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Médias. Guadeloupe 1ère. Sylvie Gengoul : « nous avons encore beaucoup à faire »

09 Déc 2016
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Pointe-à-Pitre. Vendredi 9 décembre 2016. CCN. Après avoir passé plus d’une décennie en Guyane comme rédactrice en chef puis comme directrice du pôle, Sylvie Gengoul (SG) qui a débuté à RFO Guadeloupe en 1986 est depuis août 2014 revenue sur sa terre natale à la tête du pôle Guadeloupe. Paradoxalement, Sylvie Gengoul ne s’affiche pas beaucoup dans les médias. Elle semble plutôt avoir choisi de rester loin des projecteurs, des caméras ou des micros. À son arrivée au Morne Bernard, elle se devait de remettre un peu d’ordre dans une maison réputée pas toujours facile à gérer, surtout en période électorale ! Côté cour, l’audience-télé ne s’est pas démentie. Côté jardin, la radio  « péyi » a connu quelques bouleversements au niveau des programmes et des animateurs mais cela n’a pas été suffisant pour inquiéter RCI, le concurrent historique qui caracole en tête des sondages dans un paysage radiophonique où l'originalité et l'innovation ne sont jamais de mise. Pendant ce temps, Sylvie Gengoul et son staff tissent leur toile avec patience. Rendez-vous au prochain médiamétrie ?


CCN. Comment avez-vous vécu toutes ces années en Guyane ? Les Guyanais n’arrêtent pas de regretter votre approche de l’info. C’était plus facile là-bas que chez vous ?

SG. La Guyane est une terre qui vous nourrit de sa grandeur comme de sa simplicité, une terre qui vous oblige à être en vérité avec vous-même. J’ai passé une bonne douzaine d’années dans ce pays que je considère volontiers comme ma seconde terre et j’ai aimé recevoir ses enseignements quotidiens avec humilité. J’ai aimé lui donner un peu de ce que je savais faire et être, faire de l’antenne sur cette terre qui s’est construite avec tous, avec leur différence : un beau défi éditorial. C’est plus que de simples souvenirs, ces moments sont désormais une partie de moi-même. Et je suis heureuse aujourd’hui d’être de retour chez moi pour continuer encore à me mettre au service de nos populations avec nos équipes. Ici ou là-bas, je crois bénéficier de la même confiance.

Vous êtes sans aucun doute la directrice la moins médiatique qui soit, pourquoi êtes-vous si rare ? 

Sans doute parce que ce n’est pas la partie que je préfère… Sans doute parce que j’ai eu d’abord besoin de me consacrer et de me concentrer en interne sur la dynamique collective que je souhaitais mettre en œuvre tout en continuant à écouter le pays. Vous savez, pour faire bien les choses, il est important d’être totalement présent à ce que l’on fait.

Depuis que vous avez pris la direction de Guadeloupe 1ère, comment ont évolué les audiences radio et télé ? Peut-on dire que vous en soyez pleinement satisfaite ? 

Les audiences, c’est ce qui nous garantit notre efficacité, ce n’est pas notre raison d’être. Nous sommes un service public, financé avec de l’argent public et il est important que tous ensemble, nous sachions ce que ce que cela signifie en terme de responsabilité vis à vis de la société et du territoire qui nous abritent. Nous savons aujourd’hui que seul notre engagement peut nous faire gagner la confiance. La confiance, c’est bien la valeur essentielle. Ce qui est important, c’est que nous puissions collectivement être fiers de ce que nous offrons à nos publics. Nous savons aussi que nous devons être un contributeur utile à notre société : être le lieu de rencontres, susciter le débat démocratique, le lieu où se construit une conscience collective, le lieu où s’exprime la société, le lieu du décryptage, le lieu du dialogue, le lieu où le pays se vit, se raconte, le lieu où s’expriment toutes les dynamiques de nature à faire progresser le pays. Je crois qu’en radio, en télé ou sur les réseaux sociaux, nous commençons à être tout cela mais nous avons encore beaucoup à faire.

Est-ce que comme le disait Delphine Ernotte de France 2 dans Libé « l’audience n’est pas ce qui gouverne France-Télévision », diriez-vous que l’audience n’est pas une obsession pour Guadeloupe 1ère ? 

Très clairement, l’audience n’est pas ce qui nous gouverne. Ici plus qu’ailleurs. Dans nos petits pays, la vitesse de circulation de l’information et la densité des relations est telle que vous ressentez très vite si vous êtes au bon endroit et de la bonne façon. Notre histoire avec le pays est celle d’une relation et nous la voulons durable et sincère. Alors comme dans toutes les vraies et longues relations, il y a de l’exigence. Il peut y avoir de la déception ou de l’incompréhension mais je sais qu’il y a une vraie affection et un réel attachement de nos publics. Notre travail, c’est de le mériter chaque jour davantage.

