France. Le débat Code Noir et négationnistes tropicalisés est loin d’être achevé…

25 Oct 2016
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De gauche à droite, Cathy Limanana-Dembélé, ex-cadre pédagogique , Frédéric Régent, historien De gauche à droite, Cathy Limanana-Dembélé, ex-cadre pédagogique , Frédéric Régent, historien

Paris. Mardi 25 octobre 2016. CCN. Personne n’a oublié le nécessaire débat que nous a avions entamé sur CCN à la parution d’une « nouvelle » version du Code Noir par un francais résident JF Niort. Nous avions alors très vigoureusement dénoncé très les idées négationnistes contenues dans cette ouvrage. C’est alors que JP Sainton, décida dans une pétition de voler au secours de JFN ce qui est son droit le plus strict. Sainton fut alors au détour d’unbref article de CCN qualifié de « négationniste tropical » Sainton décida alors de « convoquer » CCN (et Joss Rovelas qui avait diffusé l’article) devant les tribunaux coloniaux francais Sainton a été par deux fois débouté.

Voilà que Cathy Limanima –Dembélé*: psychosociologue rédactrice de l'Edition Mémoires du Colonialisme - est à son tour attaquée par l’historien franco-guadeloupéen Fréderic Régent, c’est sa réponse que CCN publie afin que nul n’ignore 

Réponse à Frederic Régent…

 

M. Régent,

 

 Votre réponse à mon article ne saura annuler son propos, comme la menace à laquelle vous avez recours pour m’y forcer m’est bien indifférente. Disposant à mon tour d’un droit de réponse, je viens ici reprendre vos objections, et éclairer ce que je confirme être votre posture négationniste. Vous pouvez le contester tout comme je peux le démontrer. Le niveau d’humanisme de nos discours respectifs saura approuver cette pensée d’Hegel, "L'homme n'est rien d'autre que la série de ses actes." 1 Concernant mes citations de vos propos, vous rajoutez à cette phrase « Ce ne sont ni l'Occident, ni l'Afrique et encore moins la Nation ou la République qui sont responsables de l'esclavage, mais des hommes avides d'enrichissement et de pouvoir », cette phrase suivante : « D'ailleurs l'historien ne réfléchit pas en termes de coupables et de victimes, mais tente d'expliquer les phénomènes historiques. L'historien n'est pas le juge du passé.

Il faut bannir toute idée de tribunal de l'histoire ». Cette addition n’enlève rien à ce que vous imputez l’esclavage et la traite des Noirs à des électrons libres, pour mieux nier le rôle de l’État, comme je le dis dans mon article. Encore, vous n’apportez rien de plus dans la suite que vous donnez, qu’un auto- dédouanement de tout jugement et de tout arbitraire vous concernant. Vous niez toujours la responsabilité de l’État dans la traite des Noirs et dans l’esclavage, en laissant croire que ces crimes contre l’humanité ne sont pas des crimes d’état, et qu’ils sont réductibles à « des hommes avides d'enrichissement et de pouvoir ».

L’historien spécialisé que vous êtes, prétendant à l’impartialité, doit pourtant savoir :

1/ que les trafiquants Français d’esclaves n’ont jamais été arrêtés par les monarchies en place, car celles-ci en tiraient de substantiels profits qui auguraient le développement capitaliste de la France.

2/ que Richelieu s’associa dès 1626 à des aventuriers dans le cadre de la Compagnie des Îles de Saint-Christophe, et accrédita de la sorte la traite et l’esclavage des Africains, malgré l’opposition de Louis XIII qui lui aussi, finit par céder vers la fin de son règne.

Nous comprenons bien que ces crimes présentés sous votre plume comme l’entreprise « des hommes avides d'enrichissement et de pouvoir », enterre du même coup le Code Noir, qui fût promulgué en 1685 par Louis XIV, et qui régenta esclavage et société de plantation concentrationnaire jusqu’en 1848 . Ainsi par tel propos, vous niez fondamentalement la responsabilité de l’État. Or le négationnisme est constitué par la négation des faits historiques avérés, qu’elle soit opérée de façon déductive ou inductive. Certes je confirme :"Si la première citation est de moi, les 2e et 3e citations sont tirées d’un article d’Alban Dignat, publié le 26 avril 2016 sur le site Hérodote.net."

