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Guadeloupe. Subventions aux producteurs : La peau de banane du CIPPA

15 Nov 2016
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Bass-Terre, Capitale. Mardi 15 novembre 2016. CCN. La dernière plénière qui s’est tenue à la Région le 31 octobre dernier, n’a pas été que le siège d’un affrontement verbal entre le nouveau et l’ex président de Région; Au chapitre des discussions une motion devant aider les planteurs de bananes à atteindre le cap des 100.000 tonnes. On sait que le gouvernement Hollande par le biais de Stéphane Le Foll, le ministre francais de l’agriculture avait refusé d’octroyer l’aide de 450 millions souhaitée par le Député-Président de Région Ary Chalus. C’est donc à la Région que la question est revenue sur le tapis, sous la forme d’une motion que les élus ont tous voté. Alain Plaisir, président du CIPPA, dans l’article suit explique pourquoi cette « aide » à la production bananière ne lui semble pas le meilleur choix qui soit d’autant qu’il précise que la Région n’aurait pas les moyens de s’assurer du contrôle de la bonne utilisation de ces fonds Le CIPPA interpelle les 41 élus.

Un étrange consensus

Par Alain Plaisir Pdt du CIPPA

Le 31 octobre 1016, les 41 conseillers régionaux ont voté, comme un seul homme, les subventions que réclamaient les producteurs de bananes, pour augmenter leur tonnage de 23 000 d’ici 5 ans, pour un total de 100 000 tonnes à partir de 2021.

2017 2018 2019 2020 2021
2300 tonnes 4 600 tonnes 6 900 tonnes 9 200 tonnes 11 500 tonnes
929 200 € 1 858 400 € 2 787 600 € 3 716 800 € 4 646 000 €

A partir de 2022, la Région s’est engagée à verser ces 4 millions 646 000 euros, chaque année aux planteurs. Révoltant !

Il est étonnant que pas un conseiller n’ait trouvé anormal, ou même se soit posé, simplement, des questions sur le bien fondé de l’utilisation des fonds publics, c’est-à-dire de l’argent des impôts des Guadeloupéens. Pas un qui se soit posé la question sur les moyens de contrôle,  dont dispose la Région pour vérifier la création d’emplois promis par le lobby bananier !  Pas un qui  se soit inquiété de la destination réelle de cet argent public ! Pas un qui ait émis des doutes sur l’avenir même de cette culture d’exportation ! Pas un qui se soit interrogé  sur le choix stratégique en matière de développement. Subventionner la banane, plutôt que les producteurs de cultures vivrières, les éleveurs, les pêcheurs, les artisans, bref, ceux qui travaillent, dans les pires conditions, pour résister aux importations et essayer d’assurer notre autonomie alimentaire. Evidemment, pas un qui se soit étonné que cet argent ne soit utilisé, en priorité, pour remplacer les canalisations d’eau, ou encore massivement dans les énergies renouvelables…. Bref, ou est le nouvel modèle économique qu’on nous avait promis, à l’occasion des élections régionales de décembre 2015 ?

Oublié les dégâts causés pas la chlordécorne, oublié l’épandage aérien !

Bref, ils n’ont pas compris  deux choses.

1- Dans le contexte international actuel cette culture n’a pas d’avenir à l’exportation, à très moyen terme. Pour déchiffrer leurs grandes manœuvres actuelles, il faut quitter les frontières de la Guadeloupe pour comprendre que nous sommes dans  un contexte de libéralisation des échanges, autrement dit de la mondialisation capitaliste. L’Union Européenne qui achète 5 millions de tonnes de bananes dans la Zone dollar et en Afrique, a décidé de s’ouvrir un peu plus aux importations des pays tiers, pour accéder, elle-même, à de nouveaux marchés. Cela s’est fait en deux temps : Pour comprendre les difficultés de la banane, il faut remonter à 1993.

Jusqu’à cette date la banane Guadeloupéenne avait (comme à l’époque coloniale) un débouché naturel et protégé qui était le marché de la « métropole ». Dès le 19 Février 1993, la Colombie, le Costa-Rica, le Venezuela, le Nicaragua ont sollicité des négociations avec la communauté européenne aux Accords du GATT (General Agreement on Tariffs and Trade. En français : Accord Général sur les Tarifs douaniers et le commerce) dans le but de libéraliser le marché de la banane à leurs exportations. Les discussions ayant échoué, les Etats requérants ont intenté une action en Avril 1993, devant les instances du GATT.

En janvier 1994 les experts du GATT ont estimé que certaines dispositions de l’OCM banane, n’étaient pas conformes aux règles de l’Accord général sur les Tarifs douaniers et le Commerce. Les nouvelles négociations entre la communauté européenne et les pays latino- américains ont permis d’aboutir en 1994, à la conclusion d’un accord cadre sur la banane. Suite à cet accord, les droits de douane sur l’importation des bananes –dollars- ont baissé de 25%. Les aménagements concédés par la Communauté à certains pays latino- américains n’étaient pas suffisants malgré tout aux yeux des multinationales américaines, notamment la Chiquita Brand International. C’est dans le cadre de la mondialisation qu’a été défini, le principe de la clause de la nation la plus favorisée, qui stipule que chaque pays membre doit traiter de manière identique les produits « similaires » Il est illégal de discriminer entre différents fournisseurs étrangers de produits similaires, tous devant être favorisés au même titre.

