Breaking News

Suivez CCN sur : 

CMA ZCL TV

Guadeloupe. Josette Borel-Lincertin : « il faut aussi bien lutter contre la violence que contre ses causes »

27 Avr 2017
717 fois

Pointe-à-Pitre. Jeudi 27 avril 2017. CCN. Depuis le début de l’année les meurtres et assassinats se multiplient. Comme en 2016, la Guadeloupe vit au quotidien dans une spirale de violences le plus souvent conjugales ou familiales. C’est dans ce contexte particulièrement pénible que la présidente du Conseil départemental (CD), Josette Borel-Lincertin, lance les « 1ères Assises de la famille ». Ainsi donc, pendant près de 9 mois, toute une série de manifestations et d’initiatives seront prises dont l’objectif principal est de tenter de retrouver cet « espri fanmi » qui semble avoir disparu dans la société guadeloupéenne. Ces « Assises » seront donc aussi l’occasion de s’interroger sur les causes profondes de toutes ces violences. Pourra-t-on y trouver remède ? Pourquoi la société guadeloupéenne s’est-elle à ce point délitée ? N’est-il pas le temps de (re) prendre en compte une évidence que nos politiques essaient de gommer à savoir la Guadeloupe de 2017 est toujours une société coloniale qu’il faut éradiquer ? CCN publie ci-dessous le discours de la présidente du CD.  C’est à lire.


Une démarche de démocratie participative, une démarche de consultation populaire, une démarche de réflexion collective : les Assises de la Famille.

Je veux saluer en tout premier lieu, et tout particulièrement, nos partenaires institutionnels, qui ont choisi de s’inscrire avec enthousiasme dans cette aventure, et qui ont su mesurer l’extraordinaire enjeu qu’elle peut représenter pour notre cohésion sociale et pour notre vivre ensemble.

Je veux parler de la CGSS, de la CAF, du Rectorat, de l’association des maires, de l’ARS et de l’UDAF.

Leurs dirigeants et représentants sont ici présents pour la plupart et je tiens à les remercier chaleureusement.

 

Souvenez-vous…

L’année 2016 a été une année terrible, du point de vue de la recrudescence des faits de violence en Guadeloupe. Homicides en nombre, agressions, incivilités, braquages, se sont succédés en une litanie tout simplement insupportable.

Le paroxysme a été atteint, vous le savez, lorsque Yoann Equinoxe a été tué à la sortie de son lycée, par un adolescent à peine plus âgé que lui, qui tentait lui dérober son téléphone portable.

Ce jour-là… Ce soir-là… Cette semaine-là… Même si ce n’était ni le premier, ni le dernier des crimes de sang, nous avons tous ressenti une émotion profonde et légitime, une émotion à la fois individuelle et collective.

Et nous avons été nombreux à avoir le sentiment diffus, face à cette tragédie, que nous étions face à l’illustration dramatique d’une faillite.

Mais laquelle ?

Faillite des services sociaux et des instances judiciaires en charge de leur accompagnement ?

Faillite du système éducatif ?

Faillite de notre société dans son ensemble ?

Faillite, donc, aussi, de nos familles ?

 

Ce sont là des questions difficiles mais incontournables.

 

Dans l’exercice de mes responsabilités, en tant que présidente du Conseil départemental, les professionnels de la protection de l’enfance et de la jeunesse m’alertent continuellement.

Par ici des familles en difficulté où la parenté est fragile …

Par-là, des démissions parentales qui mettent les enfants à la rue, ailleurs des jeunes qui commettent l’irréparable dans les quartiers …

Mais dans notre petite Guadeloupe qui peu à peu semble s’habituer à une violence ordinaire, ne sommes-nous condamnés qu’à défiler aux cris de plus jamais ça ou aux marches blanches?

Je ne le crois pas.

Aussi, lorsque Monsieur le Préfet a appelé les pouvoirs publics à coordonner leurs interventions au sein d’un plan de coproduction de sécurité, pour contre la délinquance et la criminalité dans notre département, il m’est tout de suite apparu que le temps était venu de se poser les bonnes questions.

Mais il faut aussi bien lutter contre la violence que contre les causes de la violence.

Je crois que nous, adultes, nous  devons assumer la responsabilité du monde dans lequel nous faisons naître et grandir nos enfants. Et lorsque le taux de violence menace la cohésion de notre société,  je dis  qu’il faut  prendre une pause, le temps qu’il faut, pour se poser les bonnes questions, prendre  les bonnes décisions et adopter les bons comportements.

 

J’ai donc souhaité que le Conseil départemental, prenne toutes ses responsabilités, en réinvestissant et renouvelant les politiques publiques qu’il conduit à l’endroit des familles.

Alors me direz-vous : « Pourquoi des assises de la Famille ? »

A cela je répondrai que la première institution que chaque citoyen croise dans sa vie, c’est : la famille.

Que la rencontre ait été heureuse ou malheureuse, épisodique ou continue : personne n’y échappe ! Alors…quand il s’agit de famille : tout le monde à son mot à dire !

C’est dans la famille qu’on fait ses premiers apprentissages : marcher, parler, être respectueux, s’entraider, accepter l’autorité, aimer l’école et respecter ses professeurs et les autres en général.

C’est la famille qui nous enseigne nos traditions, nos manières de danser, de fêter, de cuisiner…

C’est au sein de la famille qu’on apprend, qu’on est aimé et qu’on apprend à exprimer de l’affection à l’autre : frères, sœurs, grands-parents, oncles, parrain, taties...C’est d’abord avec toutes ces personnes qu’on apprend la relation à l’autre.