Guadeloupe 1ère La Radio, a-t-elle l’ambition un jour de prendre le leadership de l’audience par rapport à votre principal concurrent ?  

Notre radio a l’ambition d’avoir sa place tout simplement et nous sommes sur le chemin qui nous y emmène. J’en suis absolument convaincue. Nous devons croire dans le temps. Ma conviction profonde, c’est que si un jour, un seul, les Guadeloupéens qui se sont tournés vers cet autre média sans doute pour de bonnes raisons, repassaient par chez nous, ne serait-ce qu’une journée, une seule, alors une bonne partie d’entre-eux ne nous quitterait plus.

Vous le savez sans doute, la nomination d’Eddy Nedelkovsky à la tête de la radio a suscité des commentaires pas toujours favorables en interne. Vous maintenez le cap. Pourquoi ? 

Nous ne devons pas rencontrer les mêmes personnes vous et moi. J’ai instauré depuis mon arrivée à Guadeloupe 1ère, un dialogue direct avec chacun des salariés et je dois avouer n’avoir eu de quiconque ce type de retour. Bien au contraire ! Je peux témoigner d’une chose : Eddy [ndlr. Nedelkovsky] est un homme de conviction. Je crois que lui et moi partageons ce même souci du public et de l’argent public. Je suis allée le chercher pour ça. Cela donne sans doute lieu à des exigences de régularité, de rigueur et de respect de nos engagements qui peuvent ne pas convenir à tous lorsque les habitudes sont prises de faire autrement. Pour aimer travailler dans cette radio aujourd’hui, il faut aimer sincèrement nos publics. Si je devais choisir aujourd’hui un nouveau directeur d’antenne pour cette radio, il s’appellerait encore Eddy Nedel [ndlr. Nedelkovsky].

Sur l’info, on a quand même le sentiment d’un manque de proximité avec la réalité du terrain, c’est dû à quoi ? 

Vous parlez bien d’un sentiment. Au fond, réussir la proximité pour une chaine de médias comme la nôtre, c’est être à la bonne distance, celle qui permet d’entendre notre société, d’entendre ses besoins et d’y apporter des éléments de réponse et/ou les matériaux pour que chacun se fasse sa propre idée, sa propre opinion, pas imposer les nôtres. C’est répondre au mieux au besoin de notre pays : besoin de comprendre, d’entendre, besoin de visibilité aussi, de rencontres, besoin d’expression, de découverte, d’exutoire, de débats, de solidarité, de sociabilités… Toutes ces choses qui construisent notre collectif. Aujourd’hui, les réseaux sociaux offrent un flux continu d’information, de pulsions et de passions, d’interactions en mode immédiat et spontané, en mode communautaire ou personnalisé où chacun fait appel à son « social graph » pour partager ou « viraliser » [ndlr. faire du buzz]. Le service public a toute sa place dans cette nouvelle chaine de valeur enrichie avec une autre façon d’assurer une présence. Le journal télévisé du soir sur Guadeloupe 1ère n’est pas autre chose qu’une large conversation publique, voir un moment de convergence sacralisé pour répondre à une demande plus sociale de ceux et celles qui partagent au-delà de leurs histoires personnelles, un territoire. Ce n’est sans doute pas un hasard si ce moment recueille plus de 73% d’audience. Ce sont ainsi près de 200.000 personnes qui se donnent rendez-vous à ce moment là, ce n’est pas rien. Au premier trimestre 2017, l’information sur Guadeloupe 1ère franchira un nouveau cap et il y aura sans doute matière à nourrir votre envie de plus et de mieux… car à vrai dire les chemins de la progression sont sans fin lorsqu’il s’agit de contribuer à l’amélioration d’une société.

L’un des soucis majeurs de Guadeloupe 1ère Télé, c’est la production avec des réalisateurs extérieurs à la chaine, cela peut-il changer ? Mais surtout en avez-vous les moyens ? 

Une production récurrente sur deux de Guadeloupe 1ère est aujourd’hui portée par des sociétés de production extérieures et donc des réalisateurs extérieurs. Je veux par exemple parler de B World, les Teams de la beauté, Bonheur à domicile… Autant de productions aussi bien hebdomadaires comme que quotidiennes. Nous ne pouvons pas mieux dire notre volonté de travailler avec tous les créateurs du pays. Lors de son récent passage en Guadeloupe, Sophie Gigon, la directrice déléguée aux programmes de France Ô a rencontré pas moins d’une dizaine de producteurs du pays pour nouer des contacts en direct et poser les bases de collaborations futures et ainsi offrir une visibilité nationale aux créations locales. Là encore, nous disons tout le respect que nous avons pour les réalisateurs et producteurs de Guadeloupe. Je n’évoque pas ici les co-productions de documentaires : nous accompagnons par an au moins trois grands projets. Et puis de façon plus globale, nous avons l’envie de co-construire avec les créateurs de Guadeloupe, de donner et de recevoir et donc de s’enrichir ensemble. Mais c’est comme tout, on ne peut pas satisfaire tout le monde et dire oui à tout.

