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Guadeloupe. Coupe Davis : Un tennis show et puis rien ?

07 Mar 2016
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Gael Monfils Gael Monfils

Baie Mahault. lundi 7 mars 2016 CCN/LM. Ouf ! Le  tennis show est terminé.  On démonte déjà les gradins. Ainsi donc  pendant 3 jours les spectateurs ont été hyper  gavés de drapeaux tricolores francais, de Marseillaise à tue tête. C’est vrai que dans la colonie toutes les manifestations sportives prennent toujours un aspect politique. Ce tennis show, qui n’aura été qu’une promenade de santé  pour l’équipe de France, puisque les « patrons » du tennis canadiens ont brillé par leur absence. Le tennis show qui aura couté  près de 3,5 millions  d’euros à la Région, ne rapportera que  des  « peanuts » à la Guadeloupe. Le retour sur investissement est très faible. Au mieux ce tennis show suscitera  quelques vocations, mais sans plus, car Coupe  Davis ou pas, car en  Guadeloupe, le tennis se pratique déjà depuis quelques décennies  et ce n’est plus la « chose » que des blanfwans.. Alors a quoi aura servi ce tennis show ? verra t on surgir d’autres « Monfils »  qui iront «  tie breaker » en équipe de  France  ?  En quoi cela profite il  à la Guadeloupee ?   Une fois n’est pas coutume, CCN  publie ci dessous un papier paru dans le quotidien « Le Monde ». Il  répond en partie à nos interrogations. C’est à lire...


 

 

Le Monde :  L’impossibilité d’une ile

Une fois n’est pas coutume : ce n’est pas l’intérêt sportif qui pousse à suivre la Coupe Davis du 4 au 6 mars. Avec le forfait de dernière minute des deux meilleurs joueurs canadiens, Milos Raonic et Daniel Nestor, et les deux premières victoires de Gaël Monfils et Gilles Simon vendredi en simple, la France était  largement favorite dans ce premier tour. Mais l’essentiel est ailleurs. Pour la première fois, la Coupe Davis fait escale aux Antilles, plus précisément à Baie-Mahault, en Guadeloupe.

Ce choix symbolique, voulu à l’origine par le capitaine des Bleus, Yannick Noah, afin de jouer en extérieur sur terre battue pour contrer l’armada ennemie, avait suscité la polémique. Trop loin, trop cher. Mais il s’agit avant tout d’une vraie reconnaissance de ce qu’a apporté l’île au tennis.

Tout a commencé là où s’achèvera la compétition : à L’Auberge de la Vieille Tour, où les joueurs ont posé leurs valises. En 1978, sur le court en quick de l’hôtel, Patrice Dominguez, alors numéro un français, livre une exhibition avec un jeune prometteur du nom de Yannick Noah. Félix Clairville, 83 ans, se souvient bien de cet épisode qui marque, selon lui, « la démocratisation du tennis et l’engouement pour ce sport dans l’île. » Ancien président de la chambre de commerce de Guadeloupe, il a également dirigé l’Amicale Tennis Club (ATC), fondée en 1954, au Gosier, la ville balnéaire qui jouxte Pointe-à-Pitre.

« L’ATC a été le premier club fait par et pour les Noirs antillais. Alors que l’autre club, le TC Dugazon, était réservé aux Blancs pays », précise M. Clairville. Comme partout ailleurs, le tennis guadeloupéen a longtemps été réservé à une élite, formée par ces « Blancs pays » ou Blancs créoles, descendants des premiers colons européens.

 

daviscup
ci dessus : L'ex court central de Baie-Mahault

« Promouvoir le tennis localement »

Pour exemplaire qu’il fut, l’ATC n’en restait pas moins un club de caciques locaux. L’un de ses membres fondateurs fut le cardiologue Henri Bangou, maire de Pointe-à-Pitre pendant plus de quarante ans (1965-2008). Médecine et tennis font d’ailleurs bon ménage en Guadeloupe. M. Bangou a côtoyé – sur les courts et à l’hôpital – Christian Forbin, chef du service anesthésie au CHU de Pointe-à-Pitre et président de la ligue depuis 1993. Président, également, du fleuron des clubs de l’île (qui en compte une quarantaine) : le Marina Tennis Club, situé au bout d’une digue, face à la mer des Caraïbes. Difficile de prendre le pouls du tennis local sans passer par lui.

La venue de la Coupe Davis, c’est aussi une consécration. « J’avais déjà soumis l’idée à Christian Bîmes [président de la Fédération française de tennis (FFT) de 1993 à 2009] lors de sa deuxième mandature, révèle M. Forbin. Il existait une aide fédérale pour toute construction d’un centre de ligue et nous avions un projet avec la ville du Gosier pour disposer d’une enceinte capable d’accueillir la Fed Cup ou la Coupe Davis. » Une quinzaine d’années plus tard, c’est chose faite avec la transformation à grands frais du vélodrome de Baie-Mahault en central bis de Roland-Garros grâce à l’apport de la même terre battue que celle du Grand Chelem parisien. Une opération rentable, selon Christian Forbin, pour qui la Coupe Davis est avant tout « un moyen de communication dont les retombées ne sont pas immédiates, une façon de montrer la Guadeloupe au monde entier et de promouvoir le tennis localement. »

