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Guadeloupe. Hommage : Ki moun ki Moune ou l'impérative célébration du centenaire de Moune de Rivel

21 Jui 2017
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Moune de Rivel Moune de Rivel

Sainte-Anne. Mercredi 21 juin 2017. CCN. A peine le centenaire de la naissance du poète Guy Tirolin passé, qu'il va sans doute falloir penser à celui d'une très grande voix de la musique et de la chanson guadeloupéenne : Moune de Rivel.

Cécile Jean-Louis alias Moune de Rivel, une grande dame qui a été toute sa vie durant l'incontournable ambassadrice de la biguine guadeloupéenne est presque totalement inconnue des jeunes générations et commence même à être oubliée des moins jeunes. Autant que Guy Tirolien (1917) pour la poésie ou des politiques à l'image de Rozan Girard (1913), Gerty Archimède (1909) et Amédée Fengarol (1905), Moune de Rivel qui appartient à la même génération mériterait qu'un hommage à la mesure de son talent et de son rang lui soit rendu. Les responsables culturels des collectivités majeures de la Guadeloupe en ont-ils réellement conscience ?  Les musiciens et ethno-musicologues guadeloupéens sont-ils prêts à accomplir ce voyage à travers l'important patrimoine légué par Moune de Rivel ?

Ki moun ki Moune ? C'est la réponse lapidaire en forme de question qui revient quand au hasard d'une rencontre vous interrogez quelqu'un sur la bio de Moune de Rivel.  Il en est ainsi pour la pléthore de Guadeloupéens qui gagneraient à être mieux connus. Souvent, on vous sort des revues, des brochures ou des articles en forme de thuriféraire sur des savants ou inventeurs nègres, la plupart du temps  afro-américains mais tous aussi tombés dans l'oubli aux Etats-Unis.

Mais dans notre propre pays, combien sont-ils ces glorieux ancêtres centenaires et illustres inconnus qui n'ont jamais été honorés ? Dans la société coloniale, on le sait désormais, tout est mis en œuvre pour que le colonisé soit un être dénué de toute mémoire, lobotisé car quand sa mémoire est activée, le colonisé peut remonter le temps, trouver ses repères et mettre ainsi en péril l'institution coloniale. Le colonisé en « état de mémoire » peut aussi déjouer les pièges de l'aliénation culturelle et aller jusqu'à réclamer des réparations post-coloniales ! On comprend alors pourquoi le système dominant français se veut « nettoyeur » de notre mémoire et ce, d'autant que la France nourrit elle-même une étrange relation avec son passé colonial qu'elle n'assume pas.

Ainsi donc des musiciens biguineurs oubliés et qui ont marqué leur siècle, il n'y a pas que Moune de Rivel. Qui se souvient encore de ces auteurs compositeurs et interprètes prestigieux que furent Al Lirvat (1916), Robert Mavounzy (1917), Edouard Pajamandy Mariépin (1916), Roger Fanfant (1900) et le nec plus ultra, Silvio Siobud (1911) ? Peu ou prou programmés sur les médias du 21e siècle, ils ont du mal à sortir de l'oubli. Il en est de même pour Moune de Rivel.

Née le 7 janvier 1918 à Bordeaux d'un père guadeloupéen et d'une mère gasconne, Moune débute dans la chanson en 1933 à Paris. Elle s'en va ensuite aux Etats-Unis puis parcourt toute l'Europe. Dès son retour, elle est chanteuse-vedette à « La Canne à Sucre », le cabaret mythique parisien, le temple de la biguine qui accueillera toute une génération de musiciens antillais installés dans la capitale française.

En 1953, de Rivel compose une « Rhapsodie antillaise pour orchestre » qui fera date et rencontre, à l'occasion, le déjà célèbre chef d'orchestre martiniquais Ernest Léardée. Mais l'artiste ne se contente pas d'être qu'une chanteuse puisqu'en 1956, aux côtés de l'élite intellectuelle de la diaspora afro-antillo-américaine, elle participe à Paris au 1er « Congrès des écrivains noirs ». Plus tard et nous sommes déjà en 1960, la chanteuse guadeloupéenne publie chez Présence Africaine, l'éditeur en vogue de l'époque, « Kiroa », un recueil de contes.

Une autre rencontre qui va compter dans la carrière est celle de Vera Krylova, la célèbre danseuse russe absolument éblouie par la biguine « Noir et Blanc », en fait une chorégraphie qui sera créée au Palais Chaillot à Paris.

Pendant près de 4 ans, sur les ondes de ce qui s'appelait encore l'Ortf (ex-future France Télévision et Radio France), Moune de Rivel produit et anime « Charmes de Paris », une émission qui sera diffusée en ondes courtes de par le monde et écoutées jusqu'aux Antilles. C'est à ce moment que l'artiste entreprend son véritable retour aux sources de la musique traditionnelle de la Guadeloupe. Très active, elle ouvre sur les Champs Elysées un cabaret et fonde une école de danses et de chants traditionnels. Son objectif majeur est de faire émerger des jeunes talents antillais et guyanais.

Jusqu'à la fin des années 60, Moune de Rivel s'investit beaucoup pour faire « découvrir » la culture antillaise dans les salles parisiennes. Le Théâtre Récamier, le Théâtre de l'Alliance Française, la Maison de l'Unesco, tous ces lieux sont pris d'assaut par un public parisien qui se met à l'heure des rythmes antillais grâce à Moune de Rivel. C'est d'ailleurs parce que Moune est désormais reconnue comme l'ambassadrice de la biguine guadeloupéenne qu'elle est invitée à participer au nom de la Guadeloupe au « 1er Festival Mondial des Arts Nègres » qui se tient en 1966 à Dakar (Sénégal). Moune de Rivel sera à l'occasion reçue officiellement par Léopold Sédar  Senghor, le chantre de la négritude et aussi de la Françafrique naissante.

Moune de Rivel sera  à l’occasion  reçue officiellement par Léopold Sedar Senghor, le chantre de la Négritude. et  Aussi de la  la Francafrique  naissante.

Après une expérience journalistique au sein du magazine africain « Bingo », Moune de Rivel revient enfin en Guadeloupe, sur la terre de ses ancêtres, en 1994 pour un concert historique au Centre des Arts. Une initiative à mettre au crédit de son « héritière » qui n'est autre que Winnie Kaona. C'est encore Moune de Rivel qui est à l'initiative de la création du « Petit conservatoire  Mizik an nou » dédié à l'étude et à la transmission du patrimoine musical créole.

Jusqu'à sa disparition le 27 mars 2014, à 96 ans, Moune de Rivel restera une ardente militante de la cause de la biguine. Le gwoka a été admis à l'Unesco, Moune de Rivel ne devrait-elle pas être à son tour « centenarisée » et donc enfin reconnue par le peuple guadeloupéen pour sa défense et l'illustration de la biguine ? Répondè réponn !

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