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Guadeloupe. Insécurité : Faut-il avoir peur de Pointe-à-Pitre ? (1)

21 Oct 2016
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Vue aérienne de la Ville de Pointe-à-Pitre Vue aérienne de la Ville de Pointe-à-Pitre

Pointe-à-Pitre. Vendredi 21 octobre 2016. CCN La brulante question de l’insécurité en Guadeloupe est depuis des années sur toutes les lèvres. Chacun y va de son commentaire, de son analyse pour tenter d’expliquer cette recrudescence de la violence qui se concentre sur la région pointoise. C'est presque défoncer une porte qui l’est déjà d’affirmer que, la sécurité à Pointe-à-Pitre est devenue pour beaucoup très relative. Immédiatement après la visite du ministre francais de la police, Bernard Cazeneuve CCN ouvre le dossier de l’insécurité à Pointe à Pitre. Flora Ferdinand qui a mené cette enquête pour CCN  a demandé à ses nombreux interlocuteurs s’il faut voir  peur de  Pointe à Pitre et de sa région. 


Les différentes réponses qui ont été proposées pour endiguer ce phénomène sont restées lettre morte car toujours plus de méfaits sont perpétrés. Les délinquants ne semblent se soucier ni des forces de l’ordre, ni de la justice, que d’ailleurs, certains jugent trop laxiste.

Les événements de ces derniers mois sont venus conforter cette idée car malgré la multiplication des actions des autorités, la multiplication des méfaits n’a cessé de croître. Alors quelles pourraient être les solutions pour enrayer de manière efficace la délinquance ?

La mort violente du jeune Yohan Equinoxe a provoqué un sursaut, une véritable prise de conscience de l’ensemble de la population et des plus hautes instances. De nombreuses manifestations ont essaimé dans tout l’archipel. Quelques jours plus tard, c’était l’agression d’un octogénaire à son domicile de Capesterre de Marie-Galante qui allait émouvoir la Guadeloupe. Depuis, l’homme a succombé à ses blessures, ses agresseurs sont deux jeunes qu’il connaissait depuis qu’ils étaient enfants et les faits divers s’enchaînent à toute allure.

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Errol Nuissier psychologue

Errol Nuissier psychologue clinicien de son état est aussi psychothérapeute, expert près de la Cour d’Appel de Basse-Terre et de la Cour Administrative d’Appel de Bordeaux. Il est également membre du Conseil d’administration du Conseil National des Experts de Justice. Il qualifie la violence qui gangrène notre île d’anthropomorphique :

« Les dernières statistiques du ministère de l’intérieur (mai 2016) à propos des violences dans les 7 départements français d’outre-mer, est relativement éloquente, concernant les différentes formes de violences constatées dans ces départements. Le taux de délinquance, y est quasiment plus élevé, à une ou deux exceptions près, que dans l’Hexagone. La Guadeloupe apparaît en tête, quelques soient les formes de violence, sauf pour les vols sans violence, pour laquelle la Guyane est en tête… La comparaison entre les statistiques de la Martinique de la Guadeloupe, permet de constater que ces deux départements très proches du point de vue de la géographie, de la superficie, du nombre d’habitants, de l’organisation familiale, des structures économiques, ont cependant des chiffres très différents pour ce qui concerne les vols avec arme, les violences intra familiales, les vols sans violences, les homicides et les viols. Pour ces 5 facteurs, la Guadeloupe est en tête et très nettement pour trois d’entre eux (vols avec arme, violences intra familiale, viols). …en Martinique, la violence constitue l’expression classique du mal-être des sujets en rupture sociale, en échec d’intégration, en difficulté économique et familiale. Ce qui permet de constater la supériorité des vols sans violence, au sens où l’on va s’approprier des biens de l’autre, sans forcément chercher à le nuire, car il est un compatriote. À l’inverse en Guadeloupe, le nombre des vols sans violence, est nettement en diminution et plus faible qu’en Martinique. Ce qui signifie que l’appropriation du bien d’autrui, passe nécessairement par l’agression de ce dernier et même par sa destruction. Ce qui signifie qu’au-delà de l’appropriation du bien autrui, il y a une volonté de le détruire. »

