Guadeloupe. Culture Startup : en avant, marche ?

23 Mai 2017
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Cédrick Francietta, co fondateur Rocket Entrepreneur, animant le Workshop "comment lancer sa startup à partir de rien ?" Cédrick Francietta, co fondateur Rocket Entrepreneur, animant le Workshop "comment lancer sa startup à partir de rien ?" Alexandra Giraud

Jarry. CWTC. mardi 23 mai 2017. CCN. StartUp.gp, c’était vendredi dernier toute la journée au World Trade Center, en plein cœur de la zone économique de Jarry. Une manifestation rassemblant de nombreux professionnels, partenaires et startepers en herbe ou confirmés. L’occasion de s’informer et d’apprendre, mais également de se demander : dans quel état se trouve l’écosystème startup en Guadeloupe aujourd’hui ?

 

Workshops (ensemble d’ateliers pratiques animés par des experts), tables rondes et cocktail en musique : 3 temps forts qui ont rythmé la journée « StartUp.gp ». Cet événement a pour but chaque année et depuis 2013 de prodiguer aux participants de précieux conseils pour se lancer sur la bonne voie de la culture startup.

 

Startup vs. entreprise classique : quelles différences ?

Selon Xavier Verton, consultant en système d’information, formateur et membre du conseil d’administration de Guadeloupetech, une startup est, au sens francisé du terme, « une jeune entreprise innovante ». Elle se définit par sa rapidité, sa puissance de croissance, et sa recherche permanente d’un modèle économique novateur. C’est une entité récente qui a pour crédo primordial l’innovation, et la proposition de services ou produits nouveaux. Betty Fausta, présidente de GuadeloupeTech, le cluster d’économie numérique organisateur de l’événement StartUp.gp, renchérie en précisant que c’est un « business model ».

 

« Les startups ne sont pas des entreprises non structurées », réagit Xavier Verton.

 

La startup, contrairement à l’entreprise dite « classique », revêt une image et un concept particulier, un mobilier et une décoration de bureau à part. Le management lui-même est différent : il est décentralisé, et rompt avec le schéma classique d’un « management à la verticale et descendant », explique Xavier Verton. Les levées de fonds ne s’organisent pas de la même façon, auprès des mêmes investisseurs, et l’usage du numérique est au cœur de l’activité de la startup.

 

La culture Startup en Guadeloupe : un chemin difficile

Pour émerger, une startup doit réunir plusieurs conditions particulières, énonce Xavier Verton. « L’écosystème doit être favorable, la collaboration entre grandes entreprises et startups doit être possible et viable, les politiques publiques doivent pouvoir faciliter la naissance de startups ».

Ces dernières années en Guadeloupe, seules quelques startup ont passé le cap, et sont entrées dans une sphère économique quasiment équivalente à celle de la métropole. On citera par exemple « Foodiles », une application doublée d’un site Internet regroupant les meilleures adresses de restaurants sur l’archipel et alentours ; « All Mol Technology », un site Internet proposant à la vente des tickets pour les manifestations culturelles, sociales et artistiques guadeloupéennes ; « Segundo Piso », un site Internet de mode à « haute valeur ajoutée », précise Betty Fausta ; ou encore « Carfully », un site Internet de location de voiture entre particuliers. C’est la structure qui se rapproche le plus d’une startup au sens économique du terme, puisqu’elle s’est étendue à la Guadeloupe et à la Martinique en 5 ans seulement (lancement de la startup en juin 2012).

En Guadeloupe, les principaux écueils que rencontrent les startupers en herbe sont juridiques et financiers. Selon Betty Fausta, les collectivités ne dépensent pas correctement leurs budgets dans le domaine de l’innovation entrepreneuriale. C’est pour cela que GuadeloupeTech, dont elle est présidente, est en permanence à la recherche de projets communs avec les institutions à même de débloquer des fonds monétaires dans ce secteur.

 

« Il y a de l’argent qui dort », dénote Sébastien Célestine, fondateur All Mol Technology.

 

Situation bien différente en France, où les entreprises mastodontes collaborent plus facilement avec de petites startup pour innover. La French Tech est un bel exemple d’initiative qui crée un effet boule de neige dans le monde des startups hexagonales. L’initiative French Tech est une politique publique innovante : l’Etat n’encadre pas, il soutient. Ici à la Guadeloupe, le marché de la startup est selon Betty Fausta « en phase de structuration » : « beaucoup voulaient se lancer mais ne répondaient pas aux critères ».

 

PitchTech by EDF : quand petits et grands s’allient

Le concours PitchTech by EDF, c’est l’exemple parfait d’une grande entreprise qui, en recherchant l’innovation, collabore avec de petits électrons libres. Ce concours, sous forme de Hackathon (programmation informatique collaborative sur plusieurs jours) cherche à dénicher des idées innovantes. Il a été lancé le 12 mai dernier au Yacht Club de Pointe-à-Pitre.

A l’issue de la journée StartUp.gp, les lauréats ont été désignés. Le 1er prix a été attribué à une équipe de 4 partenaires qui font partie de l’association « le SPOT » (espace de coworking). Keyane Simon, Yannick Hilaire, Jordan Succar et Marvin Londinfer ont donc remporté 4000 euros en proposant un « chatbot », c’est à dire un programme informatique qui imite les conversations virtuelles entre personnes humaines. Grâce à ce programme, les grandes entreprises comme EDF pourraient par exemple faire de la prise de rendez-vous en s’appuyant sur les réseaux sociaux. L’intérêt majeur de cette invention réside dans l’ajout d’une intelligence artificielle qui permet de se nourrir de tout ce qu’il y a sur les réseaux sociaux classiques (Twitter, Facebook, etc..) mais aussi sur Internet en général. On en retire de « l’information contextualisée ».

