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Danik I. Zandwonis

Danik I. Zandwonis

Directeur de rédaction de CCN et fondateur du site.

@ : danik@mediacreole.com

Depuis le 1er tour, et le vote pour Le Pen, nos politiques ont fait l’impasse sur l’analyse des résultats : RAS ? Voilà qu’un appel signé par plus d’une vingtaine de nos chers élus : appel à un meeting contre le racisme… et donc à voter Macron. Ceux qui n'ont pas a signés sont-ils pro Le Pen? Je suis persuadé que nos chers élus ne sont ni bêtes ni naïfs. Ils savent comme vous et moi que l’élection du prochain président français pas d’avantage que les précédents Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande, n’est pas la panacée aux problèmes récurrents de notre pays. Nos élus sont, je ne doute pas d’une grande lucidité, ils ont déjà tout vu tout vu, toit essayé, rien ne marche : Plus 40 % de notre peuple est  au chômage, les jeunes de moins 25 ans ils sont 56%. D’une manière générale mais inacceptable, nos jeunes mêmes diplômés sont à la rue

Plus simple, à résoudre la question de l’eau est toujours insoluble ; les déchets sont mal… traités, La filière canne est à vau l’eau. La violence l’insécurité. Les maladies cardio vasculaires, le diabète, progressent. Bref rien ne va. Nos chers élus, ont donc réussi à faire une liste commune non pas pour la Guadeloupe mais pour… soutenir Macron le nouveau papa blanfwans, qui pourrait s’il est élu mettre le pays en ordre de marche. On  rêve encore. L’an dernier en Février 2016, je me demandais s’il ne fallait pas plutôt penser a sortir la Guadeloupe du système franco européen, c’est cet édito à peine remixé que je re sors. Triste constat : ce que j’ai écrit il y a un an est toujours d’actu ( mercredi 3 mai 2017) 

On ne va pas se voiler la face. Le Pen qui atteignait péniblement 5 % des voix en 2012, vient de réaliser en Guadeloupe un bond extraordinaire en rassemblant sur son nom près de 14 % des suffrages exprimés à l’occasion du 1er tour des élections présidentielles françaises.

Il ne faut pas minimiser ce qui s’est passé. Il faut le dire haut et fort. Quand des Afro-descendants, donc fils et filles d’esclaves, votent pour un parti qui n’a jamais caché son racisme et sa xénophobie, il faut s’interroger et en chercher les causes pour les combattre. Faut-il un seul instant croire que les Guadeloupéens soient en 2017 totalement ignorants de l’idéologie racialiste du FN ?

Comment un Guadeloupéen doué de raison et d’intelligence, connaissant son histoire et origines, peut-il en toute conscience mettre dans une urne un bulletin du FN ? Il y a manifestement quelque chose qui ne fonctionne pas. Mais quoi ?

Il y a de cela quelques années, pour tenter d’expliquer la montée en puissance de Le Pen, journalistes, politologues et politiques, se cachant derrière leur petit doigt, disaient sans analyse aucune que ce sont les « blanfwans, les gendarmes et autres Français résidents » qui votent FN. Ce n’est pas vrai et cela ne l’a jamais été. Les 15 000 voix de Marine Le Pen (MLP) ne sont pas que celles de résidents français car des Guadeloupéens bon teint votent FN et le revendiquent. Il suffit pour s’en convaincre de jeter un œil sur les réseaux sociaux. Qui n’a pas vu ce Guadeloupéen, membre du FN, régulièrement invité à la télévision et que le FN met en avant pour bien faire la démonstration que les nègres colonisés sont avec Le Pen ? Triste.

L’autre explication tout aussi boiteuse revient à dire que les Guadeloupéens, tout comme les Français, en votant Le Pen expriment leur mécontentement, leur ras le bol de la politique des Hollande, Lurel, Pau-Langevin, Sarkozy, Juppé, etc... C’est encore plus grave si ce mimétisme électoral est pris en compte. Il démontre que ces électeurs lepénistes guadeloupéens sont totalement côtéde leurs pompes ou alors [ils] n’ont rien compris. Ils ne savent donc pas que la Guadeloupe aussi bien que la Martinique et la Guyane sont des colonies françaises et que le combat le plus légitime est celui d’une véritable décolonisation.

Nous y voilà ! Depuis des décennies, des politiques mais aussi des journalistes et des enseignants ne cessent de répéter à l’envi que la « Guadeloupe, c’est la France ! », que la Guadeloupe est une « région française » ou encore que la « Guadeloupe est une région ultrapériphérique de l’Europe (RUP) », que la « Guadeloupe est tout sauf une colonie ». Sans rire. 