Il conclut sa réflexion par « La Gwadloup sé tan nou tout, fô nou tout goumé pou konstwiy. »

Pour la construction d’une société meilleure, certains s’activent tous les jours. À l’instar de Georgette Silvestre, directrice de la maison de quartier des Lauriers. Dans ce quartier défavorisé de Pointe-à-Pitre, Mme Silvestre et ses collègues encadrent les jeunes de 16 à 25 ans et les aident à s’insérer dans la société. De nombreuses activités permettent de les occuper quelques heures par jour du lundi au vendredi. À travers un pôle d’insertion, un pôle d’éducation pour tous et un pôle solidarité, grâce à des contrats civiques, les jeunes peuvent occuper des postes au sein d’établissements pour seniors où ils font de l’animation. Trente jeunes sont également amenés à servir dans le domaine de l’environnement pour embellir la ville et d’autres travaillent dans l’entreprise en bâtiment de la structure. Lorsqu’on demande à Georgette Silvestre quelles sont les problématiques que rencontrent ces jeunes, sa réponse ne se fait pas attendre : « Ils font face à un manque d’information mais je dirais aussi un manque d’éducation parce que nous avons des jeunes sans perspective que nous devons remettre sur les rails. Grâce aux tuteurs ils sont bien encadrés et nous essayons de les guider dans leurs démarches. Nous travaillons en collaboration avec le rectorat qui nous signale les décrocheurs. Quand nous voyons qu’un jeune est motivé nous faisons en sorte de le pousser. » Malgré leurs efforts, certains baissent les bras et préfèrent retourner dans la rue.  « En douze ans de métier, j’ai vu une amélioration globale mais lorsqu’un jeune ne veut pas s’en sortir, on ne peut rien faire. Il retournera dans ses travers. Les parents sont également responsables car ils doivent éduquer leurs enfants. Déjà, il y a trop de jeunes parents. Des enfants font des enfants ! Ils n’ont pas fini de recevoir leur éducation qu’ils doivent déjà transmettre ce qu’ils n’ont même pas reçu. J’ai l’impression que certains jeunes n’ont pas assez joué à la poupée et pensent qu’un enfant c’est une poupée. Malheureusement, après ces enfants sont livrés à eux-mêmes. Qu’est-ce que des gamins de 6-7 ans font à 21 heures dans la rue ? Pour moi, tout part de là. Il faudrait instaurer l’école des parents. »

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Georgette Sylvestre @Credit Photo: Flora Ferdinand

Georgette Sylvestre n’est pas la seule à nous confier que c’est aux parents de reprendre leur rôle d’éducateur. Le président de la Région, Ary Chalus, lui aussi pense que c’est au sein du cercle familial que sont les solutions pour freiner la délinquance.

« C’est un dossier sur lequel j’ai beaucoup travaillé maintenant il faudrait faire un gros travail en matière de famille, de voisins, d’amis. On doit commencer par là. Par la suite développer la formation, accompagner les associations, nous avons commencé en signant 350 contrats de service civique et il reste encore des choses à faire mais qu’on le veuille ou non, il faudra qu’on commence par la famille. »

En attendant ce sursaut familial qui règlerait le problème, les Pointois vivent dans la peur. Les commerçants se sont réunis en association et tentent de s’organiser pour rendre le centre-ville plus sûr. Dans le temps si vivant, le cœur de Pointe-à-Pitre est aujourd’hui déserté et de nombreuses habitations abandonnées. Ces « dents creuses » sont régulièrement squattées et sont le théâtre idéal des activités des consommateurs de stupéfiants ou des prostituées. Après 17 heures, Lapwent se vide. Ceux qui sont venus faire des courses cèdent la place à un autre style de clientèle.

 

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Ecrit par Flora Ferdinand

 

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