Guadeloupe. Fô an Fanmi : Brésil, Gwo Ka, Afro descendance et héritages culturels

26 Mai 2017
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De gauche à droite : Marie-Hélène Laumuno, universitaire ; Félix Cotellon, président du centre Rèpriz ; Marie-Line Dahomay, chanteuse et colleteuse de témoignages et Walson Botelho, fondateur et directeur du Balé Folclorico de Bahia De gauche à droite : Marie-Hélène Laumuno, universitaire ; Félix Cotellon, président du centre Rèpriz ; Marie-Line Dahomay, chanteuse et colleteuse de témoignages et Walson Botelho, fondateur et directeur du Balé Folclorico de Bahia Alexandra Giraud

By Alexandra Giraud 

Le Gosier. Fort Fleur d’Epée. Vendredi 26 mai 2017. CCN. La 8ème édition de Fò An Fanmi se tient du 15 au 27 mai 2017, toujours au cœur des Forts guadeloupéens. Cette année, le public est invité à un voyage culturel au cœur des histoires partagées de la Guadeloupe et du Brésil. L’occasion de se balader autour des vestiges de la colonisation  mais aussi de participer à des marches, des ateliers, des projections de films, ou encore des conférences – débat inhérents à notre histoire si particulière. Mardi soir au Fort Fleur d’Epée, Fò An Fanmi a tenu une conférence sur le thème des « Traditions et héritage culturel afro-descendants Guadeloupe / Brésil ». Un moment riche, principalement centré sur la danse et la musique qui font notre culture aujourd’hui.


 

Marie-Hélène Joubert, modératrice de la conférence, a présenté les intervenants : Walson Botelho, fondateur et directeur du Balé Folclorico de Bahia, Marie-Hélène Laumuno, universitaire, Marie-Line Dahomay, chanteuse et colleteuse de témoignages, relatifs au Gwo Ka et Félix Cotellon, président du centre Rèpriz.

Salvador de Bahia, la « Rome Noire »

Walson Botehlo était le premier à se lancer, en portugais, dans une présentation socio-culturello-musicale de la région dont il est originaire au Brésil : Bahia. Il a rappelé qu’environ 5 millions d’africains avaient été déracinés de leur terre pour travailler en Amérique du Sud. La région de Bahia fut celle qui rassembla la plus forte concentration de travailleurs Noirs. Sa capitale, Salvador, aussi appelée « Ville de la baie », fut même renommée la « Rome Noire ». Tous les moulins à sucre et autres bâtiments agricoles furent construits par le bras des esclaves. Logiquement, les domaines de l’art, de la famille, de la religion ou même la vie quotidienne furent impactés par cette présence.

Aujourd’hui et après 5 siècles de formations générationnelles, la majorité de la population est « grise ou noire ». 

Le Candomblé : quand Afrique et Brésil se mêlent en une religion  

Le Candomblé, c’est une religion afro-brésilienne qui s’est réinventée depuis l’esclavage, pour accroître la solidarité entre les personnes issues de l’esclavage. Le culte de cette religion n’a été possible qu’à partir des années 70. Cette religion est notamment présente dans le « Carnaval de Bahia ». Les groupes y participant sont très anciens et l’afflux créatif. Au delà de simples manifestations de danses et chants, c’est un événement politico-religieux remarquable. Dans le Ballet Folklorique de Bahia, que Walson Botehlo dirige, l’instrument est un lien fort avec l’ascendance africaine et la danse du Candomblé est puissante. C’est un art authentique « qui renoue le dialogue avec la langue de la danse ».

Le Tanbou, instrument principal du Gwoka

Marie-Hélène Laumuno, universitaire et aussi chanteuse de Gwo Ka , , nous a fait partager une partie de ses travaux en cours, relatifs à l’histoire du Gwoka. Selon elle, le Tanbou donne vie au Gwoka. Il en détermine le sens et fixe ses visages. Il participe à la construction de toutes sociétés. Il fixe même la géopolitique du Gwoka. La chercheuse, qui émet seulement une proposition en cela, a souhaité périodiser l’histoire du Gwoka sur 9 siècles. Elle  partagé avec nous les 3 premières périodes sur lesquelles elle a travaillé :

Du 9ème au 16ème siècle : C’est l’essor des royaumes, et de la traite négrière. On trouve à travers les paysages et les faits politiques des informations sur le Tanbou.

