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Guadeloupe. Politique : le soutien à la Guyane s’organise, se radicalise, avec à terme un mouvement social de grande ampleur

06 Avr 2017
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Pointe-à-Pitre. Jeudi 6 Avril 2017. CCN. Cette fois-ci, ça y est ! Les 10 organisations syndicales guadeloupéennes qui étaient, mercredi soir, réunies en meeting de « soutien au peuple guyanais » ont annoncé clairement la couleur : l’hypothèse d’un nouveau mouvement social de grande ampleur n’est plus à écarter. Des questions se posent : Interviendra-t-il avant les « grandes vacances » ou sera-t-il le « cadeau » de bienvenue et de rentrée du prochain gouvernement français issu des élections ? Peut-on penser qu’un LKP-bis soit possible ? Les salariés, les entreprises, les syndicats et les Guadeloupéens en général sont-ils prêts pour un nouveau grand mouvement social ? Etat des lieux après le premier meeting pour la Guyane.


Henri Berthelot, le secrétaire général de la CFDT, l’a dit et le nombreux public l’a chaudement applaudi : il y a bien longtemps que toutes ces organisations, qui ont participé au LKP en 2009, ne s’étaient pas ainsi retrouvées « la main dans la main ». Henri Berthelot qui est pourtant un syndicaliste très modéré, a haussé le ton. Critiquant le système colonial, l’attitude des deux assemblées majeures, et tout particulièrement Ary Chalus, qui dit il « s’est empressé d’appliquer la loi NOTRe sans en mesurer les conséquences ». Le secrétaire-général de la CFDT a très clairement évoqué la question du statut politique de la Guadeloupe allant jusqu'à préciser que la Guadeloupe devrait envisager un changement. S’agissant de la Guyane, le leader syndicaliste a parlé d’autonomie voire d’independance.

La tonalité n’était pas très différente quand Jean-Marie Nomertin, secrétaire de la puissante CGTG, a exprimé le soutien résolu de son organisation au peuple guyanais. Au passage, il a rappelé que la CGTG s’est déjà prononcée pour l’autonomie de la Guadeloupe.

Puis, comme aux meilleurs moments du LKP 2009, c’est Elie Domota, le secrétaire général de l’UGTG, qui a eu le dernier la parole. Il a d’abord dénoncé l’attitude du Medef Guyane qui vient de quitter le « mouvement social, » ce qui pour lui était plus que prévisible. Ensuite, Elie Domota n’a pas manqué lui aussi d’accuser et de stigmatiser le système colonial français et de démontrer, preuves historiques à l’appui, que la prétendue nationalité française des Guadeloupéens n’était qu’une fiction. Le leader du LKP 2009 a ensuite réaffirmé que la solution de tous les problèmes économiques et sociétaux de la Guadeloupe passait nécessairement par un « kaskod », c’est à dire une rupture totale et définitive avec l’état colonial. Au cours de ce meeting, Elie Domota s’est donc clairement prononcé pour l’independance nationale de la Guadeloupe, ce qu’il ne faisait jamais quand il parlait au nom du LKP. Est-ce anormal ? Non, car il faut rappeler que dès sa création en 1973, l’UGTG prit une résolution pour l’Indépendance de la Guadeloupe. À l’époque, le leader de l'UGTG qui vient tout juste d'avoir 50 ans, était encore sur les bancs de l’école primaire.

Ce meeting de soutien à la Guyane, on s’en est vite aperçu, a été pour les organisations présentes d’abord l’occasion de faire un rapide débriefing sur les luttes syndicales en cours mais surtout de prendre date pour un mouvement social qui pourrait être aussi important que celui de la Guyane. Elie Domota l’a dit et redit : les 3 Guadeloupéens qui se sont succédés au ministère des Dernières Colonies francaises, à savoir Marie-Luce Penchard, George Pau-Langevin et Victorin Lurel n’ont pas d’avantage que la réunionnaise Erick Bareights réussi à répondre aux aspirations des peuples concernés. Bien au contraire. 8 ans après le LKP de 2009, cela a été aussi dit hier soir, que ce soit pour le panier de la ménagère (loi Lurel) ou les produits pétroliers, la pwofitasyon n’a pas changé.

Il semble bien que cette crise guyanaise aura donc été pour les organisations syndicales de la Guadeloupe le détonateur ou la mise à feu probable d'une situation qui demeure explosive en Guadeloupe. Cinq ans après l'avènement en France de François Hollande et d'un pouvoir dit "socialiste", après deux mandatures de Victorin Lurel à La Région et le forcing qu’il fit pour renvoyer aux calendes grecques tout changement statutaire, la Guadeloupe est plus malade que jamais. Le chômage des jeunes, la précarité de l’emploi, les promesses non tenues des organismes telles que le Pole emploi, la suppression d'emploi dans l’éducation, la délinquance, l'insécurité, le coût de la vie exorbitant, autant de thèmes qui ont été ressassés tout au long de la soirée et qui font écho avec la Guyane. Pour les 10 organisations syndicales présentes, la situation est donc mûre. Des rencontres de travail sont déjà prévues entre toutes ces organisations syndicales. Alors que de son côté, la classe politique traditionnelle, autiste comme à l’habitude, reste très éloignée de ces problématiques. Une fois de plus, occupée à préparer les élections présidentielles françaises et les législatives qui vont suivre, elle risque d’être surprise par ce qui se trame.

Les partis nationalistes guadeloupéens vont, eux aussi, se rencontrer. On le voit, le « scénario » de la prochaine crise est déjà en train de s’écrire. Reste à savoir la date de sortie du « film » quoiqu'en Guadeloupe, quand la crise prend de l’ampleur, ce n’est jamais du cinéma. 50 ans après les massacres de mai 1967, les Guadeloupéens n’ont rien oublié.

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CCN

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