Révisionnisme: Pourquoi la « grève de la faim » du Dr S. Romana-égo est une supercherie ?

16 Jan 2017
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Paris. Lundi 16 janvier 2017. CCN.  Le lobby des  békés  et des colons de la mémoire ont demandé au Docteur  S. Romana-égo d’entamer une action médiatico-spectaculaire pour obtenir du Sénat francais la  réintroduction de  l’article 20 A dans le très décrié projet de  loi  sur la pseudo égalité réelle dans les dernières  colonies  françaises.  Ainsi donc,  Romana-égo  qui n’est  qu’un néo assimilationniste  à la botte du pouvoir colonial souhaite que  SA date  ( le  23 mai ) soit  maintenue en France, comme étant LA date de commémoration des  «  victimes «   de l’esclavage. On note que Lurel (futur candidat au sénat ?)  a activé son lobbying hollandisto- maçonnique   et « recommandé » à Gillot et Cornano  pas au fait de ces questions , de déposer un contre- amendement  pour  rétablir  l’article supprimé par  le sénateur F. Desplan.  Cela dit vu de la Guadeloupe   la  pathétique et soit  disant « grève  de la faim » chantage  de  Romana-ego, fait sourire, car le personnage ne bénéficie plus  d’aucun crédit dans ce qui fut jadis  sa terre natale. Pour autant CCN  publie  un  long  message adressé aux parlementaires français par  L’Institut Tout Monde et  des associations  d’ex patriés , ainsi qu’une réaction du sénateur Desplan   soumise à notre rédaction. C ‘est à lire.


1/ Le message de l’ Institut Tout Monde aux parlementaires français.

 

 

 

Mesdames et Messieurs les Sénateurs,

 

le 11 janvier dernier, en considération de l’amendement suppression émis par votre collègue Félix Desplan, sénateur de la Guadeloupe, amendement visant l’article 20A du projet de loi Égalité réelle outre mer, la Commission des lois du Sénat a supprimé cet article du projet de loi. Cette décision courageuse prouve une prise en compte des risques considérables que contenait cet article, dangers sur lesquels nous avions attiré votre attention. Les Sénateurs Serge Larcher, Jacques Cornano, Maurice Antiste et Jacques Gillot ont décidé de déposer un amendement visant la réintroduction des dispositions prévues par l’article 20A. Vous aurez donc à vous prononcer au sujet de cet amendement. C’est aujourd’hui la raison de notre message, par lequel nous tenons à vous alerter, au nom de l’Institut du Tout-Monde et d’autres associations représentatives qui se sont mobilisées contre ces dispositions, depuis leur vote en première lecture à l’Assemblée. Le contexte du dépôt de cet amendement, vous le connaissez : c’est celui de la grève de la faim entamée par M. Serge Romana, président de l’association CM98, et du réel chantage qu’on tente d’exercer sur la » représentation nationale » à propos de ces dispositions contenues dans l’article supprimé. Nous nous élevons avec vigueur contre les pressions exercées sur les parlementaires par des groupements disant parler au nom de tous les descendants de cette histoire douloureuse de l’esclavage. Il s’agit là pour le moins d’un détournement de l’action associative, d’une usurpation et d’une supercherie par laquelle on tente de faire plier le Parlement. Ces revendications, qui ont été présentées comme émanant de toute une communauté, ne sont portées que par une part d’entre elle, et au surplus, se servant de cet argument falsifié de représentation, les tenants de ces dispositions prouvent bien pour quoi ils militent : que la République entérine en son sein et dans ses lois de manière inédite le communautarisme, le sectarisme et l’inspiration racialiste qui motivait cet article 20A. En reprenant les termes de cet article, l’amendement déposé par les sénateurs Larcher, Cornano, Antiste et Gillot falsifie les faits ayant trait aux dispositions légales encadrant la commémoration de l’histoire et de la mémoire de l’esclavage en France. S’il est vrai que le 10 mai, Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions, n’a pas été consacré par la loi, la circulaire le régissant vise une date nationale, qui puisse rassembler toute la nation autour de cette mémoire commune, en plus des dates existant outre mer. Dans l’inspiration de la Loi Taubira de 2001 reconnaissant l’esclavage comme crime contre l’humanité, cette journée nationale serait non seulement vidée de sa substance mais surtout dévoyée, si elle venait aujourd’hui comme y aspire cet amendement, à devenir une célébration des abolitionnistes, alors que le 23 mai célébrerait les victimes de l’esclavage colonial.

