Breaking News

×

Avertissement

JUser::_load : impossible de charger l'utilisateur ayant l'ID 940
JUser::_load : impossible de charger l'utilisateur ayant l'ID 950

Guadeloupe. Le Gwoka comme potomitan de notre industrie culturelle ?

14 Mar 2016
2352 fois
Guadeloupe. Le Gwoka comme potomitan de notre industrie culturelle ? Kozé - Bokantaj à Repriz avec : JC Malo/J.Théodore/Th. Cesarus/R.Mounien

Pointe-à-Pitre. Lundi 14 mars 2016. CCN. Hasard du calendrier ou non ce week-end se sont tenues en Guadeloupe, deux très importantes manifestations qui ont toutes les deux un rapport étroit avec l’univers de la Gwoka musique. Ce vendredi soir  se tenait à l’Espace Repriz - Centre  Guadeloupéen de Musique et de Danse Populaire - un kozé-bokantaj sur le mouvement de résistance culturelle des ouvriers et paysans des années 1970. Chacun l’admet aujourd’hui, c’est ce « Mouvement politico – syndical » qui a très largement contribué à la réappropriation et à la diffusion du Gwoka comme musique nationale guadeloupéenne. Dimanche matin au CREPS, Léna Blou la chorégraphe-chercheuse guadeloupéenne proposait un « séminaire » thématique et de haute tenue « Regards  croisés sur le bigidi ». Deux manifestations visiblement non coordonnées mais qui interviennent pratiquement un an après l’inscription du Gwoka au patrimoine immatériel de l’Unesco.  Ces deux « sanblé », par leur portée, dépassent très largement le cadre de la revendication symbolique et culturelle  habituelles du gwoka mais induisent déjà dans toute ses dimensions la question de la musique gwoka comme élément dynamique de notre industrie culturelle. Paradoxalement les décideurs culturels des collectivités dites « majeures », les politiques  et  même les médias,  ont  une fois de plus brillé  par leur absence.  Est-ce surprenant ? 


 

 

f140316b 
Regards croisés  sur le Bigidi avec H.Migerel/ PY. Chicot/JP Sainton/ A. Broussillon/F. Garain

 

Contexte. L’un des plus célèbres jouwaka de la Guadeloupe, Marcel Lolia, est mort en juin 1984 dans la plus totale misère matérielle. Mais ses obsèques, à Pointe-à-Pitre, furent grandioses. Des milliers et des milliers de Guadeloupéens de toute origine assistèrent à des  funérailles qu’on peut qualifier de nationales. Auparavant, une dizaine d’années avant la disparition de Vélo, le mouvement nationaliste politico-syndical  guadeloupéen qui naissait dans le nord de la Guadeloupe, avait contribué à redonner au gwoka et au léwoz leur vraie place dans la culture nationale guadeloupéenne.

Dès  1978 dans les faubourgs populaires de Pointe à Pitre, naissait  à l’initiative de quelques  jeunes un groupe de « mas » qui se fit appeler Akiyo. Ce groupe fut le premier à reprendre à son compte la tradition musicale et carnavalesque des « Mas a sen jan ». Plus d’une  trentaine  d’années après, même si l’esprit demeure dans la musique et les ti -tanbou mas utilisés, les nombreux groupes tous issus de la mouvance Akiyo se font appeler «  group a po ».

Au début des années 70, Gérard Rokel, guitariste talentueux après un long séjour en Europe où il pratiqua le jazz, invente  le « Gwoka Moden » (GKM) et sort à la fois un triple album et un traité du Gwoka modén. En dépit du bon sens, l’album est vendu de façon presque clandestine et formellement interdite à diffusion sur les radios. Gérard Lockel refuse aussi toute interview. Ce n’est qu’1991 qu'il accepte de jouer en concert au Centre des Arts, salle qui est pourtant dés son ouverture en 1978 le temple mythique de l’expression culturelle et artistique de la Guadeloupe. L’irruption du GKM bouleverse considérablement le monde du gwoka et pendant des années, une querelle entre partisans du gwo ka traditionnel et gwoka moderne fait rage.

Pendant près d’une décennie Lockel qui bénéficie à l’époque du soutien Lokel, du mouvement nationaliste est à la fois l’unique défenseur et promoteur de son Gwoka modén. Plus tard d’autres musiciens tels que Georges Troupé, Edward Ignol (Kafé), Robert Oumaou, Christian Laviso et le groupe Horizon avec ou sans la bénédiction de Lokel portent leur contribution au « renouveau » du gwoka. Progressivement,  Lockel qui est resté figé dans une posture de grand maitre du gwoka, perd pied et s’isole. Les premiers CD de gwoka post-lockel sortent : Kafé, Horizon, Kimbol, Gwakasonné...

