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France. Nomination : La Légion d’honneur pour l’historienne Nelly Schmidt

10 Mai 2017
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Paris. Mercredi 10 Mai 2017. CCN. L’historienne française Nelly Schmidt qui vient d’obtenir la légion d’honneur, a séjourné en Guadeloupe au début des années 70 et a enseigné à Basse-Terre, et à Pointe-à-Pitre. Elle est l’auteure d’un nombre considérable d’ouvrages très documentés qui concernent la période la période esclavagiste dans notre Caraibe dont le remarquable : » La France a t-elle aboli l’esclavage ? » (Editions Perrin. 2009). Au niveau de la recherche historique Elle a beaucoup travaillé avec le CERCAM de Oruno. D Lara, historien guadeloupéen « expatrié » qui a soumis à CCN cet article 

1/Qui est Nelly Schmidt ?

Par Orubo Denis  Lara


Johann Schmidt , sa femme Amélie et leur sept enfants arrivent en 1872 dans la région parisienne en provenance de Mulhouse en 1872, à la suite du choix imposé aux Alsaciens entre la nationalité allemande en restant sur place et la nationalité française, en quittant la région. Les générations précédentes étaient issues elles aussi d’un courant migratoire, originaires d’Allemagne et de la Confédération helvétique.

En effectuant des recherches approfondies sur Victor Schoelcher  Nelly Schmidt historienne, découvrit avec surprise qu’une branche de sa famille – les Hoffman - avait une parenté avec celle de Victor Schoelcher  remontant au XVIIIe siècle.

Au moment de choisir une spécialité universitaire, Nelly Schmidt hésite pendant deux jours entre Langues et civilisation germaniques et Histoire. Elle opte pour l’Histoire et s’inscrit à la Sorbonne où elle est impressionnée par les cours de Pierre VILAR. A la fin de ses études supérieures, elle choisit - momentanément – pour la maîtrise, un sujet associant Histoire et Etudes germaniques : « La Guerre des Paysans en Allemagne au XVIe siècle ». Un sujet trop vaste fondé sur des sources trop dispersées pour une recherche d’une année. ORUNO D. LARA qu’elle rencontre l’oriente vers l’Histoire économique et maritime. Elle présente en fin d’année un mémoire de maîtrise sur « Saint-Malo à la fin du XVIIIe siècle, 1785 ».

Après sa réussite au concours d’enseignement du secondaire, Nelly Schmidt  suit au Collège de France des cours du Professeur Fernand Braudel qui la prépare au Doctorat. A cet effet, elle s’inscrit sur un sujet portant sur « La vie politique en Guadeloupe au début de la période post-esclavagiste, 1848-1871 ».

Voulant connaître le milieu de ses investigations, elle se rend en Guadeloupe où elle enseigne au lycée Gerville-Réache à Basse-Terre puis au lycée Baimbridge à Pointe-à-Pitre de 1972 à 1975. Elle se heurte, lors de sa première année d’enseignement, au proviseur du lycée Gerville-Réache qui lui reproche d’avoir, en cours de géographie portant sur les climats, choisi d’illustrer son propos en prenant pour exemple les différences entre « côte au Vent » et « côte sous le Vent » ainsi que les gradations de température entre la ville de Basse-Terre et le sommet du volcan de la Soufrière. Le proviseur la fait appeler dans l’heure qui suit , lui reproche ces « illustrations locales » et par conséquent de « sous-estimer les bienfaits de la civilisation française aux Antilles »… Quelques semaines plus tard, lors de la visite d’un inspecteur auquel l’incident a manifestement été rapporté, si son cours est apprécié, le monsieur s’étonne qu’elle ait été nommée en Guadeloupe « sans enquête préalable ». De quoi vous forger, dès vos débuts, une solide opinion sur le monde colonial.

Sa thèse de Doctorat d’Histoire soutenue en 1978, lui ouvre dans la foulée les portes du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) où elle est nommée chargée de recherche. Elle présente un projet de recherche au concours d’entrée au CNRS qui lui a été conseillé par Oruno D Lara: « Victor Schoelcher et le processus de suppression de l’esclavage aux Caraïbes ».

Ce sujet devient sa thèse de doctorat qu’elle soutient en 1991 à l’université Paris IV: doctorat d’Etat ès-Lettres et Sciences Humaines en Histoire contemporaine.