 

Mesdames et messieurs les Sénateurs,

 

soyez bien conscients qu’en ratifiant cette disposition, il s’agirait de ratifier une distinction racialiste et une logique communautariste dont ne se remettrait jamais cette célébration de la mémoire de l’esclavage qui avait trouvé dans les dispositifs légaux de 2001 et 2006 un équilibre précieux et mesuré. Sachez que cela constituerait un point de non-retour consistant par ailleurs en une cristallisation de l’identité des descendants de cette histoire dans un carcan victimaire insensé. Dans les attendus de cet amendement, on tente de vous faire croire que cela sera porteur d’apaisement dans le contexte délétère que connaît aujourd’hui la France. C’est en vérité le contraire : en enfermant toute une communauté dans une scission racialiste (le 10 mai pour les Blancs, le 23 mai pour les Noirs) et une victimisation délirante, les ferments de la division et de toutes les radicalisations possibles seront bel et bien semés par ces dispositions, si elles venaient à être réintroduites. Nous tenons à attirer votre attention en outre, sur le profond révisionnisme de l’histoire de l’esclavage porté par cet amendement : ainsi, les esclaves ne sauraient être enfermés dans une essentialisation victimaire qu’au prix d’une relecture et d’une manipulation de ce que fut la réalité de cette histoire, encore attestée par les travaux scientifiques les plus récents. Les esclaves n’ont jamais accepté le sort qui leur était fait, et ils furent à leur mesure, durant les siècles que dura l’asservissement, des résistants à l’oppression. Les réduire aujourd’hui à l’essence fixe, rigide et mensongère de « victimes » serait une insulte, ratifiée par la loi de la République, et la responsabilité de cette loi serait alors grave.

 Mesdames et Messieurs les Sénateurs,

 

vous ne nous verrez pas manifester ou en grève de la faim devant votre assemblée. Vous ne nous verrez pas engagés dans une campagne médiatique éhontée, propageant confusions, mensonges, démagogie. Vous ne nous verrez pas exercer un quelconque chantage honteux sur les représentants de la nation. Nous avons fait en sorte de porter démocratiquement nos convictions, et de vous alerter contre les dangers de cette opération. Nos seules armes : les articles de presse, la pétition et aujourd’hui ce message que nous vous adressons. Cette pétition en question, signée par près de 500 citoyens, parmi lesquels historiens, anthropologues, sociologues, universitaires de renom spécialistes de ces questions, écrivains et artistes, exprime à elle seule la préoccupation, l’émoi et l’opposition de tous ceux qui refusent qu’une seule association (réfléchissez-y : une seule association) puisse ainsi s’exprimer au nom de tous et prétendre être dépositaire à elle seule de la mémoire de tous. Nous tenons à votre disposition en annexe à ce message, le rapport d’étape concernant cette mobilisation et cette pétition. Nous le répétons : les meilleurs spécialistes, intellectuels et experts ont signé notre texte et se sont élevés contre cette manipulation en cours. La mémoire, Mesdames et Messieurs les parlementaires, est une construction commune marquée du sceau de la diversité et vécue dans l’ouverture, refusant les exclusives et les oukases de la loi. C’est une construction graduelle, patiente et fragile. La mémoire cherche dans la loi l’équilibre du bien commun qui doit émaner de chaque article, de chaque disposition législative. En s’éloignant de cet équilibre, ce sont des lendemains bien difficiles qu’on prépare à la reconnaissance par tous de ce passé douloureux. Sachez au surplus que contrairement à ce qui a été présenté par M. Victorin Lurel lors de la première lecture du texte à l’Assemblée le 5 octobre dernier, ces dispositions visées n’ont jamais été des réclamations des uns et des autres. S’agirait-il dès lors de faire de la loi le lieu de la consécration d’une association ? Au nom de quoi ? Le 23 mai 1998, tous les Antillais de France n’ont pas défilé à Paris, et si cette manifestation fut décisive, au nom de quoi sa date pourrait aujourd’hui permettre d’inscrire dans le marbre de la loi une date des victimes, journée nationale qui s’imposerait à tous ? Ceci constituerait un détournement de la loi à des fins privées, partiales et dirigistes. Nous ne l’accepterons pas.

