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Médias. L'affaire Gilbert Pincemail : journalisme, politique et lynchage médiatico-médiatique​

26 Sep 2016
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M. Pincemail, journaliste de Guadeloupe 1ère M. Pincemail, journaliste de Guadeloupe 1ère

Pointe-à-Pitre. Lundi 26 septembre 2016. CCN. C’est un incroyable « scoop », le résultat d’une « longue » inédite et donc sans précédent « enquête d’investigation ». Eric Schlimpfing, journaliste français-résident débarqué en Guadeloupe en tant que volontaire à l'aide technique (VAT), devenu ensuite salarié de Guadeloupe 1ère, la télévision du service public c'est à dire financée par les impôts des Guadeloupéens, annonçait jeudi 15 septembre en direct du palais de justice de Pointe-à-Pitre que son collègue et ennemi juré Gilbert Pincemail était mis en cause dans une affaire « d’abus de biens sociaux ». Une affaire qui sera jugée devant le tribunal correctionnel… qu’au mois de mars 2017. Il y avait donc urgence de déployer un coûteux direct.

Sur le fond de cette affaire judiciaire, Gilbert Pincemail et sa compagne, auront tout le loisir avec leur avocat d’organiser leur défense et nul doute que toute la lumière sera faite. Mais pour l’heure, ce qui retient surtout l’attention c’est son traitement « journalistique » pour le moins singulier et inhabituel par les propres confrères du service public de Gilbert Pincemail. Questions : qui a voulu crucifier ce journaliste dont la proximité avec le nouveau président de Région n’a jamais été un secret ?  Pourquoi ce coup tordu ? Pire. Comment la direction de Guadeloupe 1ère, en charge de l’éditorial depuis l’intégration à France-Télévision, et la rédaction en chef ont-elles pu avaliser ce qui s’apparente à un véritable lynchage mèdiatico-médiatique ? Derrière cette « affaire Pincemail », y a-t-il une autre affaire dans l’affaire, plus politique celle-là ? Qui a politiquement commandé ce règlement de comptes ? Éléments de réponses.

Flash Back. Gilbert Pincemail (GP), journaliste du service public depuis 1997, a d’abord été l’attaché parlementaire de l’un des derniers poids lourds du PS en Guadeloupe : feu Frédéric Jalton. Au cours de ces 10 années dans les couloirs de l’Assemblée Nationale Française (ANF), le jeune Pincemail d’alors a eu tout le loisir de tisser des liens souvent très étroits avec les membres du PS français. À l’époque, quand au hasard de nos passages à Paris nous nous rendions au Palais Bourbon, il n’était pas rare de le rencontrer en compagnie de ses « amis » qui se nommaient : Jean-Christophe Mitterrand, Jeanny Lorgeoux, Tony Jabbour, Pierre Moscovici, Michel Pezet ou Jean-Christophe Cambadelis qui eux aussi faisaient leurs premières armes au sein d’un PS français encore très marqué par le mitterrandisme.

Quand en 1995 Frédéric Jalton décède, Pincemail est toujours attaché parlementaire mais cette fois aux côtés de Patrice Tirolien qui avait assuré la succession de Jalton. Pincemail qui avait été brièvement journaliste à VDC, RCI et « 7 Mag » reprend en 1997 le collier pour intègrer le service public. Son réseau de contacts au sein de la gauche, sa bonne connaissance des arcanes du pouvoir en France et en Guadeloupe, font rapidement de lui un commentateur très avisé de la vie politique. Pendant longtemps, il est avec ses autres confrères du service public, Eric Rayapin et Jean-Luc Icare, LE spécialiste du décryptage de la vie politique  guadeloupéenne. Ses analyses sont souvent éclairées parce que Pincemail est très bien renseigné. Souvent avant tout le monde. Il faut aussi souligner que Gilbert Pincemail a ses entrées un peu partout dans le gratin politique de son pays et tout particulièrement dans ce qu’on appelait  alors le « socle de la gauche ». C’est ainsi qu’il sera jusqu’en 2009 très proche de Victorin Lurel mais aussi ami de Jacques Gillot qu’il appelle affectueusement Jacquot, d’ Eric Jalton et d’ Ary Chalus pour ne citer que les hommes politiques les plus en vue.

Gilbert Pincemail qui est vite reconnu comme un « initié » de la chose politique de son pays, prête aussi sa plume, rédige des discours et en privé conseille parfois des élus. C’est ainsi qu’il créé avec Maguy Céligny, sa compagne, une société spécialisée dans la communication politique et l’évènementiel. On appelle ça dans le métier « faire des ménages ». Jacques Canneval, Eric Lefèvre, Thierry Fundéré, Warren Chingan, Jérôme Boécasse et d’autres … ont prospéré et prospèrent dans cette activité sans toutefois franchir la ligne jaune entre le journaliste-conseil et l’homme-politique. GP a sans doute été parfois imprudent.

