Guadeloupe. Un intello blanfwans dénonce le système colonial !

Pointe-à-Pitre. Jeudi 17 mars 2016. CCN. C’est suffisamment rare dans la colonie pour le signaler et en faire un évènement. Dimitri Lasserre est un universitaire franco-français. Il a passé quelques années en Gwadloup et a étudié à l’ex-UAG. Il a aussi observé la société coloniale et tous ses travers. Il a sorti un essai critique qui fera date : « Néocolonialismes aux Antilles ». D. Lasserre sera ce Vendredi 18 mars à 18h à Fouillole pour une conférence unique organisée par le CREDDI  et CCN. A ne  pas rater !

 1/ Extraits   de « Anticolonialismes aux Antilles ( Lharmattan)

Le problème que pose la consommation aux Antilles est que cette dernière ne fonctionne pas selon les modalités illusoires des préférences individuelles, mais plutôt sur la base de la volonté d’égalité. Au fond, cette quête d’égalité absolue, ce sacrifice de la volonté de pouvoir en tant qu’expression authentique de l’individualité, et même d’une culture spécifique, indépendante de celle de la métropole, gangrène plus que les esprits, elle affecte aussi les corps. Car il serait trompeur de s’imaginer que les néocolonisés agissent comme ils le désirent, à plus forte raison lorsque la plupart de leurs actions sont conditionnées par une société de consommation dont ils ne tirent pas les ficelles, et qui s’immisce dans les moindres recoins de leur existence.

  On décide de ce qu’ils doivent consommer, on décide des prix qu’ils devront payer, on les encourage à entrer dans la fonction publique afin d’avoir un avenir professionnel garanti pour, dans le même temps, les décourager à investir et à entreprendre, on se moque éperdument de la qualité des produits vendus en supermarché – qu’ils soient plus sucrés ou plus pollués que la norme, à titre d’exemple, ne semble pas remuer la boue monopolistique –, on se contrefiche également de fabriquer une économie d’importations, écoulées sur le marché grâce à un financement de l’Etat – via les consommations finales des fonctionnaires –, on ne porte aucun intérêt à la production locale si celle-ci n’a pas le potentiel de générer des superprofits, on délaisse l’industrie et le tourisme, on ne cherche surtout pas plus d’indépendance, cela nous enlèverait sans doute une bonne partie de notre pouvoir.

Ce qui est d’autant plus troublant, c’est le rôle joué par l’Etat français, néocolonial, pour entretenir cette situation. Au lieu d’inciter à la concurrence, de punir les monopoles devant des cours de justice, d’essayer de les traîner devant des tribunaux, la France s’évertue à les mettre à l’abri des sanctions diverses et variées qu’ils pourraient se voir infliger par des instances internationales – après tout, l’Etat est, pour ces monopoles békés, un parapluie en dernier ressort, car lui seul se rend coupable de tolérer une telle structure économique…

 

2/ Extraits de « Etudes Caribéennes « dec 2014 « LKP : Jamais vu déjà,  ou déja vu ... » Dimitri Lasserre

Sur les traces du syndicalisme révolutionnaire

36 J’ai écrit plus haut que l’adversaire affiché du LKP est une hétérotopie capitaliste teintée de socialisme – en témoignent le rôle prépondérant joué par la fonction publique sur le marché de l’emploi, le haut niveau de consommation et l’importance de la dépense de l’Etat – cela n’empêche pourtant guère aux membres du LKP eux-mêmes d’avoir de fortes tendances socialistes, beaucoup plus radicales que celles du système en place. Mounien rappelle que « dans le LKP, il y a des marxistes » (Mounien in Verdol, 2010 : 122), alors que Verdol met l’accent sur « l’importance de la lutte des classes » (id.). Cela n’empêche pas pour autant ces derniers de se défendre du caractère marxiste du mouvement ; il suffit pourtant de regarder la structure politique des organisations qui le composent pour se laisser persuader du contraire. Leur première référence est la Charte d’Amiens, qui préconise « comme moyen d’action la grève générale10 » (CGT, 1906), réveillant le vieux mythe sorélien, qui met en avant la puissante énergie d’embrigadement que permet cette mobilisation (Sorel, 1932).