Sa carrière au CNRS s’effectue en liaison étroite avec l’enseignement dans quatre universités : Université Paris X, Centre d’histoire de la France contemporaine avant de rejoindre dès sa création en 1983 à l’université Paris X-Nanterre l’équipe du CERCAM dirigée par O D. Lara en accord avec le Conseil scientifique de cette université, le Centre de recherches Caraïbes-Amériques (CERCAM) fondé en tant qu’Axe prioritaire de recherche. Elle participe avec ce dernier aux enseignements et aux séminaires de Recherche dispensés sous les auspices du CERCAM dans un domaine privilégié : l’espace des Caraïbes.

Affectée à l’université d’Aix-en-Provence, Aix-Marseille, puis à l’université Paris I et enfin, depuis 1997, à l’université Paris IV-Sorbonne, au Centre Roland Mousnier, Nelly SCHMIDT coordonne les axes de recherche et de séminaires « Esclavage, abolitions de l’esclavage et politiques coloniales européennes. Perspectives comparatives,  XVIIIe-XXe siècles » et « Témoins directs de l’esclavage dans les colonies, Caraïbes, XVIII-XXe siècles ».

Nelly Schmidt dispense chaque année un séminaire de recherche comme membre de l’Ecole doctorale d’Histoire de l’université où elle est affectée.

Elle a été invitée à assurer un séminaire à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales – Paris durant les années 1985-1988.

2/ La thématique de ses recherches et travaux est la suivante :

-       Esclavage aux Caraïbes-Amériques ;

-       Abolitions, abolitionnistes de l’esclavage et politiques coloniales européennes, XVIIIe-XXe siècles ;

-       Témoignages directs sur l’esclavage et sa suppression, XVIIIe-XIXe siècles ;

-       Edition critique de documents rares sur ces thèmes ;

-       Enseignement et médiatisation des traites d’êtres humains, de l’esclavage, des résistances et des abolitions.

Nelly Schmidt  poursuit parallèlement une collaboration active aux travaux du Centre de recherches Caraïbes-Amériques (CERCAM), fondé et dirigé par  ORUNO D. LARA, qui publie notamment deux séries d’ouvrages, Cimarrons et Espaces Caraïbes.

Elle s’associe également aux initiatives prises par le directeur-fondateur du CERCAM dans le domaine pédagogique, pour la publication de plusieurs ouvrages pour le Centre national de documentation pédagogique. Le CERCAM réalise également une série de courts documentaires audiovisuels sur le patrimoine de la Guadeloupe et de la Martinique, une production à laquelle elle est associée. Elle publie également de nombreux articles scientifiques et chapitres d’ouvrages collectifs.

 

Le CERCAM avec le concours de Nelly Schmidt  organise des colloques (notamment  au Sénat et à la Sorbonne), des journées d’étude et des conférences (Sorbonne), des expositions, dont une sur L’esclavage, dans le cadre du Musée de l’Homme en 1993, réalisée à partir des objets conservés par le musée dans ses Départements Amérique et Afrique, et une exposition de photographies et documents intitulée  Histoire de l’esclavage, diffusée à Paris et dans plusieurs communes de sa banlieue.

Nelly Schmidt , nommée par décret présidentiel membre du premier Comité pour la mémoire de l’Esclavage de 2004 à 2009, participe aux travaux instaurés suite au vote de la loi du 23 mai 2001 qualifiant la traite négrière et l’esclavage en tant que crimes contre l’humanité. Ses ouvrages, en particulier son Victor SCHŒLCHER constituent une référence incontournable pour qui veut comprendre l’abolition de l’esclavage par la France.

De 2011 à 2014, Nelly Schmidt est nommée membre (rang A) du Conseil National des Universités (CNU), ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Section 22, Histoire et civilisations : histoire des mondes modernes, histoire du monde contemporain ; de l’art ; de la musique. Le CNU examine les dossiers de candidats à des postes d’enseignement universitaire.

Directrice de recherche au Centre national de la recherche scientifique (Université Paris IV-Sorbonne), Nelly Schmidt débute en 2003 une collaboration régulière aux travaux de l’UNESCO :

Elle devient membre du Comité Scientifique International du projet de l’UNESCO « La route de l’esclave » en 2009, comité dont elle est élue présidente en 2015, jusqu’à ce jour.