Cette activité souvent « borderline » entre business, communication politique et journalisme ne plait pas à tout le monde et  lui vaudra quelques « remarques » de la part de sa propre hiérarchie. Liliane Francil qui fut directrice de Guadeloupe 1ère entre 2010 et 2014 sera la première à pointer du doigt les activités para-journalistiques de GP. Pour autant, il continuera à être commentateur-politique et ira jusqu'à irriter par ses éditos et ses indiscrétions, l’ancien président de Région qui considère désormais GP comme très « gênant » jusqu'à réclamer urbi et orbi la tête d’un journaliste devenu à ses yeux indésirable.

En 2014, quand éclate l’affaire de la mairie de Pointe-à-Pitre Gilbert Pincemail et Maguy Céligny sont entendus par la justice puis mis hors de cause. Mais c’est aussi le début de la curée pour le journaliste politique qu’il est. Sur ordre de Paris, GP est définitivement mis à l’index dans sa propre rédaction. Il lui est interdit de parler politique au lendemain d’un édito présenté dans l’émission « 7 Actu » de son ami et confrère Jacky Massicot lui aussi très stigmatisé. Une décision éditoriale prise à la demande de l’ancien président de Région qui n’avait pas hésité à l’époque à appeler en pleine nuit le directeur général des « Première » Michel Kops. Dès lors GP le journaliste politique est sur ordre strictement cantonné dans les affaires judiciaires et les faits divers, un domaine où il va très vite exceller et faire la preuve de son talent de vrai journaliste d’investigation.

Nous sommes alors  en pleine campagne des régionales 2015. Au sein de la rédaction de Guadeloupe 1ère des clans se forment : les  pro-Lurel et les pro-Chalus. Ce qui peut se comprendre puisqu' aucun journaliste politique n’est totalement neutre. Gilbert Pincemail lui, est un ami fidèle et personnel d' Ary Chalus et ce, depuis la mort de Paul Mado en avril 2001. Il a choisi ouvertement son camp et ne s’en cache pas. Quand Chalus devient président de Région, la rumeur enfle. GP sera nommé au cabinet comme conseiller politique de son ami devenu président. Pourtant plus de 8 mois après, le journaliste déjoue les pronostics et officie toujours au sein du service public. Et cela dérange.

Eric Schimpling, journaliste français expatrié, marginal, sans envergure et mal-aimé de sa rédaction pour l'avoir mise en difficulté du fait de ses démêlés judiciaires avec Eric Jalton, le député-maire des Abymes, est aussi depuis des années en délicatesse avec Gilbert Pincemail. Ces deux confères ne se parlent plus depuis 5 ans voire plus. C’est donc lui qui a été « missionné » pour accomplir cette sale besogne : procéder à l’exécution en direct de son confrère.

La mission de Schimpling : faire payer à tout prix son engagement à Pincemail. Ce même Pincemail qui avait annoncé près de 2 ans avant l’élection à la faveur d’une analyse très fine, la victoire d’Ary Chalus. GP serait donc, depuis le changement de gouvernance à la Région, devenu persona non grata à l’intérieur de sa propre rédaction.

On peut raisonnablement penser que si le journaliste français-résident bien que mal aimé de sa rédaction ait accepté d’être instrumentalisé en barbouze de service, il ne peut avoir agi uniquement de son propre chef . Il a certainement bénéficié de l’aval de sa direction et de toute la chaine de commandement de la rédaction qui durant toute la dernière campagne des Régionales et aujourd’hui encore, a mouillé leur maillot pour l’ex-président de Région. Sinon comment expliquer une telle absence de confraternité au sein de la rédaction Guadeloupe 1ère ? Qui a pris la lourde responsabilité de laisser diffuser une telle exécution en direct, à une heure de grande écoute, par un journaliste qui ne cachait d’ailleurs pas sa satisfaction personnelle ? Pourquoi ce « journaliste » piétinant sans ménagement les règles basiques de la déontologie et du traitement des affaires judiciaires n’a à aucun moment fait état d’un principe fondamental en droit : la présomption d’innocence ?

Désormais tout porte à le croire que la guerre des clans à l'intérieur de la rédaction de Guadeloupe 1ère se prolonge. À quelques mois des présidentielles et des législatives françaises, la rédaction du service public  en empruntant cette voie risque de connaitre bien d’autres crises. L’affaire Schilmpling-Pincemail qui débute ne serait donc que l’arbre qui cache une forêt de graves problèmes à venir. Ce dossier ne manquera pas d’alourdir le climat déjà passablement compliqué au sein de la rédaction de Guadeloupe 1ère.

Eric Schlimping, après avoir ainsi  « mitraillé » en direct son  confrère, peut-il continuer « tranquillement » à exercer la profession de journaliste à Guadeloupe  1ère ? Cette question ne devrait pas demeurer sans réponse. Du point de vue déontologique, ce faux scoop est d’une extrême gravité.

C’est à suivre…

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