×

Avertissement

JUser::_load : impossible de charger l'utilisateur ayant l'ID 940

Colonies. La loi sur l’égalité réelle est une véritable imposture

12 Sep 2016
2686 fois
De gauche à droite : Christophe Fronton (Karésol Otorité Politik), M. François Hollande (Président de la République), M. Victorin Lurel (Député) De gauche à droite : Christophe Fronton (Karésol Otorité Politik), M. François Hollande (Président de la République), M. Victorin Lurel (Député)

Paris. Lundi 12 septembre 2O16. CCN. C'était juste avant les dernières régionales, Victorin Lurel alors encore président de Région avait été désigné par François Hollande pour conduire une mission devant déboucher sur une « prétendue » loi  sur "l’égalité" dans les dernières colonies françaises. A quelques mois des présidentielles françaises - et ce n’est pas  un simple  hasard du calendrier-, voilà que ce gadget électoral trompeur en forme de "projet d de loi" , refait surface. De qui se moque t-on ? Christophe Fronton fait ici l’analyse de ce projet pour CCN.

 

Pendant quelques semaines, les radios publiques ont diffusé en boucle un appel  pour le moins insolite à l’adresse des « Citoyens français d’outre-mer ». Lesquels ont été appelés à apporter leur contribution jusqu’au 9 septembre 2016, au projet de loi « Egalité réelle Outre-mer ». Ce projet de loi qui révèle une discrimination originelle et principalement économique requiert manifestement la complicité et l’imagination de leurs victimes pour traiter les maux par quelques mots…

Déjà la promesse d’égalité formulée, très solennellement, 70 ans plus tôt, en 1946 lors de la loi de Départementalisation, n’était que des mots camouflant le refus de procéder à la décolonisation réelle de la Guadeloupe. En guise de carotte, nous avons des promesses d’égalité parce que l’Etat colonial français sait que, chez nous, l’espoir nous fait survivre… Mais en guise de bâton, nous avons encore de vrais morts et de vrais blessés de la précarité instaurée.

En 2016, avec la complicité de ministres « maison », l’Etat se sent obligé de nous refaire le même coup avec ce concept d’égalité de traitement, mais attention, celle-ci sera réellement réelle, dit-on.

Hier, ce n’était que du fictif, c’était juste un tour de démagogie pour tenter de nous faire oublier l’urgence d’une décolonisation en calmant les esprits et en rassurant les ventres. Aujourd’hui, on nous respecte réellement, n’est-ce pas, et comme la départementalisation, selon eux ça se fête, alors cette fois-ci le cadeau sera aussi réel que leur rôle de papa noël…  Du coup, oui, il y a encore des citoyens français de Guadeloupe qui écrivent leurs lettres et bientôt il neigera réellement en Guadeloupe, qui sait ?…

Ce Gouvernement a juste quelques arrières pensées électoralistes et utilise notre crédulité en une République assimilationniste pour vampiriser nos voix.  En tout cas, complètement décomplexée, lors d’une interview donnée au Monde le 4 aout dernier, la désormais ex-ministre des dernières colonies francaises ne s’en cachait même pas. « On peut espérer que les ultramarins ne laisseront pas défaire par de prochaines majorités ce que celle-ci aura porté », se plaisait à croire George Pau-Langevin (dixit le Monde du 4/08/2016)

La messe serait-elle déjà dite ? Non pas tout à fait, car c’est dans le corps du texte du projet de loi « Egalité réelle » que les plus beaux pieds de nez sont à savourer… Et sans modération, jusqu’à l’écœurement même !…

 

  • Un constat d’inégalités éloquent après 70 ans de départementalisation                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                               Tout est parti d’un rapport (le rapport du député Victorin Lurel  remis en mars 2016) qui nous brosse un tableau des inégalités dont souffrent dernières colonies  appeléés « Outre-Mer ». 370 pages d’un rapport fourni, rempli de chiffres et de statistiques qui font froid dans le dos. Le constat est affligeant, mais symptomatique d’un colonialisme toujours et encore en action !

Observons donc les preuves d’une inégalité bien réelle et qui trouve son sens dans la vision ethnocentrée, voire raciste, de élite française.

