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Guadeloupe. Fric et politique : l'affaire de la CASBT est une bombe à fragmentation

13 Fév 2017
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Basse-Terre, Capitale. Lundi 13 février 2017. CCN. La semaine dernière, les enquêteurs de la Direction interrégionale de la police judiciaire (DIPJ) ont procédé à une série d'interpellations et de gardes à vue de cadres, d'employés et même d'un élu, tous proches de la Communauté d'agglomération du sud-Basse-Terre (CASBT). Fred Madinécouty, le directeur général des services (DGS), un fidèle des plus fidèles de Lucette Michaux-Chevry (LMC), dort en prison depuis vendredi. Selon nos informations, le DGS de la communauté d'agglo du sud-Basse-Terre qui est de santé fragile serait passé aux aveux complets. Ce sont ces révélations qui permettent d'affirmer que l'enquête, débutée il y a plus de six mois, va connaître très prochainement de très nombreux et importants rebondissements. Cette fois, ce sont des chefs d'entreprises et le personnel politique communautaire et municipal de Basse-Terre qui sont ciblés et concernés.


Dans ce genre d'affaire, où il est principalement question de blanchiment d'argent, de détournements de fonds publics, d'abus de biens sociaux, de trafics d'influence et d'escroquerie en bande organisée, les policiers, tout en menant une enquête préliminaire, procèdent le plus souvent à des écoutes téléphoniques. C'est sans doute par ce biais qu'ils ont su qu'une personnalité politique de premier plan utilisait fréquemment au téléphone le mot "épinard" pour désigner l'argent qui passait de main en main.

C'est aussi grâce aux écoutes qu'on a su que la veille de la perquisition à la CASBT, Fred Madinécouty, averti par un "ami" de l'imminence de l'action policière, a fait déménager en quatrième vitesse de la CASBT un certain nombre d'ordinateurs et de documents pour tenter de les mettre en lieu sûr. Sauf que les enquêteurs, informés de cette initiative, ont eu le temps de filmer l'opération et ont pu ainsi "récupérer" le matériel "déplacé". Une fois en garde à vue, le DGS de la CASBT qui a dû se sentir un peu "lâché" par son entourage politique, a donc décidé de tout balancer. Il est en effet passé aux aveux et a donc reconnu les faits. Il faut dire que les remontées sur une décennie de ses comptes bancaires ne pouvaient guère laisser planer de doutes sur la nature des opérations bancaires effectuées.  

Les aveux quasi-spontanés de Madinécouty sont donc comme une sorte de bombe à fragmentation. Ce genre d'engin explose avant d'atteindre sa cible et l'impact libère de nombreux éclats qui se propagent et touchent des cibles multiples. Qui risque d'être atteint par la "bombe Madinécouty" ? En premier lieu, Lucette Michaux-Chevry (LMC) mais aussi sa fille, le maire de la capitale et sans doute une élue communautaire d'une commune de la banlieue basse-terrienne. Cette élue, nous dit-on, connaît régulièrement des difficultés en fin de mois et a souvent besoin "d'épinards". 

La question politico-judiciaire qui se pose aux enquêteurs est celle de savoir si LMC peut être inquiétée et vraiment épinglée. L'ex-ministre, ex-maire de Basse-Terre et néanmoins ex-présidente de Région, a déjà été mise en examen dans de très nombreuses affaires mais elle a toujours jusqu'ici réussi à s'en sortir sans trop de dommages. Qu'on se souvienne qu'en février 1998, LMC alors présidente du Conseil Régional de Guadeloupe et sénateur-maire RPR-Objectif Guadeloupe, avait été mise en examen pour « détournement de fonds » par la juge parisienne Edith Boizette. C'était déjà la énième fois que l'ancienne ministre faisait l'objet de poursuites dans un dossier financier. Il s'agissait cette fois du dossier Michel Pacary, un agent spécialisé dans la négociation des dettes et prêts avec les collectivités et qui était soupçonné d'avoir versé des commissions occultes. On reprochait à Lucette Michaux-Chevry d'avoir perçu une partie des 860 000 francs (environ 121.000 euros) d'honoraires que la ville dont elle était maire, avait réglé à Pacary en 1988. Par ailleurs, la Chambre régionale des comptes de Guadeloupe avait adressé une lettre d'observations à LMC concernant sa « gestion de fait » du comité des oeuvres sociales de Gourbeyre et lui réclamait 1 195 000 francs, soit environ 182 176 euros.

Plus récemment, le 7 janvier 2016, LMC est pour la 10e fois mise examen pour détournement de fonds publics et trafic d'influence par personne investie d'un mandat électif et placée sous contrôle judiciaire. Au total, LMC a connu près d'une douzaine de mise en examen mais l'ex-dame de fer n'a jamais passé une seule nuit en prison. On notera que nombre de ses amis politiques ou ses proches dont Edouard Chammougon, Joel Beaugendre et aujourdhui son DGS, Fred Madinécouty ont eu moins de "chance".

Si la bombe explose,`qu'en sera-t-il cette fois-ci ? Les révélations-aveux de Fred Madinécouty seront-ils suffisants pour mettre en difficulté le maire, sa fille et d'autres élus communautaires ? Du côté des enquêteurs, il semble bien que cette fois-ci le dossier, s'il est abouti, soit suffisant pour envoyer l'ex-ministre à Baie Mahault. Mais les policiers et les magistrats savent aussi qu'une éventuelle arrestation de LMC à 88 ans et à Basse-Terre, ne serait pas sans risques pour l'ordre public. Les partisans de "Lucette" sont encore très nombreux. La semaine dernière, la mise sous écrou de Fred Madinecouty a créé quelques incidents, notamment avec les journalistes présents. Le pouvoir judiciaire n'ignore pas cette donne. Mais est-ce suffisant pour freiner voire stopper la machine judiciaire ?`Sur le plan strictement politique, une éventuelle arrestation de Lucette Michaux-Chevry serait un autre coup dur pour la droite basse-terrienne déjà très divisée et aux abois depuis l'affaire Fillon. Le soutien en ordre très dispersé à l'ex-premier minitsre français d'un coté, par le groupuscule LR de Sonia Pétro et de l'autre, par celui un peu plus imposant conduit par Louis Molinié et Marie-Luce Penchard, prendrait un sérieux coup. D'autant que dans le sud-Basse-Terre, les candidatures aux législatives se multiplient et semblent donner une petite chance au député sortant, Victorin Lurel. 

Cette affaire de la CASBT et ses conséquences politiques tombent comme une aubaine, une sorte de "cadeau", pour l'ex-président de Région qui n'en espérait pas autant.`Faut-il dès lors se demander, à qui profitera la bombe Madinecouty ? Cette  enquête et son déroulement très spectaculaire ne semblent pas être le fruit du seul hasard... ou alors hasard du calendrier électoral.

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