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Guadeloupe. Le RSMA : l'outil colonial aux 55 balais

14 Déc 2016
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Baie-Mahault. Mercredi 14 Décembre 2016. CCN/CMA. Voilà plus d’un demi-siècle que le Régiment du Service Militaire Adapté (RSMA) s’est installé en Guadeloupe. Pour fêter cette date anniversaire de nombreux événements seront organisés tout au long de l’année 2017. Pour commencer, une exposition itinérante a été inaugurée hier à la médiathèque Paul Mado de Baie-Mahault.


« Baie-Mahault est très heureuse d’avoir le RSMA sur son territoire ». C’est par ces mots que Hélène Polifonte-Molia, la maire de la ville, a commencé son discours. Elle était également honorée de recevoir le général Luc du Perron de Revel qui est le commandant du service militaire adapté. Actuellement en visite dans notre île, il était normal qu’il inaugure cette exposition qui retrace l’histoire du RSMA en Guadeloupe.

Le général a insisté sur le fait que le RSMA transmettait aussi une culture. Il a rappelé que l’aspect culturel de ces formations est très important : “La culture fait partie de ce que l’on lègue à nos jeunes volontaires. C’est un véritable moyen de se développer. Je suis donc ravi que cette exposition soit dans un lieu culturel.”

Le colonel Yann Le Balc’h, qui a été le premier à prendre la parole, s’est réjoui de l’emplacement du camp. La proximité du camp avec la zone d’activités économiques de Jarry est un véritable atout pour le RSMA de Guadeloupe : “Nous avons des contacts intenses avec la zone de Jarry.” Pour lui, tout ce qu’a fait et continue de faire le RSMA est à transmettre au plus grand nombre : “L’histoire de ce régiment n’avait jamais été écrite et méritait d’être racontée. Cette exposition est un instrument de mémoire pour les anciens et un outil de rayonnement pour faire connaître aux jeunes et à leurs familles ce qu’est le RSMA.

Le capitaine Etienne de Geloes est officier tradition. C’est lui qui est à l’origine de cette exposition. Il a recherché les documents qui ont permis sa réalisation. Il explique que cela n’a pas été facile : “Le RSMA de Guadeloupe est un régiment relativement jeune, à peine plus d’un demi siècle, donc ça a été un peu compliqué de regrouper les informations à cause de l’éclatement des sources. Il y en avait en France, aux archives nationales, aux archives départementales… Il lui aura fallu près d’un an de recherche pour donner vie à cette exposition. Il a fourni le texte et les photographies, une société de communication s’est chargée de la mise en page. À la question “Êtes-vous fier du résultat?” il répond : “Je suis surtout fier de tout ce qui a été fait par le régiment et de tout ce qu’il a réalisé sur l’île”.

En effet, passer par cette école est gage de réussite. La rigueur militaire, la discipline inculquée à ses jeunes, au passé parfois mouvementé, leur apporte un sérieux reconnu par tous. Grâce à quoi, les taux d’insertion professionnelle au sortir du RSMA ont toujours été très bons. Dylan, jeune volontaire, après bientôt un an d’engagement, témoigne du fait que sa vie a radicalement changé : “C’est une nouvelle vie. J’ai voulu intégrer le RSMA car je voulais me rendre utile. Je voulais aider la société. C’est pourquoi j’ai décidé d’apprendre à encadrer la formation des agents de sécurité. Après ce qu’il s’est passé le 14 juillet dernier, j’ai réalisé que l’on vivait dans un monde de plus en plus dangereux. Je veux vraiment aider.

Aurélie aussi est satisfaite de son expérience : « C’est une très bonne chose. Ils nous aident à développer nos capacités. Bien sûr, ce n’est pas évident mais on s’adapte aux nouvelles règles. »

Un autre volontaire, Shadé, a lui carrément endossé le rôle d’éducateur. Cela fait deux ans et deux mois qu’il est au RSMA et travaille à la section cadet qui est chargée de remettre dans le droit chemin des jeunes difficiles. Dans cette sorte de maison de redressement, il a plaisir à transmettre, même aux plus récalcitrants, ce que le RSMA lui a appris. Et la boucle est bouclée.

 

 

L’histoire de ce régiment : C’est en 1961 que le général Nemo crée le Service Militaire Adapté. Michel Debré est alors ministre des Outre-Mer, c’est lui qui installera le Bumidom deux ans plus tard. Pour le SMA, il a fait appel à un homme qui a déjà fait ses preuves en Indochine. Le général Nemo est un chef des armées expérimenté et stratège qui a su repousser les attaques ennemies et maintenir intactes la grande base portuaire et la voie principale qui la reliait à Hanoï.

Avec des états de services pareils, pas étonnant qu’il ait été choisi pour officier dans les colonies françaises devenues « départements » quelques années auparavant. A cette époque le climat social y est plutôt tendu, ces nouveaux Français revendiquent leurs droits. C’est à ce moment là que le général Nemo, spécialisé dans la lutte anti guérilla, qui y est commandant supérieur interarmées, met sur pied cet outil pour former les jeunes de ces territoires.

A ses débuts, ce « dispositif militaire d’insertion socioprofessionnelle » ne concernait que les Antilles mais sera très rapidement étendu aux autres colonies françaises. Aujourd’hui, le SMA compte six régiments : en Guadeloupe, en Martinique, en Guyane, à la Réunion, en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie Française, un bataillon à Mayotte et un détachement à Périgueux.

La devise du RSMA est « Notre victoire : leur réussite ». En tout, près d’une quarantaine de métiers sont enseignés par ce dispositif et quoi qu’on en pense, il faut reconnaître que ça fonctionne. En Guadeloupe, l’année 2008 a vu le chiffre record de 94% de jeunes insérés professionnellement au sortir du RSMA. Pour preuve, en 1996 lorsque le service militaire obligatoire a été arrêté, le RSMA a été lui maintenu. L’ancien président Nicolas Sarkozy, toujours prompt à réduire les effectifs, a doublé les capacités d’accueil du RSMA passant de 3 000 à 6 000.

Mais de là à penser que ce dispositif n’est que le pansement sur la jambe de bois de la politique éducative, qui semble encore plus défaillante dans les colonies au vu des chiffres du chômage des jeunes, il n’y a qu’un pas.
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