Concrètement, un « chatbot » peut se connecter à Google, à Facebook ou encore à une base de données. Un système data qui pourra encore être enrichi et apporter des réponses pertinentes proches du client.

Le 2ème prix, d’une valeur de 2000 euros, a été attribué à deux étudiants en Doctorat « Intelligence Artificielle » à l’Université des Antilles. Domotic Caraïbes a décroché le 3ème prix, d’une valeur de 1000 euros, pour avoir proposé une solution de maîtrise du budget électricité.

Le sujet du concours était « la maintenance prédictive », c’est à dire réussir à prédire les pannes en se basant sur le passé et en croisant un maximum de données. Raphaël Cipolin, Chef de Service Intégration Territoriale chez EDF Guadeloupe, insiste sur le fait que ces idées d’innovations sont apportées par les agents EDF eux-mêmes.

 

« Il est important que le monde extérieur nous apporte un regard, ou des propositions auxquelles on n’a pas forcément pensé, plutôt que de systématiquement chercher des solutions en interne », insiste Raphaël Cipolin.

 

D’ailleurs, il se dit « très content de cette première édition », et compte bien amplifier cette action l’année prochaine. Selon lui, il y a des acteurs sur le territoire qui ont des compétences intéressantes pour travailler avec son entreprise. Pour franchir certains paliers, comme par exemple la transition énergétique ou encore la digitalisation des relations clients, ces acteurs innovants aideront à trouver des solutions encore méconnues.

 

« C’est important pour EDF de voir ce que le territoire porte comme compétences innovantes dans les petites structures » - Raphaël Cipolin

 

Qu’adviendra-t-il des 4 lauréats cette année ? Raphaël Cipolin se montre optimiste en insistant sur le fait que « l’idée, c’est d’aller au bout et de proposer un produit fini ».

 

Découvrez ici les conseils et analyses d’experts, distillés lors de ces 2 workshops auxquels nous avons participé :

 

Workshop 1 : Comment lancer sa startup à partir de rien ?

Animé par Cédrick Francietta – Co fondateur Rocket Entrepreneur

« On peut entreprendre à différents niveaux, il faut juste respecter les règles ».

« Etre entrepreneur, c’est prendre des décisions ».

1/ Les phrases de l’échec

« Je ne suis pas assez expérimenté »

« Je n’y connais rien au business »

« Déjà-vu : quelqu’un le fait déjà » - La bonne question à se poser : « est-ce que les gens en ont besoin ? »

« Votre entourage ne comprend rien » - La bonne réaction : « chacun a sa propre cible »

2/ Ca veut dire quoi de se lancer ?

Il faut vendre son projet de manière artisanale. C’est un acte purement physique et manuel. L’idée est d’aller se confronter physiquement au marché choisi. Vos premiers clients verront l’émotion et le travail accomplis en amont.

3/ L’idée

Le concept de l’ « idée » en lui-même ne vaut rien du tout. Tout le monde a toujours des idées. Il faut être réaliste et s’attacher dés le début à s’interdire de « trouver une idée ».

La vraie question, c’est « quels sont les problèmes ? » : « quels sont les vrais besoins des consommateurs ? ». On parle alors de solution. Il faut s’attaquer aux problèmes qui comptent. Les startupers qui ont réussi étaient relativement proches de problèmes rencontrés par leur entourage.

4/ Avant de se lancer : il faut discuter de son projet à très petite échelle

L’approche naïve consiste à penser que son idée est bonne et que c’est pour cela que ça marchera. Il faut devenir un expert et récolter les feedbacks des premiers « users » (usagers).

5/ Préférer le « canevas » au business plan classique

Le canevas de la création du business plan :

1) Top 3 des problèmes à résoudre

2) Cibler ses consommateurs

3) Etablir les raisons qui font que notre projet est différent

4) Top 3 des solutions aux problèmes

5) Etablir les raisons qui font que le projet n’est pas facilement copiable

6) Etablir un tableau des revenus potentiels

7) Etablir les coûts de la structure

8) Etablir les indicateurs clé

9) Etablir la chaine de consommation

Au delà de ce canevas, il est conseillé d’élaborer un story board, une vidéo, un fichier Excel voire même un objet imprimé en 3D de son projet. Le but : faire rentrer dans son projet les acheteurs potentiels.

Le produit doit être un minimum viable, et il est possible de créer un « faux » de son projet pour voir jusqu’où nos potentiels clients vont.

Workshop 2 : Bien réfléchir à son business plan

Animé par Sébastien Célestine – Fondateur All Mol Technology

Il existe 2 grands objectifs pour l’élaboration de son business plan :

- Interne : clarifier et structurer ses idées

- externe : rassurer et donner envie

Il n’y a pas d’ordre type dans la création de son business plan. L’histoire doit être simple à comprendre. Le potentiel acheteur, financeur, client … doit pouvoir se projeter facilement. Il faut pouvoir lancer la machine à petite échelle pour créer de l’intérêt.

La culture Startup en Guadeloupe : banques et startups ne font pas bon ménage. Pourquoi ? Parce que les banques travaillent uniquement avec des statistiques. Les risques potentiels liés à notre projet ne sont donc pas quantifiables. Il est déconseillé de se présenter aux banques en phase de pré amorçage, ou même en phase d’amorçage.

Il ne faut pas hésiter à utiliser les financements publics proposés par l’Etat français, notamment en phase d’amorçage. Rappelons d’ailleurs que le premier financeur des boîtes en France est aujourd’hui Pôle Emploi, parce que l’organisme continue à verser des indemnités lors de la phase de lancement.

Toute construction de business plan est à réaliser par étapes. Il faut gravir les échelons un à un, et ne pas voir trop grand tout de suite.

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Alexandra Giraud

Journaliste CCN

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