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Indiaspora. La Martinique et l’Inde, le poids du passé, les promesses d’avenir ?

06 Mai 2016
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Fort-de-France. Vendredi 6 mai 2016. CCN. Tandis que l’île de la Réunion dispose d’un consulat de l’Inde et que la Guadeloupe accueille de manière régulière des représentants de l’Etat indien, la Martinique n’avait pas accueilli de représentants de l’état indien sur son territoire depuis 2004. Qui plus est, l’ambassadeur qui avait  foulé le sol de l’île, il y a douze ans, avait été laissé pour compte et n’avait pas été entouré d’une réception à la hauteur de son rang. Les liens avec l’Inde étaient alors forts ténus et ce pays représentait une référence culturelle qui relevait bien plus de l’imaginaire que de l’économique.

 

dianaramassamyJ’ai souvent défendu l’idée qu’il est utile, pour poser les bases saines d’un dialogue entre la Martinique et l’Inde, de revisiter nos passés respectifs et d’examiner avec recul “les décennies perdues”, cet exercice permettant notamment d’éclairer quelques points de mire pour l’avenir.

En 2013, quand la Fédération Terre d’Union que je préside a souhaité organiser la visite en Martinique d’Arun K. Singh, l’ambassadeur de l’Inde en France et de son ministre consulaire Jaiswal, pour lancer les bases d’un projet de coopération économique et culturel, ce projet n’a pu être mené à son terme en raison de manœuvres de couloirs et de tractations diverses, certainement alimentées par la peur du changement.

Encore en 2016, l’organisation de la visite, en Martinique du Dr Mohan Kumar, actuel ambassadeur de l’Inde en France n’a pas été simple. La fédération a œuvré avec une association de Guadeloupe, le GOPIO International Guadeloupe Chapter-IGC, afin de lancer une dynamique avec les socio-professionnels et les associations autour du  programme économique Make in India. Mais c’était sans compter sur certaines manœuvres. Au final, la fédération a dû céder la place au politique et ne passer que huit heures en compagnie de son excellence l’ambassadeur et de son Ministre, ce qui constitue un temps infime pour tracer des perspectives d’avenir et engager l’amorce d’un dialogue. Surtout qu’en tant qu’acteurs, nous avons bien compris que la récente réhabilitation de la “diaspora” par New Delhi résulte autant d’une solidarité ethnique par rapport aux émigrés indiens que d’enjeux économiques, stratégiques et culturels dans le cadre de la politique d’affirmation de l’Inde, aux échelles régionale et mondiale.

Nous  avons aussi saisi de manière perceptible que depuis l’élection du premier ministre indien, l’Inde souhaite resserrer les liens avec les Antilles. L’appel de Narendra Modi “Nous allons vous aider”, “Nous voulons que le monde nous respecte, et ce jour n’est pas loin”, lancé en hindi à l’endroit de la Guadeloupe, de la Martinique et de la Réunion depuis le Carrousel du Louvre a eu retentissement important auprès des associations culturelles indiennes. Après des relations tourmentées, aujourd’hui plus qu’hier, l’Inde reconnaît les Personnes d’origines indiennes (PIO) comme des ambassadeurs non officiels de la culture indienne. C’est une forme de Soft Power qui se traduit depuis les années quatre-vingt-dix par des actions spécifiques destinées aux PIO du monde entier.

Le développement économique de l’Inde est, aujourd’hui, un objet de fierté pour de nombreux martiniquais, alors que nombre d’entre eux redécouvrent la culture indienne à la faveur de déplacements de plus en plus fréquents soit en Inde, soit à l’île de la  Réunion, soit à l’île Maurice.  Sur place, les associations culturelles indiennes relativement actives  organisent de  manière régulière des festivités et autres foires culinaires qui font vivre certains aspects de la culture indienne.

Le 6 mai 2012, je dénonçais dans une tribune du journal Antilla, intitulée “De l’occultation à la lumière”, l’absence d’intérêt pour l’arrivée des premiers travailleurs indiens. À partir de ce constat, je participais en février 2013, à la création d’une fédération des associations culturelles indienne en vue de mettre en place une autre dynamique basée sur davantage de solidarité. Trois ans plus tard, l’année 2016 semble marquer une rupture avec des décennies de désintérêt pour l’arrivée des premiers indiens et donne à observer une soudaine frénésie autour de la date du 6 mai.

Et, nous pouvons légitimement nous interroger sur l’apparition de ces nouvelles plaques ou autres monuments posés en hommage aux indiens qui ne manquent pas de susciter des interrogations au sein de la population. En amplifiant le mouvement de développement de lieux de mémoire, à l’approche des élections, dans l’empressement et sans concertation, est-ce une façon de permettre aux descendants des engagés indiens d’affronter plus sereinement leur passé ? Est-ce une reconnaissance du système de l’engagisme comme un système colonial qui a permis une continuité des affres de l’esclavage ? Cet engagisme qui a longtemps constitué une source d’humiliation et de stigmatisation pour des milliers d’indiens. Ou bien est-ce que cette frénésie d’hommages répond à des problématiques politiques, à un contexte et à des objectifs de circonstance ?

