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Guadeloupe : Mort d’un vrai homme d’Etat Gwadloupéyen : Henry Corenthin, n’est plus !

21 Avr 2016
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Henry Corenthin lors d'une  reunion du LKP Henry Corenthin lors d'une reunion du LKP

Port-Louis. Vendredi 22 avril  2016. CCN. La Guadeloupe colonisée a déjà fourni à la France coloniale près d’une demi-douzaine de  ministres. Cela va de Gratien Candace  (1932/33 ) à Georges Pau-Langevin en passant par Victorin Lurel, Roger Bambuck ou Marie-Luce  Penchard. Ces ministres et parfois sous-ministres ont tous  exercés leurs « responsabilités » dans le cadre franco-français.  Henri Corenthin est le seul guadeloupéen à avoir eu une vraie stature d’homme d’état lorsqu’il a été nommé ministre dans une ex-colonie française qui venait de s’affranchir de la tutelle  coloniale : le Mali. Bref retour sur le passé de ce militant anticolonialiste et de ce patriote authentique. 

 

«  Je ne serai jamais assimilé à un francais », Henry Corenthin est tout juste âgé de 21 ans, il est à Paris. Nous sommes en 1946 et  l’Assemblée Nationale francaise vient de voter la loi dite de l’assimilation des vieilles colonies que sont la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique et la  Réunion. Henri Corenthin qui vient tout juste d’achever son service militaire dans la marine francaise a déjà une conscience claire de sa position politique affirme : «  convaincu que le Guadeloupéen que je suis et qui avait grandi dans une Guadeloupe éprise de « patriotisme francais » devait radicalement dévier de cette voie et concevoir que la communauté guadeloupéenne n’était pas  assimilable à la communauté française (…), j’avais pris la décision  de me battre contre le colonialisme francais  et de participer   dans la grande organisation qui se mettait en place, sous l’égide du RDA [ndlr. Rassemblement démocratique africain], le mouvement d’émancipation de l’Afrique noire ».

À la même époque, Rozan Girard d’une douzaine d’années son aîné est déjà député-maire communiste du Moule et prendra lui une autre voie puisque Corenthin dira aussi « que contrairement  aux étudiants  membres de la section guadeloupéenne du Parti Communiste  francais, je me suis présenté comme un adversaire de cette loi d’assimilation qui allait à l’encontre du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ».

Dès le milieu des années 50, Henry Corenthin qui a soutenu sa thèse de doctorat en 1952 exerce en France mais ses nombreux contacts avec les étudiants et sportifs vont beaucoup influer sur sa destinée. Il quitte donc la France et s’installe au Burkina Faso qui s’appelait encore à l’époque la Haute-Volta et est nommé médecin-chef du Cercle Kita, dans l’ouest du Mali. Plus tard après les Jeux Olympiques de Melbourne en 1956, il s’installe provisoirement au Soudan et milite au sein de l’Union Soudanaise-RDA. (Rassemblemnt Démocratique Africain)

Cette même année, Henry Corenthin intervient au congrès du RDA au nom de la jeunesse soudanaise. Comme on le voit, dès cette époque, Henry Corenthin épouse totalement la cause des colonisés africains. Il s’éloigne progressivement du combat du peuple guadeloupéen. Ainsi, en Juillet 1960 quand De Gaulle proclame à Dakar l’indépendance de la Fédération du Mali (Sénégal-Soudan). Après quelques troubles électoraux en septembre 1960, Modibo Keita est élu président devançant Léopold Sedar Senghor le candidat de la future Francafrique. Henry Corenthin est alors nommé ministre de la jeune république malienne. Mais dès 1962, Henry Corenthin qui est encore membre du bureau politique de l’Union Soudanaise-RDA est demis de ses fonctions de ministre suite à un rapport critique  concernant la politique gouvernementale.

À la fin des années 60, c’est la fin de son « épopée africaine » et  ministérielle. Corenthin revient en France et apprend avec surprise qu’il a été déchu de sa « nationalité francaise ». Il éprouve les pires difficultés pour ré-exercer la profession de médecin en France. Plus tard, on saura que c’est Jacques Foccart, un Français d’origine guadeloupéenne du côté de son père, le Monsieur Françafrique du général De Gaulle, avait cultivé une profonde rancune à l’égard de « ce ministre malien d’origine antillaise qui était communiste » (sic). Pour Foccart, Henry Corenthin le Malien est un « révolutionnaire excité ». Finalement, Henry Corenthin fut réinscrit à l’‘ordre des médecins français  et en collaboration avec Guy Beaubois, l’un de ses confrères guadeloupéens, il sera médecin spécialisé de la clinique des «  Eaux Vives » dans les hauteurs du Matouba. 6 ans après les événements de Mai 67 dont il n’eut qu’une connaissance lointaine, il rentre définitivement en Guadeloupe. Nous sommes en février 1973. Ce n’est  qu’en 1976 qu’il obtient de nouveau la nationalité française car jusqu'à cette époque il était considéré comme citoyen malien.

Redevenu « Français » donc Guadeloupéen colonisé, Corenthin rejoint les  rangs de l'UPLG mais ne sera jamais un dogmatique. C’est ce même Corenthin qui ira à la demande de l’UPLG à New York, porteur d’une requête à l’attention de l’ONU pour informer les instances internationales de la situation de la Guadeloupe, colonie française depuis 1635. Quand en 1992 l’UPLG décide de participer aux élections régionales, Henry Corenthin  figure sur la liste «  Alternative Gran Koudmen » conduite par Roland Thezauros. En 1994, Jean Barfleur démissionne de son poste de conseiller régional et c’est Henry Corenthin qui lui succède.

Jusqu'à ce que la  maladie le prive d’une grande partie de ses moyens, Henry Corenthin est resté très lucide sur la situation politique de son pays.

Quand en Décembre 2003, à l’instigation de Victorin Lurel, la Guadeloupe se prononça pour le "Non", Corenthin dira que les « élus ayant argumenté  pour le Non sont les artisans de l’attachement indéfectible à l’assimilation. ».

 

Henry Corenthin meurt sans avoir connu la libération de son pays et au moment où sa seconde patrie le Mali est militairement occupée par l’armée française.

Source :  « Henry Corenthin. Itinéraire » de Eugéne Plumasseau (  ACP 2004)

 

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