Dans la même période, un autre événement majeur pour le gwoka se crée. En 1987 à Sainte-Anne, l’avocat et militant nationaliste de l’UPLG, Félix Cotellon lance le Festival de Gwoka Sentann (FGK). Cette initiative n’est guère soutenue par la municipalité de l’époque. Le FGK prendra plus d’une dizaine d’années pour s’imposer et devenir le rendez-vous obligé des jouwaka. Hormis Lokel, tous les jouwaka guadeloupéens ont l’occasion de s'y produire et parallèlement les études et colloques se tiennent en marge du festival. Au plan de la recherche musicologique, le gwoka s’affirme autant en Guadeloupe qu’à l’étranger, peut-être même plus à l’étranger. C’est autour de ce FGK que naîtra dès 2005 « Repriz », un centre des traditions populaires qui se fixe 3 missions : la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, le soutien à la transmission et à l’enseignement artistique, la diffusion et la promotion de la culture et des artistes de Guadeloupe, la coopération dans la Caraïbe et dans le monde. La création de ce centre constitue alors un pas important dans le développement  de la gwokalogie

Au cours de la dernière décennie des ouvrages sont publiés. Les CD de gwoka, pas tous d’excellentes qualité, sortent. Le lewoz se  popularise et se commercialise ; de nombreux groupes de gwoka naissent et meurent. Mais objectivement le gwoka reprend sa place. Henri Bangou, le maire de Pointe-à-Pitre qui avait un temps interdit de jouer cette musique dans les rues de la ville, cède à la pression. La rue piétonne devient  le lieu emblématique des « jouwaka » chaque samedi matin. Au début du 21e siècle, le gwoka est déjà une réalité culturelle incontournable. Pourtant un important et ultime clash intervient dans le microcosme gwoka. Les responsables du centre Repriz, des chercheurs et des musiciens prennent l’initiative d'inscrire cette musique au patrimoine immatériel de l’Unesco. Pendant 2 ans, la polémique est féroce, c’est une nouvelle guerre entre les pour et les anti, guerre qui n’est pas sans rappeler la querelle des traditionalistes et des modernistes du gwoka. Le gwoka est tout de même finalement admis à l’Unesco. Les clameurs se taisent progressivement. Cette reconnaissance du gwo ka à l’échelle mondiale ouvre de nouveaux horizons. Comme c’est souvent le cas, les politiques n’ont pas encore tous pris la dimension de l’évènement. Même si certains comme Victorin Lurel, Christian Baptiste ou Jacques Bangou ont  été partie  prenante et accompagné cette inscription au patrimoine immatériel. Il leur manque, sans doute, la réactivité pour prolonger et traduire cet évènement dans une nouvelle politique culturelle.  

Il s’agit aujourd’hui de dépasser de loin le cadre de la simple revendication identitaire et de placer le gwoka dans la dynamique des industries culturelles. Les deux sanblé qui ont eu lieu ce week-end, quoique différents dans leur démarche, sont la preuve que la question du gwo ka prend désormais une autre dimension...

Il faut, sur le plan de l’éducation, labéliser les écoles de gwoka. Instaurer comme pour le créole, l’enseignement du gwoka dans les écoles. Cela suppose la formation d’enseignants. Il en est de même pour la danse. Lena blou qui a lancé le concept du bigidi, nous disait qu’en l’état actuel des choses, il n’existe pas de diplôme de danse reconnu pour enseigner le gwoka. Il faut encore se former à la danse classique ou au jazz pour être reconnu prof de danse de gwoka !

Sur le plan muséographique, le Mémorial ACTe ne fait pas (encore) une grande place au gwoka. La nécessité d’une grande expo permanente sur cette musique est un vide à combler. Cela demande de vrais moyens. Il en va de même pour la fabrication des instruments. Yves Thole est reconnu maitre-ka mais il faudrait d’autres  fabricants de tanbou-ka, presque à un niveau  industriel car sur le plan international, notre ka sera  très vite demandé par tous ceux qui découvrent cette musique et qui veulent jouer de cet instrument. Le besoin de documentaires-vidéo, de monographies d’ouvrages et aussi d’études approfondies se fait sentir. Quand l’Université des Antilles créera un Capes gwoka, il y aura davantage d’étudiants à vouloir faire masters et doctorats sur cette musique. La dimension économique qui s’amorce au tour du gwoka est indéniable. Samedi et dimanche au cours des deux « sanblé » pas un de nos politiques n’a participé aux débats.

Soyons juste : un seul. Le tout nouveau conseiller régional Jean-Claude Nelson, lui même auteur-compositeur et chantè gwoka. Mais était-il mandaté par son boss de la Région Guadeloupe, Ary Chalus ? Pas le moins du monde. On attendra lors de la déclaration de politique générale prévue et déjà très attendue du nouveau président, quelle place il fera aux industries culturelles de notre pays.

 

 

Évaluer cet élément
(0 Votes)

1 Commentaire

Connectez-vous pour commenter

Toute l'actu de la Guadeloupe et des Caraïbes.

Articles Populaires