Les dépenses d’investissements de l’Etat français sont 29% moins élevées pour un « colonisé » que pour un Français en 2016 (54% moins élevées en 2012 !).

La pauvreté est bien plus élevée sous nos latitudes qu’en France. Ainsi la moitié de la population française perçoit en moyenne un revenu mensuel de plus ou moins 1.200 euros, alors que la moitié des Guadeloupéens (fonctionnaires avec prime des 40% compris) perçoit en moyenne plus ou moins … 760 euros par mois. Alors même que les prix sont en moyenne 17% plus élevés. Pire : quand 13,2% des Français vivent au dessous du seuil de pauvreté en France, chez nous c’est 46% des Guadeloupéens qui se retrouvent en dessous du seuil de pauvreté français…  Oui, tout ça après 70 ans de départementalisation et de promesses d’égalité.

Le chômage est 2,5 fois plus élevé en Guadeloupe qu’en France, le taux d’illettrisme 2 fois plus élevé, le nombre de jeunes de 16 à 25 ans n’étant ni en études, ni en formation, ni au travail est 2 fois plus élevé. Le taux de mortalité des enfants est aussi 2,5 fois plus élevé.

Aucun domaine n’est épargné emploi, santé, éducation : la présence française en Guadeloupe s’avère être une véritable calamité avec ses conséquences dramatiques sur notre vivre-ensemble, toutes ces inégalités induisant forcément une violence plus accrue.

Mais au delà des chiffres : un vrai symbole est révélé au grand jour… Malgré la départementalisation et sa soi-disant « identité législative », certaines prestations sociales de la CAF demeurent encore inférieures à celle attribuées aux Français  tant par leur montant que par leur accessibilité.

Ainsi les conditions d’accès au « complément familial » de la CAF est plus restrictif pour un colonisé » que pour un Français et son montant est en Guadeloupe 43% moins élevé que le montant alloué à une famille française…en 2016 !

Toujours en 2016, les conditions d’attribution de « l’allocation logement » sont plus restreintes en « Outre-mer » qu’en France. « L’allocation vieillesse des parents aux foyers » est inférieure de 25% et le versement des « allocations familiales des travailleurs indépendants »  est soumis à la condition d’être à jour de ses cotisations en « Outre-mer » alors que cette condition n’est pas exigée aux Français…

 

  • Des mesures qui ne répondent absolument pas à la volonté affirmée d’égalité réelle

Alors avec un tel constat, on aurait pu croire que l’une des premières mesures portée fièrement par le Projet de loi sur « l’Egalité réelle » seraient précisément d’égaliser au moins les prestations sociales allouées aux « ultramarins » sur celles perçues par les Français… Egalité réelle mais un genre pour de vrai quoi !

Et bien, même pas ! Le projet de loi n’aborde même pas la question du rattrapage des prestations sociales de la CAF encore inférieures à celles attribuées aux Français. Cette question n’est même pas envisagée…

Il y a bien une vague promesse d’aligner les prestations sociales de Mayotte à l’horizon 2021 sur… les prestations sociales « Outre-mer », c’est-à-dire sur celles qui sont encore inférieures à celles des Français… Eh oui, c’est ça leur « égalité réelle » à la française : une imposture parmi tant d’autres.

Et quoi d’autre ? Des plans de convergence, des mesurettes pour la continuité territoriale des étudiants, encore plus d’adaptation des lois françaises pour permettre toujours et encore un système à plusieurs vitesses… Et bien sûr, l’Etat se donne un horizon de 10 à 20 ans pour maintenir ses promesses (sans les réaliser ?), période durant laquelle  on tentera de nous faire  croire en une citoyenneté française.

Enfin comme d’habitude : beaucoup d’enfumage, pour exprimer à mots à peine voilés tout le mépris qu’ils ont pour nous…

Alors égalité réelle ou réelle imposture ?

Auteur :

Christophe Fronton
 

Évaluer cet élément
(1 Vote)

Connectez-vous pour commenter

Toute l'actu de la Guadeloupe et des Caraïbes.

Articles Populaires

Last News