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Monde. Conflits, menaces, terrorismes : sommes nous concernés ?

28 Juil 2016
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Fort de France. Mercredi 28 juillet 20161. CCN/RFA. Les récents attentats en France, en Allemagne, la situation au Moyen Orient, le coup d’état en Turquie, démontrent une fois de plus que le monde se porte très mal. Jusqu’ici la Guadeloupe, la Martinique, a Guyane ont été « épargnés »par ces violences. Mais notre statut de « dépendance » par rapport à La France et à L’Europe, obligent à une véritable réflexion sur l’état du Monde, c’est ce que propose ci dessous Robert Sae. En effet, s’il fallait choisir deux mots qui reflètent le ressenti de l’immense majorité des gens concernant l’état du monde, cela pourrait être incertitudes et inquiétudes.Comment pourrait-il en être autrement ? Notre quotidien est noyé de reportages sur les catastrophes naturelles, les guerres, les barbaries terroristes et tous les drames sociaux qui se soldent par des millions de victimes. L’horizon économique est nébuleux au plan général et, au plan personnel,  nul ne sait à quel lendemain s’attendre, tout cela dans un contexte où pratiquement toutes les institutions sont décrédibilisées. La surreprésentation de toutes les horreurs dans les médias et le peu de visibilité donnée aux alternatives existantes, aux raisons d’espérer et aux perspectives de résiliences contribuent à alimenter angoisse et déviances.


1 / AU CŒUR D’UNE MUTATION IRREVERSIBLE

En appelant au « questionnement sur l’état du monde », nous souhaitons contribuer au dépassement des réactions émotionnelles et des analyses superficielles afin que nous soyons en mesure de penser collectivement les démarches qui permettront de surmonter les défis auxquels nous sommes confrontés.

Pour commencer, nous émettons l’idée suivante : les dérèglements sur les plans économique, social et politique, l’intensification des conflits au sein des sociétés où entre pays ne signifient pas que nous soyons arrivés à « la fin des temps». Ce sont les manifestations d’une profonde mutation que connait le monde et les violentes contradictions qui agitent celui-ci sont autant de contractions  annonçant l’accouchement d’une civilisation nouvelle.

Dans notre exposé, nous nous arrêterons d’abord sur les manifestations de cette mutation. Nous parlerons ensuite des réelles menaces qui pèsent sur la planète et sur l’humanité. Pour conclure, nous poserons la problématique des alternatives.

Abordons donc la question de la mutation du monde. Profonde et irréversible, cette mutation annonce, nous le disions d’entrée, l’émergence d’une civilisation nouvelle. Quels éléments nous permettent d’affirmer cela?

* C’est d’abord l’éclosion d’un nouvel ordre économique planétaire. Deux facteurs peuvent être rappelés à cet égard :

1- Le premier de ces facteurs est le suivant : Jusqu’alors, la mondialisation s’était construite dans le cadre de la domination de la planète par un groupe de pays impérialistes occidentaux. Aujourd’hui le rapport des forces s’inverse au détriment de ceux-ci. Les courants commerciaux majeurs se déplacent. Dessinés sur la base des besoins économiques et stratégiques de l’Europe et des USA, ils sont désormais reconfigurés car, les pays émergents, et particulièrement la Chine, ont continué à progresser dans leur conquête des marchés internationaux et dans  leurs partenariats avec les pays fournisseurs de matières premières. De nombreux accords internationaux entre ces pays émergents  sanctionnent le basculement des forces  au plan mondial.

2- Le deuxième facteur est celui-ci: Le système monétaire, qui est au cœur du fonctionnement de l’économie mondiale, est en train de se déliter du fait de la coupure entre masse monétaire et économie réelle avec l’anarchie liée à la spéculation et au niveau élevé de corruption qui gangrène le système. On peut également signaler la remise en cause du rôle hégémonique joué jusqu’alors par le dollar et ajouter, d’autre part, que, s’il n’est pas déjà possible d’évaluer les conséquences qu’aura le développement des moyens de paiement numériques, il est évident que le rôle traditionnel joué par la monnaie ne pourra plus être le même.

*Cela nous amène à évoquer le deuxième élément qui nous autorise à parler de mutation.

 Il s’agit de la révolution technologique. Les modes de production et de distribution sont profondément transformés par l’intrusion de l’informatique et du numérique dans tous les domaines de la vie. Dans le même temps, les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC) bousculent les relations de pouvoir. S’il est vrai, qu’entre les mains des multinationales elles sont outils de domination, d’exploitation et de mise sous surveillance de la société, les NTIC deviennent de plus en plus un champ de bataille où se joue l’avenir du monde. En attestent les luttes idéologiques menées à travers les réseaux sociaux, les cyber-attaques de tous ordres, mais aussi leur utilisation pour la construction d’alternatives.