Allons-nous enfin nous interroger sur le rôle des politiques et des états européens dans l’histoire et la construction du système de l’engagisme et rappeler à l’Etat français, l’amendement porté par la députée Ericka Bareights sur  la nécessité de jours fériés spécifiques à l’Outre-mer afin de respecter la diversité culturelle et historique de nos territoires ?

Les souvenirs et les héritages pèsent lourdement et le 6 mai, date de l’arrivée des premiers travailleurs indiens permet à la fois de s’interroger sur le passé, le présent et l’avenir et sur le dialogue que nous souhaitons instaurer avec l’Inde. Aujourd’hui encore, il est très difficile, aux Antilles françaises de retracer et de prouver la généalogie des premiers engagés indiens. Ne pouvant justifier leur ascendance indienne, les personnes d’ascendance indienne en éprouvent des difficultés à obtenir leur statut de personnes d’origine indienne (PIO) et à bénéficier des facilités mises à disposition par l’Inde.

Certes, la Martinique et l’Inde cultivent les liens historiques et sentimentaux. Si l’Inde n’est pas un acteur nouveau pour la Martinique, le dialogue avec l’Inde reste encore à définir.  Qui sont les véritables acteurs de ce dialogue ? La grande ironie, c’est qu’aujourd’hui nous vivons parfois dans  des situations incongrues où dans le contexte des Antilles françaises, l’on voit apparaître des personnes d’origine indienne issues des pays indépendants de l’océan indien ou des indiens non résidents qui voudraient servir d’interface entre l’Inde et la Martinique, comme si les personnes d’origine indienne des Antilles étaient encore des sujets d’une colonie incapables d’exprimer et d’assumer leurs voix et leurs positions. Quel rapport gagnant-gagnant sommes nous en mesure d’établir entre l’Inde et la Martinique ? Comment définir un plan stratégique et un partenariat pour l’avenir tant au plan économique, touristique ou encore culturel  ?  Autant de questions et de défis qui nous permettraient de dépasser l’instrumentalisation politique, le stade du folklore et les attitudes et manœuvres passéistes.

*Diana Ramassamy   Docteur ès Lettres – Université de Poitiers

Présidente de la Fédération Terre d’Union

 

Nilam Shanga , Fédération Terre d’Union (FTU)

L’association Fédération Terre d’Union (Nilam Sangha) est créée en 2013 au Carbet de la commune volonté des acteurs et des actrices de regrouper les associations qui œuvrent pour le maintien et la valorisation de l’héritage culturel indien en Martinique afin de susciter une dynamique d’entraide et de solidarité entre les associations qui sont membres de la Fédération.

Depuis sa création Nilam Sangha (FTU)   s’est montrée  très active :

- Commémorations de la Journée de la Non-violence,  à Fort-de-France, 2 octobre 2013, 2014, 2015

- Commémorations de l’Indépendance de l’Inde, Fort-de-France, 15 août 2013, 2014, 2015

- Conférence sur la non-violence avec Matthieu Gama, huissier de justice en faveur des élèves Foyer de l’Espérance de Fort-de-France.( 2 octobre 2015).

- Célébration de la 1ère édition de la Journée Internationale du Yoga au Carbet. (21 juin 2015)

- Festival de la Lumière – Diwali à Ducos (23 octobre 2014)

- Organisation de la visite en Martinique de son excellence l’ambassadeur de l’Inde en France, Dr Mohan Kumar ( 1er mars 2016)

- Conférence sur l’Aurvéda et ateliers de cours de cuisine ayurvédique au Centre Culturel Toussaint Louverture, Fort-de-France (31 octobre – 02 novembre 2014)

- Hommage à l’arrivée du premier convoi de travailleurs indiens, à Saint-Pierre en partenariat avec le GOPIO Guadeloupe IGC  (6 mai 2015)

- Causeries et groupes de réflexions  sur la coopération économique avec l’Inde et sa diaspora avec pour invités :

  • le Président Keith Compton, de l’Indian Heritage  Association de Sainte-Lucie, (Castries, le 22 août 2013)
  • le Président du comité guadeloupéen Bharatagua Elie Shitalou et Claude Sheikboudhou, Vice-Président du GOPIO International Guadeloupe Chapter, (Centre Culturel de Tivoli, Fort-de-France, le 05 mai 2015)
  • la Présidente de la Fédération des Tamouls de la Réunion, Logambal Sooprayen Cavery, (CCIM de  Saint-Pierre, le 7 octobre 2015) 
  • Les Asssociations  membres de la FTU
    • A AMSADHI  que préside  Seraphin Letquimodin)
    • APSARA  Présidée par Michèle  Mondésir
    • GYANA DEEPAM de Philippe Dulac 
    • GOPIO International Martinique French West-Indies Chapter (en cours d’intégration)
    • Kannnavedi   présidée  par   Gérard Nallmoutou
    • MARIAMMAN  présidée   par  . Jean-Claude Rangon
    • SHAKTI Présidée  par  Franck Detho
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