Elle participe aux réunions régulières du Comité Scientifique International « La Route de l’esclave » de l’UNESCO, à Paris, au Brésil, en Colombie, au Nigeria ou au Cap Vert.

Elle publie Victor Schœlcher aux Editions Fayard en 1995, qui obtient le Prix du Livre RFO, doté d’un voyage en Nouvelle-Calédonie.

La même année 1995 paraît L’engrenage de la liberté. Caraïbes, XIXe siècle (Publications de l’université de Provence) et La correspondance de Victor Schœlcher (Editions Maisonneuve et Larose).

Elle prépare un gros volume d’analyse et d’étude des courants abolitionnistes français et étrangers de l’esclavage au XIXe siècle qui paraît en 2000, intitulé Abolitionnistes de l’esclavage et réformateurs des colonies. Analyse et documents, 1820-1851 (Karthala).

Elle publie ensuite une Histoire du métissage aux Editions La Martinière en 2003, sollicitée par le professeur Alain Corbin qui dirige une nouvelle collection.

Puis en 2005, L’abolition de l’esclavage. Cinq siècles de combats, XVIe-XXe siècles aux Editions Fayard.

La France a-t-elle aboli l’esclavage ? Guadeloupe, Martinique, Guyane, 1830-1935, paraît aux Editions Perrin en 2009.

Lettres sur l’esclavage et l’abolition dans les colonies françaises, 1840-1850, Abbé Casimir Dugoujon, aux Editions L’Harmattan en 2015.

Histoire, mémoire, Héritage. Un Agenda pour Dix ans, La Route de l’esclave : résistance, liberté, héritage, est publié par l’UNESCO en 2015.

Elle réalise pour les Archives nationales d’outre-mer l’exposition virtuelle Les abolitions de l’esclavage en 2014, lesabolitions.culture.gouv.fr.

Nelly SCHMIDT est également l’auteur de l’introduction du recueil de textes Esclaves publié par les Archives nationales d’outre-mer (ANOM, Aix-en-Provence) en 2004.

Participant à de nombreux colloques, nationaux et internationaux, elle assiste notamment aux conférences annuelles de l’American Historical Association aux Etats-Unis où elle représente le CERCAM.

Nelly SCHMIDT a obtenu  plusieurs prix pour ses travaux d’historienne, citons en particulier :

Le prix du Livre RFO en 1995, doté d’un voyage en Nouvelle-Calédonie.

Le Prix littéraire des « Caraïbes » de l’Association des Écrivains de Langue Française, 1995.

Les Prix d’Histoire Politique ‘Jean SAINTENY’ de l’Académie des Sciences Morales et Politiques, Institut de France, 1996.

Le Prix ‘Lucien de REINACH’ de l’Académie des Sciences Morales et Politiques, 2001.

Le Prix Monsieur & Madame Louis MARIN de l’Académie des Sciences d’Outre-Mer, 2001.

Le Prix des Caraïbes des Trophées des Arts Afro Caraïbes, Meilleur Essai 2009 pour La France a-t-elle aboli l’Esclavage ?

Nelly Schmidt a été commissaire de plusieurs expositions avec catalogues, notamment  Victor Schœlcher en 2004, pour la commune de Houilles (78), ville où l’abolitionniste passa les dernières années de sa vie et où il mourut en 1893, ainsi que :

Traite négrière, Esclavage, Abolitions. Mémoire et Histoire (co-auteur), pour le Secrétariat d’Etat à l’Outre-Mer en 2009, et

Combats pour une abolition. Esclavage – Abolitions – Droits de l’Homme, dans le cadre du Conseil général des Yvelines en 2010 à Versailles, Orangerie de Madame Elisabeth.

Elle est également l’auteur de plusieurs sites Web, notamment sur les Documents inédits de Victor Schœlcher pour le Conseil général de Martinique, Bibliothèque Schœlcher, Fort-de-France et Archives départementales de la Martinique, et pour le site du Sénat.