*Les phénomènes migratoires qui se développent au plan mondial sont le troisième élément, d’importance majeure, facteur de la mutation dont nous parlons.

A l’occasion de l’afflux massif de réfugiés en Europe, le débat s’est cristallisé sur l’aspect dramatique des situations et sur les conditions de leur accueil, mais les mouvements de population, à l’échelle de la planète, de plus en plus constants et massifs, sont annonciateurs d’un profond bouleversement. En effet, ils vont  impacter fortement le visage du monde avec des modifications du tissu social et de l’organisation économique, tant dans les pays de départ que dans les pays « d’accueil ». Rappelons que la « crise migratoire » en l’Europe n’a concerné que moins de 10 % des 250 millions de migrants qui, la même année, ont fui leur pays à cause des guerres, de la misère et des catastrophes climatiques. 

* Nous pouvons citer comme quatrième élément de la « grande mutation » l’émergence d’une nouvelle forme de citoyenneté.

C’est vrai que, pour beaucoup, les mouvements citoyens qui éclosent sur tous les continents semblent reproduire des formes prônées par les « promoteurs » occidentaux de la citoyenneté, mais ces dynamiques traduisent surtout le rejet des modes de représentation politique et administrative obsolètes qui prévalaient. Au-delà de la dénonciation des autorités en place et du « tous-pourris », s’exprime la volonté d’une participation directe aux prises de décisions donc au pouvoir. Dans le monde actuel, le savoir est davantage partagé; les communications horizontales se généralisent et les structures sociales se modifient. Tout cela nourrit l’aspiration à un véritable pouvoir sur sa vie à tous les niveaux, donc à une véritable souveraineté et appelle à une transformation des institutions.

* La cinquième manifestation de la mutation c’est ce que nous pourrions qualifier de « renouveau idéologique ».

Pendant des siècles, l’idéologie bourgeoise occidentale a cultivé le mépris des savoirs populaires et le racisme envers les peuples colonisés. En outre, les élites ont été formatées pour penser que d’elles seules pouvaient venir les solutions à tous les problèmes.

Aujourd’hui, face à tous les dérèglements qui affectent la planète, les plus grands experts sont contraints de reconnaître la validité des savoirs populaires  dans tous les domaines (agriculture, pêche, médecine, construction, préservation de l’environnement et du vivant, etc.)

Aujourd’hui, aussi, la primauté de la pensée collective commence à être reconnue. Cela peut être illustré par l’abandon des structures pyramidales dans le management, la recherche, etc. Il s’agit là d’un renouveau idéologique qui indique qu’une nouvelle organisation sociale est en train de se construire.

2/ LES MENACES QUI PLANENT SONT SERIEUSES

A ce stade, nous croyons avoir établi que la mutation du monde est incontestable, tant sur le plan objectif que sur le plan subjectif et, surtout, que celle-ci  est irréversible. Mais comme nous le suggérions en introduction, les contractions qui annoncent l’accouchement d’une nouvelle civilisation sont violentes.Tous les bouleversements dont nous avons parlés remettent en cause des situations de domination avec les privilèges qui y sont liés. Ceux qui en bénéficiaient sont engagés dans une bataille à corps perdu pour s’y accrocher. La confrontation entre les forces du passé et celles de l’avenir fait peser des menaces d’une extrême gravité sur le monde actuel.

*C’est en premier lieu, le risque d’un conflit militaire généralisé.

Les pays impérialistes dominants ont compris que leur hégémonie est définitivement menacée par l’essor des puissances rivales et, aujourd’hui, ils  jouent leur va-tout  en se préparant à un conflit majeur, en semant le chaos et en intensifiant la subversion dans les pays tiers.

Dans un récent rapport, le groupe de recherche « GLOBAL PEACE » indiquait que seuls 1O pays sur la planète vivaient en paix. A titre d’information, rappelons quand même que parmi ces pays, on cite le Qatar qui arme et finance des groupes terroristes, et le Japon qui  a encore augmenté son budget militaire  l’an dernier pour atteindre le record de 41,4 milliards de dollars. Autant dire que nous sommes assis sur une poudrière. Une chose reste sure, en tout cas, c’est que tous les conflits régionaux peuvent être resitués et compris dans le cadre des confrontations stratégiques entre les puissances actuellement dominantes et celles qui mettent en péril leur hégémonie. Les manœuvres subversives et la guerre économique, menées contre ceux des pays qui ébranlent la domination impérialiste, illustrent bien le fait que le monde est à l’aube d’une confrontation globale. Les attaques massives contre le Venezuela et le Brésil sont particulièrement significatives à cet égard.

