Breaking News

Bannière COVID19
Danik I. Zandwonis

Danik I. Zandwonis

Directeur de rédaction de CCN et fondateur du site.

@ : danik@mediacreole.com

C’est le titre d’un ouvrage de l’historienne Nelly Schmidt qu’il faut avoir lu. Elle décortique avec une grande justesse d’analyse, les 2 « abolitions » de 1794 et 1848 en Guadeloupe et qui sont aujourd’hui encore des marqueurs de notre société coloniale.

Mais c’est l’actualité africaine la plus brulante qui nous ramène vers l’ouvrage de N. Schmidt. Le fait que des migrants d’origine africaine aient été vendus en Libye remet un coup de projecteur sur la politique francafricaine.

D’abord c’’est un média américain, (CNN) qui a révélé cette affaire, pourtant la présence politico-médiatique française en Afrique est plus que réelle. Ensuite on est en droit de s’interroger sur le black out de la France sur cette affaire.

Ce silence gêné de médias français, tout comme celui de la diplomatie et du gouvernement français peut être compris comme une volonté affirmée de « zapper » ce fait gênant pour les uns et les autres. Il suffit pour s’en convaincre, de mesurer à l’inverse l’impact émotionnel de ces mêmes médias et du gouvernement français quand un ressortissant français blanc, soldat ou autre est la victime d’une agression en terre africaine.

Il est bon de rappeler, que le chaos existant actuellement en Lybie est l’une des conséquences de la politique Moyen -Orientale des européens, la France en tête.

Dimanche dernier, tous nos élus et parlementaires s’étaient donné rendez vous devant leur petit écran pour écouter-voir LEUR président répondant aux questions des journalistes.

Il aura donc fallu 5 mois de présidence, une baisse vertigineuse dans les sondages, des mesures qui ne font pas l’unanimité chez les français, pour que le jeune président francais accepte enfin comme tous ses prédécesseurs de descendre dans l’arène médiatique.

A priori on pourrait dire que son discours ne nous concerne pas, car dans son propos il n’a pas une seule fois évoqué la situation à Saint Martin, ni même les ouragans qui ont frappé notre région.

Les macroniens et macronistes gwada, ont du être terriblement déçus, car ils se sont rendus compte en direct et une fois de plus que les problématiques de notre pays ne sont pas prises en compte par le chef de l’état français. A vrai dire ce n’est pas une surprise, sauf pour tous ceux qui ont encore la naïveté de croire que nous sommes des « français ». 

On n’en a pas fini de tirer les leçons de ces terribles ouragans qui ont sérieusement balayé notre Caraïbe. Tout le monde le sait désormais, l’État français s’est laissé surprendre et a fait la preuve de son imprévoyance. Mais est-ce vraiment surprenant ?

D’autres questions se posent. Pourquoi l’Etat français et ses représentants ont-ils ainsi délibérément tout mis en œuvre pour écarter de la gestion des crises pré et post-cycloniques, les présidents des deux collectivités guadeloupéennes ?

L’ État a-t-il voulu en « confisquant » la gestion démontrer qu’il était le seul et unique capable de tout faire et que les élus ne devaient être que des spectateurs passifs de leur histoire ?

Si telle a été sa volonté, on peut très largement affirmer que s’agissant de Saint-Martin, sa gestion a été plus que défaillante et 3 semaines après le passage d’Irma, les refugiés parqués et presque oubliés dans des « campements provisoires » en Guadeloupe, ont eux touchés du doigt toutes les insuffisances de cet État. Les réactions des deux  présidents de collectivité, obligeront désormais les représentants de l’ État francais à revoir le logiciel du COD. Merci Irma ?

Cette critique de la mauvaise gestion étatique de la période cyclonique est depuis quasiment devenue une porte que chacun peut enfoncer, d’autant que les grands  vents des ouragans l’avait déjà emportée. 

Le quotidien France-Antilles, les médias télévisés ont fait la une sur le grand rush des Guadeloupéens dans les supermarchés quand la menace de l’ouragan Irma a enfin été prise au sérieux. En moins de 24 heures, les rayons des bouteilles d’eau minérale, de piles électriques et autres victuailles « cycloniques » ont été pris d’assaut et dévalisés. C’est à croire que les Guadeloupéens avaient complètement oublié qu’ils vivaient sur une île exposée aux ouragans, tempêtes tropicales et autres cataclysmes naturels qui sont le «charme » de notre pays.

En fait, il faut le dire, nos concitoyens ne sont plus en phase avec leur vraie réalité climatique. Il n’est pas rare mais toujours choquant et surprenant d’entendre que les Guadeloupéens natifs parler d’ « été » pour désigner la période… cyclonique. Ce mimétisme langagier ou lexical est la résultante de la francisation à outrance qui avance à pas de géant dans les têtes crépues. Les mêmes qui sont en mode « été » sont ceux-là même qui n’ont toujours pas compris qu’un « blanfwans » est un Français et non un « métropolitain » même si d’aucuns soutiennent que désigner le « blanfwans » en tant que « métropolitain » c’est justement pointer du doigt le fait colonial.

