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Guadeloupe. Contribution au débat : pour un véritable projet du Péyi Gwadloup

27 Sep 2016
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M. Max Etna, géographe et écrivain M. Max Etna, géographe et écrivain

Lisbonne. Mardi 27 septembre 2016. CCN. À quelques longueurs de prochaines échéances électorales françaises, comme à l’accoutumée, ça bouge un peu partout dans le microcosme politique franco-guadeloupéen. En vue des primaires, la vieille droite coloniale a déja fait le voyage. Juppé et Fillon sont passés. Sarkozy le néo-gaulois est très attendu. À gauche, ce sont des ministres-pére noël qui débarquent. On a vu Patrick Kanner. Bernard Cazeneuve est prévu pour les jours qui viennent. Max Etna, lui, a fait le chemin inverse de l’étranger où il se trouvait, loin des clameurs de la classe politique, il continue à penser Gwadloup. Le texte que CCN diffuse est le fruit des réflexions personnnelles d'un dircab de Victorin Lurel. Pour lui avant les joutes électorales, il  est plus qu’urgent de faire advancer le dossier du  statut de  la Guadeloupe. Il propose un  projet. C’est à lire...

 

I smile because I have no idea

« Pouce, c’est l’été », parole obsolète en ce mois de rentrée et de retour à l’ordinaire des jours ! L’été pas si fugace que cela en réalité tant s’imprègne encore le souvenir d’une saison seyante, dépositaire de découvertes et d’évanescences subtiles. Pourquoi s’en cacher ? Il en fut ainsi sur ma route des vacances 2016. Mais seulement après un orage hospitalier à Suresnes où s’y est dessiné une frontière inerte, un horizon fluide et impénétrable, celui de la gravité sépulcrale…

L’horizon sépulcral

Episode nuageux  mais certes vite évaporé dans les tourbillons touristiques m’ayant emporté vers Lisbonne-Cascais-Sesimbra d’abord. Mention spéciale pour l’estuaire souverain du Tage, le quartier typique de l’Alfama et l’architecture du couvent des Carmes brisée par le séisme du 11 novembre 1755 dont les ondes portées résonnèrent alors en tsunami jusqu’à nos côtes antillaises. Pensée presque addictive pour Fernando Pessoa, cette vedette littéraire du saudade croisée maintes fois sur les rayons de librairies. Puis migration post lusitanienne vers quelques « détours » de France mitonnés d’émerveillement géographique, historique et culturel négociés dans la région « Occitanie ». Elle a commencé par Collioure figée dans ses retombées collinaires, honorée d’un imposant château royal mais immortalisée de la dépouille et la pensée progressiste d’Antonio Machado et des virtuoses de l’art pictural fauviste. Avant la pause Toulouse dont les yeux se braquent sur Jaurès qu’on ne présente pas et Nougaro pourtant si morgan de New-York ! La « Rouge fleur d'été » m’a réservé, au débotté d’un magasin de produits de beauté, la surprise d’une certaine Monia, suave prénom marocain si contiguë de celui de ma sœur, Mona. Enfin option terminale dans le secteur esthétique du front crayeux du cap Gris Nez, précisément dans la petite ville balnéaire de Wimereux où digues et marées s’enlacent quotidiennement, apparemment sans pourquoi aurait dit l'apprenti philosophe se substituant au géographe. Etat d’esprit aimanté par le sentiment de l’absurde et de  l'aquoibonisme  comme me le signifiait alors cette affirmation d’un tee shirt déambulant là à la face des estivants : «I smile because I have no idea ».

Pousser la pensée jusqu’au bout

Outre un beau sujet de philo du bac faisant la part belle à Platon et à l’école des cyniques entre autres, j’y vis instantanément un pavé dans la mare évènementielle de l’été. Au même titre que l’utile morosité du « nous habitons l’absence » de Michel Houellebecq en clôture de son exposition parisienne au Palais de Tokyo. Avec des ténors  en apnée se livrant à un pugilat politique sur fond de Brexit, d’attentat et de burkini. Objectifs de cette empoignade médiatique : faire émerger par la réflexion, le verbe et les mots, en territoire laïc, idées et réponses aux questions de l’islamisme radical, de la sécurité, de la déraison du monde moderne et de la déconstruction européenne. Trouver par la percussion conceptuelle et l’imagination créatrice des remèdes topiques et des traitements généraux idoines. Chez nous, aux Antilles, les sujets bien connus qui fâchent ne manquent pas. Ils ne se sont pas miraculeusement volatilisés au gré de la météo cyclonique du dernier trimestre.