Le risque d’une nouvelle guerre mondiale est loin d’être une vue de l’esprit. Pour s’en convaincre, Il suffit de constater la forte augmentation des dépenses militaires dans le monde et la multiplication des manœuvres militaires sur les terrains d’opération stratégiques.

*La deuxième menace qui plane sur le monde est liée à la montée en puissance du terrorisme et du fascisme.

En écartant le rideau des drames instrumentalisés et des  compassions sélectives, on réalisera que le terrorisme et le fascisme relèvent d’une même intention et participent d’une même offensive. Les dirigeants des organisations d’extrême droite et des organisations terroristes ont en commun d’exploiter l’ignorance et la détresse humaine, d’endoctriner ceux qui tombent dans leurs filets et d’avoir pour objectif de maintenir une domination sans partage des classes dominantes. Le soutien accordé par les Monarchies du Golfe aux groupes terroristes est très significatif à cet égard.

Le danger terroriste étant relativement bien connu, nous insisterons davantage sur le risque réel que le fascisme prenne les rênes du pouvoir en Europe avec toutes les conséquences que cela peut impliquer. Ce n’est pas, là non plus, une vue de l’esprit. Comme dans le reste du monde, l’extrême droite connait une forte poussée  en Europe. L’attitude ambigüe des gouvernements des pays dits démocratiques, qui surfent sur les idées d’extrême droite et qui privilégient leurs besoins de coopération militaire sur la défense des droits humains (comme c’est le cas avec la Pologne ou la Turquie), ouvre assurément la voie au développement du fascisme.

Force est de constater que, après avoir remis en cause les bases du droit international, pour justifier des interventions militaires dans des pays tiers, les gouvernements des pays occidentaux multiplient les législations visant à limiter les libertés individuelles et collectives. Le gouvernement Français, par exemple,  qui n’a pas hésité à  annoncer qu’il dérogera à la Convention Européenne des Droits de l’Homme, a pu interdire  des manifestations  contre la COP 21 et assigner des écologistes à résidence soi-disant au nom de la lutte anti-terroriste.  Est-il besoin de rappeler qu’à l’échelle planétaire, l’espionnage de masse des individus est devenu une sinistre réalité.

Désormais les attaques contre la démocratie et la souveraineté des peuples sont frontales.  Dans le cadre des traités européens les pouvoirs détenus par les Etats et les représentants élus des peuples avaient déjà été transférés entre les mains des banques ; aujourd’hui, les classes dirigeantes se permettent d’imposer sans aucun scrupule, des mesures politiques et économiques contraires au choix clairement exprimés par des électeurs dans un cadre constitutionnel et démocratique. L’exemple de la Grèce l’a parfaitement illustré.

*Nous voulons maintenant pointer du doigt  une gangrène  largement sous-estimée : il s’agit du pouvoir exercé par les maffias internationales sur la société. Leur puissance financière est bien supérieure à celle de la plupart des pays et   leur capacité à corrompre les « décideurs » est immense. D’ailleurs, leur pérennité émane des  connexions qui les rattachent aux détenteurs des pouvoirs politique et économique. Ce sont des millions et des millions de vies humaines qui sont détruites dans les réseaux de prostitution, le commerce de la drogue et des armes qu’ils dirigent. Leurs sbires sont coupables de crimes aussi atroce et plus nombreux  que ceux commis par les fanatiques de Daejh. Mais,  le « califat » de ces maffias, quoique planétaire, n’est pas vraiment dans la ligne de mire des dirigeants occidentaux.

*Au cours du débat, nous serons certainement amenés à parler des conséquences désastreuses des politiques néolibérales  mises en œuvre pour tenter de transfuser un système capitaliste en fin de course: il s’agit essentiellement de l’accroissement des inégalités, de la dégradation des conditions de vie et de la régression des valeurs humaines.

*Nous terminerons cette partie de l’exposé en évoquant celle des menaces qui est, de loin,  la plus grave : les conséquences attendues du changement climatique. La quasi-totalité de la communauté scientifique ne cesse d’interpeler l’opinion publique et les dirigeants quant à ses effets prévisibles: les catastrophes seront plus nombreuses et plus violentes. Les inondations et les sécheresses se succèderont et seront la cause de crises alimentaires majeures. Il faudrait qu’un coup de frein décisif soit donné  à la folie productiviste  pour inverser la tendance !