37 Ce qui est intéressant, c’est que la grève générale, à travers les discours du LKP, apparaît plus comme une fin que comme un moyen, ou alors un moyen incorporé dans un processus irréversible, indissociable de sa finalité. Gaby Clavier, prédécesseur de Domota à la tête du syndicat phare du LKP, le plus virulent en Guadeloupe, à savoir l’Union Générale des Travailleurs Guadeloupéens (UGTG), affirme même en avoir « toujours rêvé » (Verdol, 2010), allant même jusqu’à suggérer que LKP et grève générale ne forment qu’une seule et même entité, une seule et même réalité, et que cette association doit permettre « de continuer à éclairer l’horizon » (id.). Par ailleurs, Luc Reinette, ancien militant indépendantiste, souligne que la grève générale est la première phase du processus de transformation de la société engagé par le LKP (ibid.). On retrouve ici cette caractéristique fondamentale des nouveaux mouvements sociaux : la volonté de transformer la situation en profondeur, de changer qualitativement la donne. Conduit par une utopie régressive à contenu historique, propres aux hétérotopies marxistes, le LKP affiche ici ouvertement son désir de mener, par le moyen de la grève générale, une révolution de type socialiste, ayant vocation à changer non seulement l’aspect de la société, mais aussi la face de son histoire, de la faire rentrer dans une autre phase de l’histoire.

38 Très clairement, nous sommes ici dans le champ du déjà vu, tant sur le plan théorique que pratique. Sur le plan théorique tout d’abord, le « mythe de la grève générale » est le fruit d’une révolution industrielle chaotique sur le plan social en France. Cette période a vu émerger un syndicalisme tout particulier, sensible aux écrits de Marx, notamment Le manifeste du parti communiste et le capital (Marx et Engels, 1973 ; Marx, 1963) : le syndicalisme révolutionnaire. Organisé par les mouvements ouvriers aux prises avec la bourgeoisie, sa finalité est bel et bien de mener la révolution, c’est-à-dire renverser la société de classes et aboutir au communisme, selon le modèle hégélo-marxiste ayant la fin de l’histoire en ligne de mire. Nul ne viendra reprocher au LKP de se réclamer de cette mouvance, libre aux hommes de s’associer comme bon leur semble ; par contre, ses analystes ne pourront pas en proclamer l’authenticité, ni le concevoir, dans sa théorie, comme une occurrence unique dans la grand roue de l’histoire. Cette épistémè, loin d’être nouvelle, date du XIXe siècle, et a sans cesse été reprise par nombre de groupes, de syndicats et autres partis politiques, dans les siècles suivants – autant d’hétérotopies très proches les unes des autres.

39 Bien entendu, la mise en pratique des thèses soréliennes et marxistes ont fait leur temps au siècle dernier – bien qu’il soit encore impossible d’en saisir globalement la portée. Conduisant, comme nous l’avons signalé ci-devant, à des mouvements totalisants, elle pousse les hommes, à travers la grève générale, dans la volonté idéale ou matérialiste – bien que cette dernière sous-tende elle-même un idéal – de réaliser la fin de l’histoire.

  • 11  Bachaud (1987) propose, à ce sujet, une étude historique et politique fort intéressante des mises (...)

40 Je ne reviendrai pas sur les modalités de ce mode de fonctionnement, déjà fort bien décrit et analysé par Hayek (2013), car ce n’est pas ici le centre de notre intérêt11. Ce qu’il convient de remarquer néanmoins c’est que, là encore, nous pouvons nous apercevoir de la non-authenticité du LKP, dont les théories marxistes et soréliennes sensiblement totalisantes – tant sur le plan existentiel qu’ontologique (si l’on conçoit le mouvement de l’histoire comme celui de la totalité du monde qui est) – ont été mises en pratique dans certains pays presque un siècle avant l’émergence du collectif Guadeloupéen. Le contexte économique et politique n’est pas, en dépit de l’éloignement temporel et géographique, pour autant très différent dans les deux cas : crise majeure due à un capitalisme impitoyable, notamment à sa finance, chômage de masse, cherté de la vie, perte de confiance en la parole des élites politiques, méfiance à l’endroit d’un discours néocolonialiste se mettant au service d’intérêts étrangers à la seule nation, attrait du radicalisme, intérêt pour le nationalisme et, enfin, recours à la grève générale.

 

Source 

ETUDES  CARIBEENNES 29 décembre 2014 : Mouvements sociaux, d’ici et là, d’hier et d’aujourd’hui

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CCN

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1 Commentaire

  • VALSAINT
    VALSAINT jeudi, 17 mars 2016 09:19 Lien vers le commentaire

    Je trouve assez méprisant ces expression de blanfwans ou d'intello franco-français qui par ailleurs n'est pas correct. On peut être franco-tunisen, franco-américain mais pas franco-français

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