C’est à partir de ce principe, que les multinationales américaines qui produisent des bananes en Amérique centrale ont pu attaquer l’Union européenne en lui contestant le droit d’accorder un régime préférentiel aux bananes des pays ACP.

Le 1er janvier 2006, l’Union Européenne se met en conformité avec ’Organisation Mondiale du Commerce en appliquant un nouveau régime d’importation. Le système du quota est remplacé par un tarif douanier unique de 176 euros par tonne pour les pays tiers, et des droits nuls pour les bananes Afrique Caraïbe Pacifique traditionnels. Il n’y a plus de limitation des importations pour les pays tiers à condition de payer les 176 euros. Ces droits de douane ont été abaissés à 150 euros en 2009, 141 euros en 2010, ils vont baisser progressivement, pour atteindre 114 euros la tonne en 2017. D’autres accords de commerce multilatéraux ont été conclus dans la foulée entre l'Union Européenne et la Colombie, ainsi que le Pérou. Des négociations de libre-échange sont en cours avec les pays du MERCOSUR (Brésil, Argentine, Paraguay et Uruguay).Le désarmement tarifaire demandé par l’Equateur à la fin de l’année 2007 auprès de l’Organe de Règlement des Différends de l’OMC semble le scénario le plus probable à l’horizon 2013

En juillet 2014, l'Union Européenne signe  dans le cadre de  l'Accord de Partenariat Economique (APE) un accord de libre échange avec les pays  de l'Afrique de l'Ouest, dont la Côte d'Ivoire. Le Cameroun a également signé un accord de ce type avec l'UE.

C’est parce que les recettes de l’Europe ont diminué et vont encore diminuer que les subventions européennes ont diminué et vont encore diminuer. D’où la revendication des planteurs : la Région de se substituer à l’UE.

Contrairement à nos élus, les békés ont compris que c’est en Afrique qu’ils vont réaliser le profit maximum. C’est dans cette optique qu’ils investissent en achetant des milliers d’hectares de terres. Voilà, ce que les élus régionaux, n’ont pas compris, ou n’ont pas voulu prendre en compte

2 –Le développement de la Guadeloupe, passe par la conquête du marché intérieur, plutôt que par la persistance d’une économie coloniale. Pour le CIPPA, il est temps d’en finir avec l’agriculture coloniale et d’orienter notre production vers la conquête de notre marché intérieur.

La vraie et seule alternative passe, dans les conditions actuelles du commerce mondial, par la conquête du marché intérieur.

Au réseau des relations verticales avec la « métropole », il faut mettre en place des relations horizontales entre les secteurs économiques, entre les unités de production de la Guadeloupe.

La politique de développement de la Guadeloupe doit être basée sur la conquête du marché intérieur et sur l’agriculture.

L’éloignement des concurrents devient un avantage : les distributeurs, les commerçants, s’ils pouvaient s’approvisionner par une production locale pourraient réduire les délais de livraison et, surtout limiteraient leur stock. Ce système de «  stock zéro » permettrait d’éviter les énormes avances de trésorerie que consentent les commerçants du fait de l’éloignement de leurs sources d’approvisionnement.

Il faut également concevoir les implantations industrielles par rapport à la demande intérieure, et non pas en fonction des « créneaux » laissés libres par la concurrence extérieure.

Pour conquérir le marché intérieur, il faut créer les conditions objectives permettant de mettre en place la préférence guadeloupéenne (1), il faut inverser graduellement, production par production, service par service, les mécanismes dont -le libre échange- ayant permis depuis un demi-siècle la destruction de notre production.

Il ne s’agit pas de basculer dans un protectionnisme généralisé, mais d’accepter et de faire accepter par la population, délibérément, les  surcoûts  engendrés par la création d’activités productives génératrices d’emplois en Guadeloupe.  Une telle protection s’effectuerait au moyen de droits de douane et de taxes spécifiques sur des importations spécifiées, pour compenser le handicap en termes de coût de production.

Dans le cadre de cette protection certains produits seraient plus chers, par contre, d’autres, plus nombreux qui ne nécessitent pas de protection  seraient moins chers. En tout cas, il n’existe pas à nos yeux,  d’autre alternative que le statut de PTOM,  si on veut avoir une économie de production, et rapatrier des milliers d’emplois qui sont créés ailleurs, grâce à nos importations, et impulser la dynamique du développement et de l’éradication du chômage de masse.

 

Alain PLAISIR

Président du CIPPA

  1. Pour en savoir plus, lire La Préférence Guadeloupéenne
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