Mais pour quelles retombées ? Avec un nombre de licenciés en perte de vitesse, des infrastructures souvent vétustes, un manque criant de bénévoles et certains clubs qui mettent la clé sous la porte, « la ligue de Guadeloupe ne peut rivaliser avec celles de métropole,assure Christian Forbin. Notre priorité est d’être un centre de formation et de détection. »

«J’ai atterri à Reims, ça a été un choc thermique ! »

Pour Laurent Storai, qui y fut entraîneur fédéral de 1999 à 2005, « il y a ici un vivier incroyable ». « Durant mon passage, on a eu une génération exceptionnelle avec six garçons envoyés en pôles France », poursuit-il en faisant référence aux centres de formation de l’élite tennistique du pays, tous situés en France . C’est bien là que le bât blesse : cette nécessité de l’exil, que narre amèrement l’un des premiers d’entre eux, Mehdi Darlis.

Réalisateur d’un documentaire sur la galère des tennismen classés au-delà de la centième place, Over the Net, Mehdi a quitté sa Basse-Terre natale à 12 ans. « J’ai atterri à Reims, ça a été un choc thermique ! Moi qui jouais toujours en extérieur, je me suis retrouvé sur du dur, en intérieur, en jogging avec des gants… Mentalement, c’est déjà compliqué de partir à cet âge-là à 8 000 km de sa famille, mais pour le corps aussi. »

Sous-estimée aussi, selon lui, la perte de repères culturels liée au déracinement. « J’étais trop à l’écart de ce qui avait fait de moi ce joueur de tennis. C’est regrettable de ne pas prendre en compte le patrimoine des sportifs de haut niveau, en l’occurrence ma créolité. Si la France représente bien cette diversité dont on parle, il faut s’en servir. » Exemple de cette négligence : il aurait pu rejoindre Grégory Gumbs, autre espoir né en 1987, au pôle de Boulouris (Var). «Mais on n’envisageait pas de mettre deux Antillais au même endroit… » ­Depuis, Grégory s’est lancé dans la musique. Mehdi, qui a « progressivement perdu la passion », a raccroché à 22 ans.

« On peut y croire »

Un destin partagé par d’autres candidats au départ, Xavier Mouniga et Cédric Commin – le premier Guadeloupéen à s’être imposé dans un championnat de France en individuel (les 13-14ans, en 2007). Est-ce à dire que, pour réussir en étant antillais, il faut être né et avoirgrandi en métropole, comme Gaël Monfils à Paris ?

Pour Nathalie Piquion, fraîche retraitée des courts à 28 ans, l’expérience de l’exil fut positive. « Car ma mère m’a accompagnée », précise celle qui, modestement, pense avoir « ouvert une porte. » En effet, hormis Nathalie Dechy, partie de l’île à 3 ans, elle est la Guadeloupéenne – hommes et femmes confondus – montée le plus haut : 177e mondiale en 2010. « Le foot ou l’athlé sont plus populaires que le tennis, mais ce qui a le plus changé aujourd’hui, ce sont les ambitions. On peut y croire ! »

C’est le cas de Gianni Mina. A 24 ans, l’ancien numéro deux mondial junior, classé aujourd’hui au-delà de la 500e place, y croit toujours. Arrivé en classe de 5e à Poitiers, il considère avoir eu « beaucoup de chance d’y trouver des entraîneurs attentifs et une vraie famille d’accueil ». Passé aussi par l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (Insep), il a mis fin à son périple hexagonal il y a trois ans et s’est installé à Miami, à trois heures de vol de chez lui.

« On voulait que nos jeunes puissent beneficier d’un tournoi d’envergure chez eux, qu’il soit un tremplin pour leur carriere internationale »

C’est pour lui et ses camarades de jeu qu’a été créé en 2011 l’Open de Guadeloupe, un Challenger 100, la quatrième division du tennis mondial. « On voulait que nos jeunes puissent bénéficier d’un tournoi d’envergure chez eux, qu’il soit un tremplin pour leur carrière internationale », indique Christian Forbin. Une opportunité renforcée par un ITF (un tournoi du circuit mondial junior) à Saint-Martin, l’île voisine, et un ITF féminin à Petit-Bourg, le patelin paternel de Gaël Monfils. Trop peu pour progresser et se frotter à une concurrence solide en restant dans la zone Antilles-Guyane.

Pourtant, les solutions existent pour freiner l’exode. Celle par exemple d’un partenariat entre les fédérations française et américaine pour permettre aux jeunes Antillais de disputer les tournois aux Etats-Unis, leur évitant de coûteux allers-retours en métropole. Celle, surtout, de la création d’un pôle d’excellence local, un centre international d’entraînement que Christian Forbin appelle de ses vœux. « Cela existe en Afrique, mais pas aux Caraïbes », relève-t-il.

Ce centre, avec l’appui de la FFT et de la Fédération internationale de tennis, permettrait aux jeunes ultramarins de rester chez eux jusqu’à 15-16 ans. « Partir à 12 ans, c’est beaucoup trop tôt », clame Calvin Hémery, le dernier petit prodige guadeloupéen. Le mal du pays l’avait contraint au retour deux ans après. « C’est seulement à 17 ans que j’ai décidé de repartir en France. Mais cette fois par choix. Avant, il ne devrait pas être nécessaire de s’en aller. » 

- Clément Balta

 

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