Toutefois, Alban Dignat s'aligne bien sur l'esprit de vos thèses. Je ne m'épuiserai pas à commenter votre discours sur votre exercice d'historien, vos travaux en matière d'histoire de l'esclavage jouant dans une duplicité factuelle et idéelle, suffisent à nous le faire entendre. Il s’y répète régulièrement un entretien de l’équivoque. Vous savez en effet déclarer une chose et son contraire, trouvant dans cet exercice fallacieux votre équilibre. En un mot, votre posture se déclare en faveur de la complexité de l’histoire de l’esclavage pour mieux occulter une connaissance des crimes qui l’étayent, et cela à des fins de condamnation de toute la re-connaissance à laquelle ils ouvrent sur le plan de la mémoire collective, de la conscience et de l’inconscient collectifs. Nous en prenons la mesure à titre d’exemple (je me limiterai à cet exemple suffisant) dans cet article - Esclavage : « Libres et sans fers », paroles captives – Jeune Afrique -parlant de votre dernier livre 2 , qui restitue fidèlement son propos , ce que vous auriez démenti depuis longtemps si ce n’était pas le cas; je choisis de m’appuyer sur cet article par souci de concision. Du reste, nous retrouvons le même contenu dans d’autres médias, où paraissent des articles centrés sur le même sujet.

Certains passages requièrent un cœur bien accroché : ►"Si les maîtres peuvent imposer des châtiments corporels sévères – un fugitif peut par exemple avoir les oreilles ou les jarrets tranchés, être marqué au fer rouge d’une fleur de lys, voire exécuté en cas de récidive -, les hommes dont ils sont propriétaires disposent tout de même d’un certain nombre de droits : ils doivent être nourris et vêtus, ils peuvent se marier, se constituer un pécule pour racheter leur liberté, se reposer le dimanche, être baptisés, s’instruire, etc." (…) Ce qui est nommé comme étant des droits, insinuant par là une diminution de la condition d’esclave, ne sont pas des droits mais sont des besoins fondamentaux conditionnant la survie de l’être humain, ou encore, sont des dispositions qui étaient entièrement soumises à l’arbitraire du maître. Ces dispositions à géométrie variable constituaient ainsi pour lui un système de punitions/récompenses participant du dressage de l’esclave à un comportement conforme à son statut.

Plus grave encore, sont nommés comme étant des droits ce qui est exprimé dans le Code Noir comme étant des devoirs ou bien des prescriptions. - « être nourris et vêtus »: La Pyramide des Besoins de Maslow fixe depuis 1940 une taxinomie et une représentation pyramidale de la hiérarchie des besoins humains, qui fait autorité depuis en sciences humaines. A son stade premier, siègent les besoins physiologiques qui à défaut d’être satisfaits, entraînent la mort de l’homme. Loin de reconnaître la nourriture et la vêture comme ces besoins fondamentaux, ils nous sont présentés comme des droits concédés à l’esclave ! Sans ces droits, on imagine mal comment l’esclave aurait pu survivre pour travailler.

Le lecteur apprécierait aussi de savoir que cette nourriture était sommairement constituée d’ignames, bananes, manioc, haricots et riz, issus de qualités détériorées et servies dans des portions congrues. Quant au Code Noir, son Art. 22 arrêtait : « Seront tenus les maîtres de faire fournir, par chacune semaine, à leurs esclaves âgés de dix ans et au-dessus, pour leur nourriture, deux pots et demi, mesure de Paris, de farine de manioc, ou trois cassaves pesant chacune 2 livres et demie au moins, ou choses équivalentes, avec 2 livres de boeuf salé, ou 3 livres de poisson, ou autres choses à proportion : et aux enfants, depuis qu'ils sont sevrés jusqu'à l'âge de dix ans, la moitié des vivres ci-dessus ».

