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Guadeloupe. Mai 67 : Saura t-on un jour ce qui s’est vraiment passé à Pointe-à-Pitre ?

30 Mai 2017
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Pointe à Pitre. Mardi 30 mai 2017. CCN  Un demi siècle après, Félix Flemin, secrétaire général du PCG adresse une lettre ouverte au chef de l’état français pour exiger la vérité sur cette page sombre et sanglante de notre histoire récente. Presque simultanément, les parents et proches des guadeloupéens assassinés ou portés disparus, déposent plainte contre les auteurs du massacre de mai 67, en y incluant eux le Maire de Pointe à Pitre de l’époque Henri Bangou, ex membre influent de la section du PCG de la ville martyre. Ces 2 initiatives indépendantes l’une de l’autre, prouvent si besoin est, l’exigence de vérité des guadeloupéens qui n’ont ni oublié ni pardonné.


Monsieur le  Président de la République française,

 

A l'occasion de la campagne électorale, vous avez déclaré,  sur la chaîne de télévision privée algérienne Echourouk News  que : «La colonisation fait partie de l'histoire française. C'est un crime, c'est un crime contre l'humanité, c'est une vraie barbarie et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l'égard de celles et ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes».

Ces propos vous honorent et tranchent singulièrement  avec ceux tenus quelques mois plutôt par François Fillon qui a considéré la colonisation et l'esclavage comme un partage de culture.

 

Monsieur le Président, vous prenez vos fonctions de Président de la République française en ce mois de mai qui, pour le peuple guadeloupéen, est un mois lourd de sens, parce que symbolisant le martyr, la lutte et la résistance héroïque du peuple guadeloupéen, face à l'oppression et à la répression coloniale exercée par l'Etat français.

Sans être exhaustif, je ne vous citerai que les plus emblématiques de ces dates historiques :

 

- Le 28 mai 1802 c'est le sacrifice de Delgrès et de 800 Guadeloupéens à Matouba, confrontés aux troupes du Général Richepanse venu rétablir l'esclavage, à la demande de Napoléon.

 

- Le 16 mai 1950 à Capesterre Belle-Eau, c'est l'interposition de Paul Lacavé, maire communiste de Capesterre, face aux forces de répression qui s'apprêtaient à tirer sur les ouvriers agricoles et ceux de l'usine Marquisat en grève, qui a empêché un massacre.

 

- Le 14 février 1952 à Moule. Les CRS tirent et tuent 4 ouvriers en grève et blessent 14 autres.

 

-  Les 26 et 27 mai 1967 à Pointe-à-Pitre, c'est le massacre de Guadeloupéens estimé à plusieurs dizaines, par les forces de répression coloniale dans le cadre d'une grève des travailleurs du bâtiment revendiquant 2% d'augmentation de salaires.

 

Ces faits historiques ont pour dénominateur commun la violence coloniale de l'Etat français. La colonisation a pour  seul et unique but,  la réalisation  du profit maximum au bénéfice de l'Etat colonial par  l'exploitation des ressources, de la main d'œuvre, de la position stratégique des espaces que lui procure sa colonie.

La colonisation, avez-vous dit «fait partie de l'histoire française». Pour ce qui nous concerne, elle est notre  présent, contrairement à la doctrine officielle qui voudrait faire croire que la loi de départementalisation du 19 mars 1946 a été un acte de décolonisation.

 

Il n'en est rien : le fait colonial perdure par delà les habillages et les camouflages institutionnels. Pour preuve, les importantes  ressources dont dispose notre pays, son espace maritime, sa biodiversité, son potentiel d'énergies renouvelables et durables… servent les intérêts  économiques et géostratégiques de la France, au détriment du développement économique et du progrès social de la Guadeloupe et du peuple guadeloupéen.

 

 

 

 

C'est au nom des quelques 70 000 Guadeloupéens privés d'emplois, des 100 000 Guadeloupéens vivant avec des revenus inférieurs au seuil de pauvreté, des 45 000 bénéficiaires des revenus de solidarité et de leurs familles, c'est au nom de ces milliers de jeunes guadeloupéens contraints à l'exil et à l'expatriation, au nom des travailleurs qui vivent dans la précarité, c'est au nom de la Guadeloupe en souffrance, que je m'adresse à vous.

Désormais, Président de la République française, je vous sollicite en votre qualité de chef de l'Etat, pour donner suite à votre déclaration de candidat, reconnaissant la colonisation comme un crime contre l'humanité, en la traduisant en actes et décisions politiques consistant en :

 

- la réparation du crime de la colonisation, par une dotation  de  l'Etat contractualisée avec la collectivité guadeloupéenne et qui consisterait en des moyens budgétaires pour corriger et compenser les préjudices et les conséquences, humaines, économiques et  sociales résultant de la colonisation.

 

- la reconnaissance comme crime d'Etat, du massacre de dizaines de Guadeloupéens perpétré par les forces militaires et de police françaises, les 26 et 27 mai 1967 à Pointe-à-Pitre. 

 

Monsieur le Président de la République,

 

Vous l'avez reconnu, la colonisation est un crime, un crime contre l'humanité, un crime imprescriptible ; c'est de ce crime que la France tire sa richesse, son développement, sa puissance économique, son poids et son rayonnement international. A l'inverse, la colonisation appauvrit les pays et les peuples qui en sont victimes et singulièrement la Guadeloupe. C'est à cette injustice qu'il convient de mettre un terme, par la réparation des préjudices et du non développement qu'elle a engendrés.

 

Cinquante  ans  après, les massacres de Pointe-à-Pitre des  26 et 27 mai demeurent un traumatisme pour ceux qui l'ont vécu, et vous imposent une exigence de vérité pour tous les Guadeloupéens.

 

C'est pourquoi, je vous sollicite, en votre qualité de chef de l'Etat français, pour écrire avec le peuple guadeloupéen une nouvelle page d'un avenir choisi et partagé, frappée du sceau du respect, de la coopération, de la solidarité, de la souveraineté partagée, sur le fondement de son droit imprescriptible et inaliénable à l'émancipation.

 

Recevez, Monsieur le Président de la République française, l'assurance de ma haute considération.

Félix Flémin

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