Du 16ème au 19ème siècle : Le Tanbou fait son entrée en Amérique. L’heure est à la transmission de l’usage par les Noirs en milieu contraignant, c’est à dire esclavagiste. De cette époque,  les chroniqueurs de l'époque  Jean Baptiste du Tertre et le Père Labat nous laissent des informations sur le Tanbou.

De la fin du 19ème siècle aux années 1980 : Les anciens travailleurs serviles transmettent leurs savoirs du Tanbou aux nouvelles générations. C’est un temps où l’on rentre dans la modernisation.

Marie-Hélène Laumuno a finalement clôturé son intervention en posant cette question : « l’art du Ka fait-il exception dans la Caraïbe ? »

Quand le Gwoka se fait une place au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO

Félix Cotellon, président du centre Rèpriz (centre de musique et de danses traditionnelles guadeloupéens), a travaillé durant 6 années pour préparer le dossier d’inscription du Gwoka au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. Malgré cette victoire, il déplore qu’aujourd’hui encore, le Gwoka ne soit pas d’emblé associé au style musical emblématique guadeloupéen (à la différence de la Biguine ou du Zouk, qui sont en fait les enfants du Gwoka).

« Voilà ce que nous a légué l’Afrique », revendique-t-il fièrement. Le Gwoka est aujourd’hui placé sur le  même plan que les monuments historiques. Il est représentatif de l’identité guadeloupéenne. Liberté, solidarité et partage sont les valeurs qui le définissent. « Ce sont les esclaves qui ont introduit les éléments élémentaires et constitutifs de notre Gwoka », rappelle-t-il.

Félix Cotellon a conclu en soulignant que « ce patrimoine doit être enseigné, car il constitue les perspectives de la Guadeloupe ».

Collecter pour mieux transmettre

Marie-Line Dahomay, qui  collecteuse  à Lameca ( La Médiathèque Caraibe) du  Conseil Départemental, a conclu  cette conférence en revenant sur les collectes que le Conseil Départemental a mise en place depuis juin 2005. La collecte de quoi ? La collecte de la musique, et avec elle, de la mémoire orale des traditions. Le but : transmettre les valeurs de la musique guadeloupéenne au public, en les rendant accessibles aux usagers. Le Gwoka, par le biais de témoignages individuels, est l’un des domaines où les collectes sont les plus foisonnantes.

Et pour mieux conserver, et transmettre, ces collectes sont numérisées. Elles subissent même un traitement numérologique, qui permet de classifier cette matière. Marie-Line Dahomay est également revenue sur une anecdote relative au domaine de Mare-Gaillard, à Gosier. En collectant, son équipe s’est rendue compte qu’il y avait à cet endroit une concentration remarquable d’artistes traditionnels. Cette prise de conscience a mené à la création du projet « Tradition musique Gosier ». Ce projet a ensuite généré d’autres expériences avec les scolaires, qui redécouvraient certains artistes qu’ils croisaient pourtant tous les jours sur leur chemin.

Parfois, les guadeloupéens ont une « vision romancée de nos traditions », a relevé Marie Line  Dahomay. Il faut autant que faire se peut « rester au plus près de la réalité ».

 


Programmation FO AN FANMI

 

Vendredi 26 mai à 9H (Fort Delgrès) : Ouverture de deux expositions permanentes au public : « Louis Delgrès et la Guerre de Guadeloupe » & « 1976, la Grande Poudrière au cœur des événements de la Soufrière ».

Samedi 27 mai à 9H (Fort Delgrès) : Marche intergénérationnelle

A 11H : Cérémonie protocolaire

De 16H30 à 18H30 : Ateliers d’initiation tout public et démonstration en plein air

A 19H : Projection en plein air, avec Ciné Woulé, du film « Les figures de l’ombre », de Theodore Melfi

 

 

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Alexandra Giraud

Journaliste CCN

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