Quant à leur vêture, l’ Art. 25 nous laisse mesurer avec effroi sa fourniture : « Seront tenus les maîtres de fournir à chaque esclave, par chacun an, deux habits de toile ou quatre aunes de toile, au gré des maîtres » . - « ils peuvent se marier »: Le mariage étant soumis à l’autorisation du maître, il ne constitue pas un droit mais une disposition. Art.10 : « Les solennités prescrites par l'Ordonnance de Blois et par la Déclaration de 1639 pour les mariages seront observées tant à l'égard des personnes libres que des esclaves, sans néanmoins que le consentement du père et de la mère de l'esclave y soit nécessaire, mais celui du maître seulement. »

D’autre part, les unions inter-raciales étaient physiquement et légalement réprimées, tel que le note Robert Bousquet (« Les esclaves et leurs maîtres à Bourbon au temps de la Compagnie des Indesp.341), ce qui fixe un « droit » au mariage bien imparfait. Le Code Noir prescrivait fermement, comme nous continuerons à l’examiner, l’aval du maître pour que mariage et constitution d’un pécule puissent se faire pour l’esclave. Et c’est bien en cela que la différence entre « droit » et « disposition » s’établit. Si les droits caractérisent l’autonomie de l’homme, les autorisations conditionnelles caractérisent des dispositions destinées à façonner la sujétion de l’homme. Ces consentements servaient bien sûr à majorer le pouvoir du maître, dont il usait pour mieux gouverner et stipendier les esclaves, en leur faisant miroiter la possibilité de recouvrer une subjectivité et une humanité par le mariage et par la constitution d’un pécule. Et quand l’homme est réifié au point de devenir statutairement un objet, propriété absolue de son maître comme l’indique l’article 44, dont la jouissance trouve sa légalisation dans la suprême barbarie d’un Code Noir, nous comprenons que tout homme sombre vite dans le jeu de la duperie :

Art.44 : « Déclarons les esclaves être meubles et comme tels entrer dans la communauté, ... » - « se constituer un pécule pour racheter leur liberté » : Les pécules étaient obtenus par les esclaves non pas pour leur travail régulier, mais pour des travaux supplémentaires. L’Art.18 du Code Noir réprimandait tout profit tiré de leurs tâches : « Défendons aux esclaves de vendre des cannes de sucre pour quelque cause et occasion que ce soit, même avec la permission de leurs maîtres, à peine du fouet contre les esclave, de 10 livres tournois contre le maître qui l'aura permis et de pareille amende contre l'acheteur. » D’autre part le bénéfice obtenu de ces travaux supplémentaires dépendait de l’autorisation du maître à y vaquer, et distribuée bien entendu aux esclaves les plus déférents, courbés et gouvernables

: Art.19 :« Leur défendons aussi d'exposer en vente au marché ni de porter dans des maisons particulières pour vendre aucune sorte de denrées, même des fruits, légumes, bois à brûler, herbes pour la nourriture des bestiaux et leurs manufactures, sans permission expresse de leurs maîtres par un billet ou par des marques connues » Les sommes obtenues par ces travaux étaient dérisoires vu que le temps leur étant accordé pour s’y consacrer l’était tout autant. Aussi, ces travaux menés toute une vie durant ne suffisaient pas à racheter la liberté. La rareté des autorisations du maître comme la petitesse des pécules poussèrent par ailleurs beaucoup d’esclaves au vol.

Quand bien même un petit nombre d’esclaves disposèrent du pécule, la possibilité de racheter sa liberté dépendait encore du maître ; ainsi bien des esclaves restèrent esclaves nonobstant la somme du rachat réunie. Robert Bousquet, dans le même ouvrage, relève un seul cas à La Réunion jusque dans les premières années du XVIIIème s., et montre que l’affranchissement a été « quasiment inexistant ». D’autre part, l’esclave affranchi devait conserver de bonnes relations avec son ex-maître pour éviter des poursuites ruineuses de sa part, et cela en toute légalité. Ces éléments indiquent un cadrage très limitatif de la notion de liberté comme de la notion d’affranchissement ! - « se reposer le dimanche » : Comme pour la nourriture et la vêture, avec le repos la notion de droit est substituée à celle de besoin fondamental. Le repos entre en effet dans le stade fondamental des besoins physiologiques de la Pyramide de Maslow. Mais plus grave encore, le repos du dimanche est présenté comme un droit alors qu’il est une prescription dans le Code Noir.

 

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