C’est encore au sein de la famille, qu’on apprend à patienter pour obtenir ce que l’on demande. Oui, c’est en premier lieu dans sa famille, que l’enfant apprend tout cela.

La famille a un donc rôle fondamental dans la construction de nos identités citoyennes, personnelles et culturelles or je constate avec effroi, que certaines n’assurent plus ces apprentissages de base …

Il faut donc que nous en parlions.

Et je veux être claire : si certains pensent que la famille est peut être un problème aujourd’hui, moi je pense au contraire que la famille peut être une solution.

 

Elle peut être une solution, pour peu que l’on prenne le temps de s’interroger sur son rôle et sa place dans la Guadeloupe d’aujourd’hui,  sur ses attentes et sur ses besoins, sur ses forces, sur ses faiblesses, sur ses contradictions aussi.

 

 

Ma méthode  j’en conviens, est inédite et peut surprendre mais, rappelez-vous, j’avais annoncé dès mon investiture, que je souhaitais « faire de la politique autrement », en étant « plus à l’écoute de la population afin d’adapter les politiques publiques aux évolutions de la société guadeloupéenne ».

Je l’entends tous les jours : les citoyens en ont assez de la démocratie en pointillé, qui les convoque aux urnes tous les 6 ans, pour ne rien leur demander après.

Ainsi dès lors qu’il s’agit de sujets touchant leur vie personnelle, je pense qu’il faut associer les Guadeloupéens, le plus étroitement possible, aux processus de réflexion et de décision qui les concernent.

S’il s’agit de famille, je considère qu’il n’y a pas d’autres experts que les gens eux-mêmes !

Ma méthode consistera donc à associer tout le monde !

Toutes les forces vives, toutes les générations, tous les citoyens quelle que soit leur origine, leur style de vie, le type de leur famille… … Les enfants, les jeunes…Les célibataires et les couples sans enfants ! Les syndicats, les églises… J’appelle tout le monde à venir s’exprimer !

Il y a un enjeu de démocratie et j’ai bien l’intention de permettre au Conseil départemental de perpétuer ses liens de proximité  avec les citoyens

Ces assises de la famille seront l’occasion de nous interroger sur le sens que chacun d’entre nous donne aujourd’hui à cette institution.

Et nous en avons des questions fondamentales à nous poser ! 

Qu’est-ce qu’un parent ? Mettre un enfant au monde suffit-il pour construire une parenté ? Mais aussi : Comment lutter contre l’isolement de nos aînés ? Comment accompagner les jeunes parents ? Comment ramener un adolescent sur le « droit chemin » ? Comment aider les familles en proie à la violence  quotidienne ? Comment soutenir et ré-impulser les solidarités de voisinage en particulier envers nos aînés ?

 

Il faudra se poser des questions sur la force du lien conjugal, des liens de fraternité, des liens avec les grands parents, les oncles, les taties.

Dans le temps, les visites aux vieux parents (aïeux, grands oncles, grandes tantes) avaient un caractère obligatoire : tout cela forçait à l’entraide, aux échanges, aux services…

Aujourd’hui, chacun s’isole pour discuter sur l’ordinateur ou son Smartphone, avec des amis virtuels…On vit tous en famille, mais chacun a sa vie et, force est de constater que là où ils devraient être les plus forts, les liens familiaux, les liens de solidarité, s’effritent.

Oserai-je rappeler que la fraternité est une valeur familiale avant que d’être républicaine !

Mais que s’est-il passé pour que nous en soyons là aujourd’hui ?

Notre famille est-elle en crise ? Je n’en sais rien… Ce que me disent les travailleurs sociaux, les magistrats, c’est que de moins en moins elle socialise l’enfant, et de moins en moins elle s’érige en rempart contre l’exclusion.

Il nous faut donc prendre le temps de parler de tout cela.  De comprendre tout cela.

La notion de temps est fondamentale. C’est un processus qui est lancé aujourd’hui et cela prendra des mois, car je ne veux pas qu’on s’en tienne seulement aux constats.

Avec ces Assises, il s’agira de dessiner les pistes de solutions permettant de mieux armer les familles, afin qu’elles deviennent ce qu’idéalement nous souhaitons qu’elle soit.

Le temps de la rencontre durera 9 mois, d’avril à décembre. C’est le temps qu’il faut pour porter et mettre au monde un enfant.

Durant ce temps, il ne sera question ni de culpabiliser nos familles  ou pire, de prétendre qu’elles seraient la réponse à tout.

Mais si nous sommes tous d’accord pour dire que la famille influence le comportement affectif, individuel et social de tout individu, et bien, à la lueur des faits de violence et de délinquance que nous subissons,  nous ne pouvons plus faire l’économie d’une réflexion sur l’état de la famille Guadeloupéenne.

 

Je conclurai en vous disant que c’est résolument à partir de ces Assises, que je veux infléchir la politique départementale à l’égard des familles.

Une politique que je veux toujours aussi solidaire, mais plus adaptée, aux problématiques qui l’encombrent. 

Évaluer cet élément
(1 Vote)
CCN

Webzine cari-guadeloupéen créé en 2008. Notre premier objectif est d'établir par ce biais un véritable lien entre les caribéens, qu'ils soient francophones, créolophones, anglophones, hispanophones. L'information est donc pour CCN une matière première d'importance capitale.

Site internet : www.caraibcreolenews.com
Connectez-vous pour commenter

Toute l'actu de la Guadeloupe et des Caraïbes.

Articles Populaires