 

Mesdames et Messieurs les parlementaires,

 

 la responsabilité qu’on tente de vous faire assumer au sein d’un projet de loi dont la nature est toute autre, à dominante économique et sociale (ces dispositions venant s’y adjoindre comme un réel cavalier législatif), cette responsabilité donc, est colossale. N’oubliez pas qu’une fois les questions si délicates de la lecture de l’histoire et de la mémoire sont modifiées par la loi, c’est pour de bon. Les dégâts d’une reconnaissance par la loi d’une identification victimaire, serait non seulement inédite mais de surcroît porterait atteinte aux équilibres ténus d’une communauté et de son insertion dans la nation. On ne dit pas impunément l’histoire en la relisant, dans une loi, sans risques réels. On ne définit pas la nature d’une identité de victime, sans qu’un jour ou l’autre, ceux au nom de qui on a parlé, se rebellent et brisent le carcan d’une essence qui leur est imposée. On ne succombe pas aux pressions spectaculaires et au chantage contre la représentation nationale sans qu’un jour ou l’autre, et dans l’accélération, ces agissements ne se retournent contre la société dans son ensemble.

 

 Nous vous demandons, Mesdames et Messieurs les Sénateurs,

 de résister à la réintroduction par cet amendement, d’une lecture révisionniste de l’histoire de l’esclavage, d’une phraséologie racialiste au cœur d’une loi de la République. Nous vous demandons de mesurer l’importance de ce qui est en jeu actuellement, en termes d’harmonie de la nation, et de ce « vivre ensemble » qu’on veut tant promouvoir aujourd’hui. Refusez que subrepticement, avec l’allure d’une sage réécriture, cet amendement ne vienne consacrer la division et les appropriations partisanes, au cœur d’une mémoire essentielle de l’histoire de France, une mémoire qui doit rassembler les Français et non les dresser les uns contre les autres.

 

2/Le Communiqué  du Sénateur Felix  Desplan

 

 A l’’évidence, le président du Comité Marche du 23 mai 1998 a de la suite dans les idées.
Débouté en 2006, lorsque la date du 10 mai, hautement symbolique du reste, a été préférée pour la commémoration nationale de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions, le voilà qui rebondit aujourd’hui, en quête de revanche.
En, effet, par le biais d’un article 20 A dans le projet de loi égalité réelle outre-mer, la loi du 30 juin 1983, fondatrice du principe de commémoration de l’esclavage, est modifiée et dispose désormais : « La République française institue la journée du 10 mai comme journée "nationale" de la commémoration de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions et celle du 23 mai comme journée "nationale" en hommage aux victimes de l’esclavage colonial ».
Par ce tour de passe-passe, voilà Monsieur Romana sur le point de transformer la manifestation annuelle du CM98 en une manifestation nationale, assouvissant ainsi son vieux rêve.
Arrêtons ces caprices d’enfant gâté. D’autres dates qui, elles, ont du sens, pourraient entrer elles aussi en compétition :
- le 23 août, date du premier soulèvement d’esclaves dans la colonie française de Saint-Domingue en 1791,
- le 28 mai : date du sacrifice de Delgrès avec ses compagnons à Matouba en 1802, pour empêcher le rétablissement de l’esclavage en Guadeloupe.
Par exemple.
Mais on le sait, à considérer une multitude de dates pour un même sujet, on crée de la confusion dans les esprits et, surtout, on dilue la portée émotionnelle du devoir de mémoire qu’on accomplit.
C’est pour cette raison que mon amendement a supprimé l’article 20A qui introduit une deuxième date de commémoration "nationale" le même mois, sur le même territoire et pour un même sujet.
Je suis convaincu qu’il est essentiel de retenir et de souligner que c’est par leur lutte, leur sacrifice, leur farouche détermination de chaque jour, leur bravoure et leur dignité dans le refus de cette situation que nos aieux ont arraché l’abolition de l’esclavage avec le soutien, à partir d’une certaine époque, de quelques grands humanistes français.

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