Le 30 octobre dernier Guadeloupe 1ère a été la première des stations à être diffusée sur France Ô, c’est pour vous LA consécration ?  

Pas consécration mais fierté oui, un peu quand même. Notre patron Wallès Kotra est un homme issu de la terre des terres : la Nouvelle Calédonie. Lui, plus que quiconque, sait à quel point nos terres d’outremer, peuvent enrichir de leur singularité, de leur complexité, de leurs identités, l’ensemble national. Alors la Guadeloupe a eu cette opportunité de montrer ce qu’elle avait à donner, à partager : ses défis comme ses modèles. J’aime dire qu’à bien des égards, nous avons à dire quelque chose au monde : c’était l’occasion de le rappeler. J’aime beaucoup que nous parlions de nous comme une terre de promesse qui a donné 3 portes drapeaux à la France aux Jeux olympiques, qui a sa musique traditionnelle inscrite par l’Unesco comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité depuis 2004 [ndlr. depuis 2014] ou comme cette terre devenue en 1992, zone de réserve mondiale de la biosphère, une reconnaissance de l’Unesco pour marquer la grande qualité de nos écosystèmes. Ici plus qu’ailleurs, du fait de la limitation des ressources et de l’exiguïté du territoire, nous devons avoir le souci des équilibres pour ne pas hypothéquer l’avenir de nos générations futures. C’est un peu comme si aujourd’hui le monde vivait à notre échelle. Tout cela pour dire que nos expériences, nos modes de résistance aussi ont sans doute vocation à être expérimentés et partagés dans tous les ailleurs en quête d’un développement durable. Ces journées en Outremer sur France Ô ont une fonction essentielle.

Pourquoi comme cela se fait partout ailleurs, l’absence d’une collaboration confraternelle avec les médias de Guadeloupe ? Peu ou pas de journalistes invités à la télé ? À la radio, c’est souvent au compte-gouttes, Guadeloupe 1ère n’aime-t-elle pas la confrontation d’idées ? Ou alors on en est chez vous toujours dans la culture du monopole ?   

Ce que toutes ces années de monopole comme vous dites nous ont apporté, c’est ce chemin parcouru avec le pays et nos populations ; c’est un vrai privilège de l’histoire que nous respectons car au contraire cela nous oblige à de l’humilité car pour le coup, ce privilège de l’histoire est une responsabilité et crée des attentes fortes de nos publics. Ce que vous appelez de la culture du monopole, c’est tout simplement un choix éditorial, ni plus ni moins, mais regardez bien, avec des yeux neufs et vous verrez que nous ne sommes pas cette chaine fermée que vous décrivez et ce depuis bien longtemps. Tout le monde n’est pas voué à reproduire les mêmes schémas. Guadeloupe 1ère La Radio offre de beaux espaces d’échanges d’idées avec Eric Lefèvre, Josiane Champion, Krystelle Martial, Colette Borda ou Fabrice Fanfan le matin à 8H20 sur la radio. Tout le monde y trouve sa place : des journalistes d’autres médias, des acteurs, des créateurs, des témoins et des citoyens.

Depuis des années alors que le créole est entré officiellement à l’école, à l’université, à l’église, à Guadeloupe 1ère, L’info TOUT en créole à la télé ou la radio a « perdu son fil »… 

Parce qu’il n’il n’y a pas de meilleur moyen de marginaliser que de réserver des espaces dédiés. En s’interdisant d’exprimer librement à n’importe quel moment de la journée ce que nous sommes, comment disent nos intellectuels, « le parler Guadeloupéen » est  sans doute une notion plus complète. Ecoutez Claude Ceprika lors de ses retransmissions sportives, il navigue majestueusement entre le français et le créole en toute liberté. Et puis Tandakayou reste un rendez-vous sacré pour tous les Guadeloupéens et c’est de l’info !

C’est déjà 2017, des nouveautés à venir à la télé à la radio ?  

En 2017, appliquer plus que jamais, notre baseline [ndlr, signature] : « Guadeloupe 1ère, plus que des programmes, des services ». Notre essence sociale devra s’exprimer pleinement. Etre utile, pratique, réactif et faire ensemble mais avec de nouveaux codes, de nouveaux éléments de langage pour être en phase avec les mutations ambiantes. Alors les nouveaux défis s’appellent Guadeloupe Job challenge sur Guadeloupe 1ère La Télévision, une nouvelle téléréalité sur l’emploi ou une couverture transmédias des évènements de Mai 67 pour ne citer que ceux là.  

 

Propos recueillis par Danik I. Zandwonis

 

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Danik I. Zandwonis

Directeur de rédaction de CCN et fondateur du site.

@ : danik@mediacreole.com

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