Au bout du compte, le tableau est vraiment sombre : Risque de guerres, terrorisme, fascisme, dérive maffieuse, perspectives de catastrophes naturelles. Toute la question, maintenant, est de savoir si le pire est inéluctable ?

3 / L’ALTERNATIVE EST-ELLE POSSIBLE ?

Au début de l’exposé, nous avons indiqué que nous vivions une période de mutation au cours de laquelle s’affrontent un monde finissant et un monde à venir. C’est une façon de répondre que le pire est loin d’être inéluctable mais qu’au contraire les conditions d’une avancée vers une civilisation nouvelle, plus équitable et plus humaine sont en train d’être réunies. Si nous nous nous sommes attardés sur les menaces pesant sur le monde, c’est parce qu’il est indispensable de les identifier lucidement pour les surmonter efficacement. Avec Karl MARX, nous sommes convaincus que, je le cite, « L'humanité ne se pose jamais que les problèmes qu'elle peut résoudre, car, à regarder de plus près, il se trouvera toujours que le problème lui-même ne se présente que lorsque les conditions matérielles pour le résoudre existent ou du moins sont en voie de devenir. » Fin de citation.

Il est manifeste que les voies de l’alternative se tracent dans tous les domaines.

*Sur le plan économique d’abord. Nous avons parlé plus haut du nouveau rapport de force qui s’instaure au plan international. Il faut insister ici sur les nouvelles formes de production, de répartition des richesses, de distribution des biens et d’accès aux services, mises en place sous l’impulsion de gouvernements anti-impérialistes portés au pouvoir par des mouvements populaires. On pense aux pays regroupés au sein de l’UNASUR. A un autre niveau, on peut noter que, partout où les peuples sont confrontées à la crise du système et aux conséquences dévastatrices des politiques néolibérales, ils pensent des stratégies alternatives - parfois de simple survie - qui ont pour caractéristique de généraliser des  circuits économiques qui s’émancipent du modèle dominant. Enfin, la montée en puissance de l’économie sociale et Solidaire est une autre manifestation importante de la construction de « l’autre monde possible ».

*Sur le plan politique : Nous avons déjà évoqué l’émergence des dynamiques citoyennes ; il convient d’insister aussi sur  la  montée en  puissance des luttes populaires de par le monde. Elles sont toujours plus nombreuses et affichent des objectifs politiques de plus en plus révolutionnaires, même si les médias sous ordre ne s’en font pas l’écho. Parler des succès de « Via Campesina » ou d’une marche d’enfants exploités en Inde n’entre pas dans leur feuille de route en matière d’information.

Ceci dit, l’histoire des sociétés n’est pas une musique qu’on joue en lisant une partition. Quand bien même les conditions objectives du changement sont réunies, les sursauts du monde ancien peuvent le retarder et le tempo des transformations peut être plus ou moins rapide selon l’état d’avancée des conditions subjectives. Nous parlons ici du niveau de systématisation et de prégnance des idées nouvelles dans la société. Nous parlons aussi du niveau d’engagement des acteurs du changement. Dans la formulation du thème de notre conférence-débat nous posions la question suivante : « Comment surmonter les défis ? » Nous tenterons d’y répondre ensemble à travers le débat. Mais, d’ores et déjà, nous pouvons faire état de quelques nécessités qui nous paraissent déterminantes :

-  celle de mener la bataille de l’information, de la formation et de l’éducation,

-  celle de démystifier toutes les conceptions relatives au « développement » qui sont le fruit de l’aliénation,

-  celle de s’engager dans l’action politique et citoyenne 

-  et enfin celle d’être personnellement acteur de la transformation dans tous les aspects de la vie quotidienne. 

  

Ainsi, contribuerons-nous à l’avènement du  nouveau  « monde possible » ainsi qu’à l’essor de la nouvelle civilisation qui rendra réalisable l’épanouissement individuel et l’émancipation collective. 

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Robert Sae

Professeur de français et d'hisoire géographie à la retraite, Co-fondateur de la radio et du journal "Asé pléré annou lité" (directeur de publication de 1981 à 2010), Membre fondateur du Conseil National des Comités Populaires (CNCP) porte-parole de 1983 à 2010, actuellement Responsable aux affaires extérieures, Journaliste sur Radio Fréquence Atlantique et coordonnateur de PIRFA (Pole Information de RFA).

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