 

3/ CONTREPOINT

 

Nelly Schmidt a formé plusieurs générations d’historiens, de chercheurs en sciences sociales et humaines. Elle a été la première et la seule jusqu’à présent à diriger les recherches au niveau du doctorat de spécialistes associant Histoire et Musique (Musicologie, ethnomusicologie).

Il faut le dire, à mi-voix, nonobstant sa simplicité, sa modestie naturelle, Nelly SCHMIDT est une dame discrète, raffinée, une personne circonspecte, réservée. Un professeur qui a l’art de vous entraîner sur des pistes inconnues. Une artiste, pianiste à ses heures dans le silence d’une soirée lunaire propice à l’écoute d’une sonate de Beethoven (Op. 47 – N° 2, Quasi una Fantasia, en ut dièze mineur) ou d’une pièce de la suite bergamasque, pour piano, de DEBUSSY. Certain jour, une oreille attentive peut entendre les notes du troisième nocturne (Liebstraüme) de LISZT voire la Pavane pour piano de RAVEL. Ancienne élève de l’École du Louvre, elle possède une collection inestimable de documents et d’illustrations qui génèrent des « tableaux d’une exposition » non pas au sens de MOUSSORGSKY mais comme l’entend ORUNO D. LARA dans son ouvrage phare : De l’Oubli à l’Histoire - Espace et identité Caraïbes – Guadeloupe Guyane Haïti Martinique (1998).

Au vrai, Nelly Schmidt, c’est une personnalité délicate, dans un corset de fer ! Une historienne jusqu’au bout des ongles, des doigts de sage-femme qui se révèlent au toucher, quand elle exprime ses joies et ses peines aux amis intimes. Elle a perdu son père qu’elle aimait tant et sa mère, une grande sœur avec laquelle elle a vécu pendant plusieurs années, jusqu’à son décès à Epinay-sur-Seine, un  « village » où tant de SCHMIDT ont été des habitants exemplaires. Un de ses oncles, pendant la guerre et l’Occupation, imbriqué dans la résistance, trahi par un voisin, est mort dans un camp de concentration célèbre (Auschwitz).

Nelly Schmidt se découvre, on apprend à la connaître si et seulement si elle permet qu’on l’approche. Rarement, elle se laisse aborder par tribord, quand la mer file au suroît.

Car c’est une dame de la mer, ou plutôt de la Méditerranée des Caraïbes. Elle a navigué depuis le temps de ses vingt ans, quand elle passait de la Guadeloupe, qu’elle connaît si bien, à Cuba, de la Dominique au Venezuela dans le sillage des familles insulaires échappées du système esclavagiste français, de la Colombie au Panama ou vers Haïti et les USA, en passant par les quatre Guyanes, un bouclier où elle a tant d’attaches !

Quand on l’écoute évoquer son enfance, on voit les péniches remonter dans le souvenir de la petite Nelly Schmidt T qui rêvait à sa fenêtre donnant sur le fleuve. Des embarcations qui s’époumonent à naviguer jusqu’au Rhin. Des péniches essoufflées, moteur battu que vous retrouvez à l’extrême fin du Voyage au bout de la Nuit de CÉLINE, son auteur préféré.

Nelly Schmidt  se distingue de ses collègues du CNRS et de l’Université française : elle ne parle jamais d’elle !

Vous ne saurez pas ce qu’elle pense, là où d’autres aiment s’étendre sur des futilités. En revanche, vous aurez toutes les sources, tous les arguments du problème qu’elle soulève avec minutie dans une conférence ou dans une communication à un colloque. Vous comprendrez plus tard, longtemps après, en y réfléchissant, qu’elle avait raison et tout paraîtra clair. Très clair !

On s’aperçoit finalement en la regardant que Nelly Schmidtc’est la clarté du soleil levant, au petit matin sur la plage à l’heure où se promenant pieds nus, on côtoie les crabes rouges qui se dorent entre deux vaguelettes se brisant contre les raisiniers…

Près des icaques, assise, silencieuse, Nelly Schmidt réfléchit : elle s’interroge, se demandant comment exposer à ses étudiants chercheurs et à ses futurs lecteurs, la complexité de la plantation sur laquelle sonne la cloche de la liberté en 1848 … Un ouvrage qu’elle médite depuis plusieurs années…

Ne la dérangez surtout pas, elle façonne l’Histoire !

 

ODL & L’Équipe du CERCAM 

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