A l’aune de la rentrée et d’une nouvelle année électorale, comment ne pas convier nos têtes gouvernantes à s’affranchir davantage de la posture du surplomb et de la théâtralité du clown triste dans laquelle souvent le pouvoir les place. Comment ne pas les inviter à  pousser la pensée publique jusqu’au bout ? A tendre le fil du bon sens et du pragmatisme pour réenchanter la Démocratie et les idées égalitaristes. De l’audace, juste de l’audace inventive, tel devrait être le mantra de nos « «bonnes âmes » entrepreneuriales et expertes en res publica...

 

Collectivité autonome de Guadeloupe

Ayons à l’esprit du neuf  ou faisons preuve d’obstination quand il le faut pour aller de l’avant. Travaillons - par exemples -  à l’organisation de « fêtes de la terre, de la mer, du ciel » ; à la passation d’accords de coopération gagnant-gagnant avec les pays de la Caraïbe en remettant au goût du jour la méthode du troc ; la mise en place d’une réserve dite « intégrale » à haute valeur ajoutée internationale en cœur de Parc national ; à l’importation au Memorial Act(e) d’expositions à forte valeur spirituelle du style de celles (art de guérir en Afrique...) du musée virtuel des arts et civilisations africaines de Nantes ou de partenariat avec le musée de Rodez de Pierre Soulages (Outrenoir(s)). Réfléchissons davantage à des mesures d’incitation nouvelles à l’adresse de nos chercheurs désireux de déposer des brevets, des expérimentations et de créer des start-up, notamment dans les secteurs de la prévention des risques naturels, de la transition énergétique et de l’économie verte et paysagère ; aux financements participatifs de projets créateurs d’emplois ou visant à l’appropriation d’unités industrielles emblématiques locales  ; aux moyens de parvenir à une diversification modale des transports ;  à l’élaboration d’une plateforme-cadre en matière de culture et de vivre-ensemble (synthèse kaléidoscopique des sensibilités ethniques et démographiques de l’archipel) ; à une révolution agro-alimentaire territoriale, au made in Guadeloupe et à l’exportation de notre gisement loisirs (tenez, quelle plus-value a-t-on tiré ici de la labélisation du gwo ka au patrimoine immatériel de l’Unesco ? Pas même une déclinaison optionnelle dans les établissements scolaires !). Mettons par ailleurs l’accent sur  ce qui n’est pourtant pas antinomique : abaisser le coût du travail et oxygéner la valeur travail.

Pour autant, il s’agirait de promouvoir un volontarisme mental qui ne saurait faire l’impasse sur la répartition non indécente des richesses et des rapports sociaux assainis ; sur une égalité réelle sélective et non imposée ; sur le tabassage de la violence et des incivilités, sur l’instauration d’un nouveau dispositif pour la protection douanière de nos productions (les « Dragons » du sud-est asiatique ne s'en privent pas) et sur l’avènement d’un contrat économique et social spécifique à l’Outre-Mer. Il se devrait corrélativement de prendre appui sur le socle du dépassement institutionnel. C’est-à-dire sur un véritable Projet péyi Guadeloupe porté en quelque sorte par une « collectivité autonome de Guadeloupe ». Puisse la geste politique faire coïncider cette évolution institutionnelle avec l'opportunité d'une nouvelle constitution, autrement dit celle de la VIème République. Car l'heure est à l'invention d’un modèle permettant d’affirmer ses intérêts propres et de négocier des règles plus avantageuses y compris à l’international, en renonçant résolument à la politique du tango où un pas en avant est trop souvent suivi de deux en arrière. L'été finit, et sans regret aucun, encore plus allergique à toute initiative intéressée, je passe à la saison de l'hivernage lucide en chantonnant « I smile because I have some ideas »...

 

Max  ETNA

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