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Guadeloupe. Port-Louis : Avril 1943, une page douloureuse de son histoire.

20 Jui 2017
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 Henriette Nadir Cosaque à la table avec Luc St Eloy​ Henriette Nadir Cosaque à la table avec Luc St Eloy​

Port-Louis. Mardi 20  juin 2017. CCN. Chaque année à la même période, au mois d’avril, les  Port Louisiens se souviennent que leur commune a vécu un véritable  drame en 1943 : Des gendarmes français avaient abattu sans raison 3 port louisiens. 74 ans  après la mémoire de cette tragédie est encore vivace. L’Union Populaire de Port Louis, (UPPL) n’a jamais manqué de rappeler ces faits sanglants. Le metteur en scène  Luc St Eloi, en a fait récemment une pièce de théâtre « Blessures secrètes ». Mais une figure de la résistance port louisienne  s’est imposée à cette époque, il s’agit de Henri Rousseau Nadir. L’une de ses filles Henriette Nadir Cosaque a effectué des recherches sur ce qui s’est passé elle a soumis à CCN l’article qui suit : c’est à lire

Port Louis  traitreusement  frappée à mort.


IMG 20170521 WA0001 002N’étant pas plus une historienne qu’une femme politique, - c’est donc en femme libre et de manière tout à fait inhabituelle que j’ai transmis à une assemblée très attentive le fond de certaines données, constituées de témoignages et d’émotion. De nouveau, je la remercie de son intérêt pour ce qui est ‘elle-même’ : sa base. Ces faits sont survenus en 1943.

Ils sont par ailleurs relatés avec précision dans un livre écrit en 2016, et que j’espérais voir en librairie en mai 2017. Avec un contrat de parution signé pour un délai rapide, la difficulté s’avérerait néanmoins moins ardue qu’elle ne l’a été pour Rousseau Nadir décédé en décembre 2000 sans avoir réussi, ni à aller au bout de ses nombreux projets en faveur des Guadeloupéens, ni à en laisser d’abondantes traces.

Et puis, à la suite de mes recherches, bâtée d’un surplus d’émotions accumulées lors de mon enquête, un chuchotement m’a indiqué que je n’ai nullement à me soucier des procédures commerciales lorsqu’il s’agit d’être la voix de centaines de passants assassinés, de Résistants qui ont dit Non à l’Injustice et à l’Inégalité. De même, je suis le sourire esquissé, de la minuscule poignée de rescapés à qui une souffrance permanente est ajoutée volontairement aux difficultés de leur vie. Sans plus tarder, je me devais de vous rendre, vous aussi, responsables de la qualité de leur dernier souffle.

Décider d’une date, d’un instant, pour indiquer que l’on n’oublie pas des évènements passés est une chose, mais choisir d’expliquer aux Guadeloupéens à qui l’on a sans cesse menti, qui ont été privés d’une grande partie de leur Histoire, les causes de comportements cruels envers eux depuis des siècles, serait, selon moi, la mission primordiale des anciens vis-à-vis des générations nouvelles. La volonté de susciter une prise de conscience d’un peuple à part, et à l’esprit maintenu ailleurs par vice. L’affirmation d’un prolongement du Genre humain sur un minuscule archipel en dépit de l’installation d’une débauche de barbarisme arrivée en premier lieu par mer.

Sur l’île, vu le retard pris, ce travail de clarification des causes d’une perturbation du cerveau antillais serait à faire au moins deux fois par an pour le public, et aussi à tous les niveaux dans les écoles pour les jeunes.

Mon investigation m’a déplacée d’une maison à l’autre, en Grande-Terre et en Basse-Terre, auprès de mal-en-point, devant des yeux tristes au rappel d’évènements douloureux et pesants.  En dépit du poids des ans, face à moi, leur inquiétude était que je ne saisisse pas la portée essentielle de leur témoignage, de manière à  transmettre correctement l’émiettement effectué avec application sur leur psychisme et leur corps, dans le but d’améliorer rapidement l’avenir.

Pourquoi des Guadeloupéens ne trouvent-ils pas en eux la vaillance utile à ne plus laisser traîner sur leurs enfants une douleur hors normes ? Est-ce une plaisanterie que les Antillais parviennent à estimer, comme on le leur a toujours fait croire, qu’ils sont à la fois d’ici et de là-bas, alors qu’ils ne seraient même pas considérés comme faisant partie du Genre humains ?

Le dégoût que provoquait la couleur dite ‘noire’  pour des humains enlevait tout frein à un groupe de Blancs qui agissaient sous l’ordre de l’État français : Des enragés assidus à exterminer les gens qu’une pigmentation de leur peau différente de la leur gênait ! Par ailleurs, dans la course aux profits, aux trésors, à la suprématie, il n’était que facile et lâche d’user de démagogie et de fragiliser des individus paisibles, accueillants ! Facile de se jeter sur eux  tels des vautours affamés.Rouseau NADIR

Port-louis, commune retirée mais calme, a paru un lieu inespéré pour servir de terrain de tir. Mais c’était sans compter sur la  sensibilité, le bon sens, la vaillance et la solidarité de la population.

Est-il acceptable qu’un Homme soit obligé de revendiquer le droit à la Différence ? Encore en 2017 ? Quels sont, qui sont, ceux dépourvus de lumières qui n’auraient pas évolué convenablement, et pour lesquels la Différence humaine serait une raison de condamnation à mourir ? Quel peuple civilisé serait plongé dans une telle bassesse ? Ou à quel jeu vil jouerait-il ?