Bien entendu, l’agitation qui règne en Guyane depuis quelques semaines a inspiré beaucoup de commentaires et parfois même des fantasmes, et si Domota et les syndicats refaisaient le coup de janvier 2009 ? Mais non, ni Domota, ni Jean-Marie Nomertin, les deux principaux leaders syndicaux, ne sont assez fous pour lancer un mouvement social d’importance à la veille d’une élection majeure française ! On se calme… Cela dit, Nomertin ( CGTG) a tout de même occupé le terrain à Capesterre Belle-Eau avec des ouvriers de la banane et voyez-vous, ça a bien fonctionné !  Pendant  plus de 48 heures, le sud-Basse-Terre a été totalement coupé du reste du pays. On peut même considérer que le barrage de Bois Debout a été un test grandeur nature. La détermination sans faille des ouvriers de la banane a montré que lorsque les conditions sont réunies, ça s’enflamme très vite.

Nous vivons sur un volcan, d’abord au sens propre, mais en ce moment, la Soufrière est plutôt calme. Alors, parlons du volcan au sens figuré. Faut-il encore dire ici tout ce qui ne va pas dans notre pays ? D’une manière générale, les gens sont bouffis, yo bon ! 

D’abord, parce que les Guadeloupéens s’aperçoivent qu’ils courent sans cesse après l’argent. Cette course incessante et éperdue ne fait pas que des heureux. Les syndicats ont eux depuis longtemps tiré la sonnette d’alarme mais personne ne semble entendre. Alors, on laisse courir, on laisse pourrir. Et ça commence à sentir très mauvais. Il est en effet difficile d'énumérer tout ce qui ne va pas. Mais plus personne ne peut ignorer que le Péyi Gwadloup, fout le camp.

Simple exemple tiré de l’actualité et qui donne la mesure de ce qui ne va pas en Guadeloupe. Comment pour une question de rentabilité, l'Agence Régionale de la Santé (ARS) peut-elle vouloir supprimer le service de néo-natalité à l'hôpital de Basse-Terre ? C’est presque criminel. Dans un pays où on ne cesse d'annoncer que la population vieillit, on veut refuser aux futures mères du sud Basse-Terre d'accoucher dans des conditions  sécurisées ? Qui peut accepter cela ? Ça a tout l'air d'un génocide silencieux... et qui ne dit pas son nom.

Le Gosier. Jeudi 30 mars 2017. CCN. Deux ans à peine après avoir été sauvé d’extrême justesse grâce à une « restructuration » qui ressemblait plutôt à un effacement complaisant des dettes sociales et patronales gigantesques, le Groupe Fabre-Domergue (GFD) est de nouveau dans la tourmente. Selon nos informations, Patrice Fabre, qui refuse obstinément de payer ses dettes sociales et ses créanciers, serait une fois de plus au bord de la faillite.  Le chiffre avancé est proche des 7 millions d’euros.

La grave crise qui bloque et agite la Guyane depuis quelques jours n’est pas une sorte de remake guyanais du LKP, le spectaculaire mouvement social qui frappa la Gwadloup en 2009 et fit vaciller le système colonial de par son exceptionnelle et inattendue popularité. Pas davantage que les mouvements qui, périodiquement, voient le jour à la Réunion ou à Mayotte. Ces accès de trouble sont la preuve évidente que dans toutes les dernières colonies françaises, il existe un très profond malaise qui s’exprime régulièrement dans la rue et de façon presque spontanée.

Nul besoin d’être prophète pour annoncer que la Gwadloup aura bientôt, elle aussi, sa crise et ce ne sera pas non plus un LKP-bis. Ce qui est tout de même surprenant, c’est la faible réactivité de nos politiques et leur singulier manque de vista.

À la Gwadloup, on préfère pour l’heure ignorer la dimension, l’urgence et l’acuité des problèmes posés. L’institut de sondage Qualistat qu’on peut aussi considérer comme un lanceur d’alerte, a montré dans sa dernière étude d’opinion que le problème majeur des Guadeloupéens était dans l’ordre, l’insécurité (46%), le chômage et l’emploi (42%) et un peu plus loin, la jeunesse (33%). En Guyane, le mouvement dit des « 500 frères », ces hommes curieusement encagoulés, qui rassemble, on s'en doutait bien, plutôt des patrons que des travailleurs, s’est crée pour lutter contre l’insécurité croissante qui fait de la Guyane le territoire numéro 1 devant la Gwadloup et la Seine Saint-Denis (93) pour les homicides et faits de violence.

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