenêtres n’ayant pour protection qu’un toit pour nous abriter des averses, tous les six, femmes et hommes, allongés les uns à côté des autres, nous confions nos corps et notre inconscience (ou âme) à cette forêt mystérieuse où seule la lune semble veiller sur nous.

Au-dessus de nos têtes se dresse telle une toile à fond blanche composée de nuages blancs sur laquelle on voit des ombres noires dessinées par les arbres.

Un temps pour se lever…

Il pleut, l’air est humide, mais quel plaisir de se réveiller le matin avec le sourd bourdonnement de gros bourdons, le son strident des cigales, le coassement des grenouilles mélangé à ceux des crapauds, le chant des toucans que l’on arrive à dissocier de celui des perroquets et des oiseaux.

Quand enfin nos yeux alourdis encore par le sommeil finissent par s’ouvrir, depuis votre couche, nous contemplons avec ravissement les morphos (grands papillons aux ailes bleues) qui croisent les vols des oiseaux. Certains ont un plumage composé de vert, de rouge et de jaune.

L’art de la céramique amérindienne

Aujourd’hui nous retournons dans le centre ville d’Oiapoque où nous découvrons sur notre chemin un potier, Danielo Farios Il s’adresse à nous en français marqué par un accent portugais. Dans son atelier, nous y découvrons de magnifiques poteries amérindiennes exposées à la vente. Des vases, des jarres, des services à thé, des statuts, des cendriers en argile sont travaillés d’esquisses de l’art amérindien, de véritables chefs d’œuvres si peu chers s’offrent devant nous avec un choix déconcertant.

L’artiste heureux d’avoir des visiteurs qui semblent aimer et comprendre son art,   se lance dans des explications sur les techniques qu’il emploie et les sources de son inspiration.  Il nous ouvre des ouvrages qui relatent l’histoire de la poterie dans la région et son déplacement géographique au cours du temps et des générations. Il tient cette passion de la transmission de père en fils. Son grand père l’a enseigné à son père puis à son tour, son père lui a fait part de son savoir.


[2] Les deux pylônes culminent 83 mètres de haut. Sa longueur est de 378 mètres et son tirant d'air sous le pont est de 15 mètres.

Sa construction est terminée depuis août 2011 mais sa mise en service attend toujours le prolongement de la route du côté brésilien. Toutefois, lors de la 9e commission mixte transfrontalière entre le Brésil et la France, les deux pays ont fixé une date limite pour ouvrir le pont en août 2016.

C’est en 1997 que Fernando Henrique Cardoso, président brésilien et Jacques Chirac, présidents français à l'époque, décident de lancer la construction d'un pont entre leurs deux pays. Il a été décidé que du côté français, l'accès se fera par un poste de contrôle frontalier (PCF) où seront présents trois administrations de contrôle : la Police aux frontières, la Douane et la Direction de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt.

Sans aucun péage, le passage pourra se faire aussi bien en véhicule qu’à pied.

 

[4] ou kwac : semoule ou farine, fabriquée à partir de la racine de manioc épluchée, macérée dans de l’eau, râpée et égouttée afin d’éliminer le poison (acide cyanhydrique) qu'elle contient.

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