La différence de couleur de peau touchant la quasi-totalité des terres convoitées était devenue pour les envahisseurs, un prétexte criant pour abattre les Nègres ou les convaincre de leur infériorité.

Toutefois,  s’attaquer à la population port-louisienne, c’était sans imaginer sa bravoure et sa détermination!

Fille de l’un des persécutés : Henri Rousseau Nadir  dont la tête a été mise à prix en 1943, j’ai découvert en 2017 l’une des barbaries commises en Guadeloupe, plus précisément celle datant de 1943. Elle a été cachée par un silence imposé, sous peine de supplice et de mort. Et ceci après l’abolition de l’esclavage ! J’ai eu la chance de trouver écoute et bonheur de se confier enfin, comme si mes témoins revenaient dans le passé avec leur compagnon Rousseau pour avoir une confiance suffisante et puiser en eux la force de me brosser un tableau devenu étouffant pour moi aussi, aujourd’hui encore. Réellement étouffant ce jour encore ! Sous l’ordre et la protection de quel Etat civilisé, des gendarmes, des matelots ont-ils agi ouvertement ? Tuer des Nègres (toute personne à la peau teintée) sans que leurs parents ne puissent les enterrer décemment ! Il fallait agir le soir en cachette ! Aucune possibilité n’a été laissée de compter les proies massacrées ! Selon les habitants, le vide constaté chaque jour les estimerait à plusieurs centaines ! Un carnage auquel le Silence de rigueur ôterait les noms ! Cependant ils sont bien morts ! Tués ! Mais non, il n’est strictement pas question de farce ! Née après les évènements, je n’y étais pas, mais j’en suis vraiment indignée et malade ! Mon frère et mes sœurs autant que moi ! Parce que je me sens frustrée de n’avoir pas pu  assembler et comprendre alors, les morceaux d’un puzzle que Rousseau distribuait ponctuellement à l’un et l’autre de ses enfants. À qui coller l’indignité ? Il s’est caché dans les bois, les grottes, sous des maisons avec détritus et rats (cela, il l’a dit à l’une des filles qui, très jeune, a pensé à un simple conte). C’est en prenant des risques qu’on le nourrissait. Ses proches compagnons ont subi le même sort. Quel drapeau se sentirait assez nettoyé ce jour pour venir caresser avec amour les Guadeloupéens en souffrance ? Devrons-nous disparaître nous aussi avec ce poids de mépris d’un pays qu’il est pour moi plus rassurant de ressentir étranger après tant de venin !  Quelle honte tant qu’il se confinerait dans l’hypocrisie !

Alors, un pays se permettrait de parler de gloire et de puissance en cachant à tous d’où il les tire ? Et dans quelles conditions ! Dans quel sens devrait-on dérouler le tapis rouge ? Et pourtant le sol antillais n’en n’a pas besoin puisqu’il est déjà un vaste tapis d’un rouge cardiaque au rythme régulier et au tintamarre de Respect.  

La mort de Louis Villeroy devant la gendarmerie de Port-Louis a été causée par une balle d’un matelot ou d’un gendarme qui l’aurait pris pour Rousseau NADIR. Toutefois, dans la même mesure que l’est R. Nadir, L. Villeroy n’est qu’une personne, un nom, qui ne pourrait exprimer à lui seul, l’ambiance de mépris, l’atmosphère de sauvagerie, la haine raciale qu’un Gouvernement français a déployées sans respect d’une quelconque loi, sur le sol complètement ensanglanté de la Guadeloupe (puisque la loi est appliquée ici seulement dans le but d’amoindrir). Invisible, le sang des esclaves, des colonisés… de ceux maintenus sous une tutelle perfide et inhumaine ne fait qu’un, et demeure. Rien d’autre qu’une Fraternité sincère n’arrêterait son écoulement. D’une part, les esprits décents dans des Gouvernements français pourraient envisager qu’un abandon de leur exploitation du pays qu’ils auraient souillés de différentes manières devienne la réalité d’une bouffée d’oxygène ! D’autre part, la liberté du Guadeloupéen d’aujourd’hui qui a appris sans répit à rêver depuis des lustres, serait d’avoir cette attente d’un acte enfin gratuit venant d’un continent gonflé avec insolence de sa ‘grandeur’. Et, avant de mentir encore aux Guadeloupéens, leurs frères, pour obtenir le bulletin de vote qui les enverrait parader dans le luxe à 7000km de leur île et se faire considérer en supérieur ici, songer à offrir son véritable socle aux populations meurtries pourrait être le challenge de quelques êtres compétents qui appartiennent à ce pays car leurs fibres en portent la trace à laquelle ils doivent faire face.

Des dates de boucherie humaine venant de Gouvernements français en Guadeloupe, il y en aurait beaucoup à marquer, analyser pour regarder plus loin et laisser place à l’Amour et la Paix sur la Planète, sans considération de la couleur de peau.

À des Guadeloupéens qui assumeraient leurs responsabilités il serait possible de créer et voir le Bonheur.    

                                                                                             Henriette Nadir-Cosaque

  

 Bibilographie

Malaba la (Editions Elzevir) 2010 (épuisé)

Fanm Gwadloup (Editions Jasor) 2O14

Grappe de cocos (Editions Jasor) 2017 

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