Ils ne veulent pas non plus comprendre que sur les planisphères, il existe un pays dont la capitale est Paris et ce pays, c’est la France, pas la « métropole ». Il est curieux et regrettable de noter que ce sont les journalistes des médias, les plus en vus, qui utilisent ces termes qu’on devrait proscrire, comme l’a dit le poète Max Rippon. Et il n’est pas le seul !

Chaque année, c’est le même rituel médiatique. Le Tour cycliste la Guadeloupe, la seule épreuve par étapes des petites Antilles du calendrier international de l’UCI, est avec le carnaval l’événement populaire le plus médiatisé du pays et sans aucun doute de toute la Caraïbe orientale (OECS). Les radios, la presse écrite et les télés qui sont « sur le tour » font le match dans le match car pendant 9 jours, il faut capter son auditoire et rendre compte de la course, être omniprésent et en direct live.

Côté radio, 3 diffuseurs sont vraiment dans la course et en course : une radio ultra-commerciale, la radio du service public et depuis quelques années, Radio Haute Tension (RHT Guadeloupe), la radio associative citoyenne et de proximité qui vient ainsi jouer dans la cour des grands.

Côté télé, alors que le paysage télévisuel de la Guadeloupe est « riche » de 4 chaînes privées, seule la télé du service public et Canal 10, la télévision privée, elle aussi de proximité, sont en direct sur l’événement avec des moyens techniques et humains certes très inégaux. La chaîne publique déploie pour la circonstance son armada de techniciens, de commentateurs, de réalisateurs et même un plateau pour des live. Quant à Canal 10, moins équipée techniquement, elle fait de son mieux avec ses moyens qui sont loin d’être au niveau de la chaîne étatique.

Ce que le grand public ignore, c’est que ces retransmissions télévisées coûtent relativement chères. Aussi bien celles de Canal 10 que celles de la chaîne financée par la contribution à l’audiovisuel public, ne sont possibles que grâce à une substantielle et exceptionnelle aide financière de la collectivité régionale. Vu l’importance de l’événement, le public et en particulier les fans de cyclisme (et ils sont nombreux!) ne comprendraient pas qu’en 2017, à l’heure du numérique, d’internet et du satellite, qu’ils ne soient pas en mesure de voir ou de revoir les exploits de leurs champions.

Le problème, parce qu’il y en a un, ce serait de donner à toutes  les chaînes la possibilité de retransmettre l’événement dans des conditions similaires. Cela signifie-t-il qu’il faudrait que la Région multiplie par 5 l’accompagnement financier accordé à chacun de ces médias ? Ce ne serait pas la meilleure solution puisque la conséquence immédiate serait une ponction plus importante dans les caisses de la collectivité sans garantie que le produit final présenté soit de meilleure qualité car nous l’avons dit,  en 2017, seules deux chaînes, Canal 10 et Guadeloupe 1ère ont vraiment la capacité de « faire le tour », et de proposer aux téléspectateurs des retransmissions en direct qui sont toutefois d’un niveau très inégal et ce pour des raisons essentiellement techniques et financières.

Il en va de même d’ailleurs pour tous les grands événements sportifs ou culturels qui mobilisent, l’attention du public et des médias télévisuels : la Route du rhum, les play-offs de basket, la Karujet, le carnaval, le Meeting d’athlétisme régional, le Tour de Marie Galante, le TGVT, Terre de Blues et Ilo Jazz pour ne citer que ceux-ci.…

Pour assurer donc une certaine équité et une qualité optimale à ces retransmissions, la collectivité régionale devrait se donner les moyens de les réaliser. Il suffirait qu’un prestataire en matière de réalisation et de diffusion soit sollicité et du coup, il y aurait moins de voitures et de motos HF à parasiter  l’événement. Le prestataire fournirait à toutes les chaînes intéressées un signal identique que chacun commenterait avec son équipe.  La qualité  du produit télévisuel n’en  serait que  meilleure, l’événement sur le plan médiatique serait quintuplé et au final le public des téléspectateurs et fans de sport auraient un produit  de qualité. La caravane du Tour se passerait de guerre d'images,  puisque tout le monde serait à égalité. C’est la qualité du commentaire, le professionnalisme des commentateurs et la pertinence des interviews à l’arrivée qui feraient la différence. Bref, le traitement journalistique de l’événement ! Ce faisant, la Guadeloupe entrerait dans une autre ère et signerait ainsi la fin des reportages-bricolages. Ce serait aussi une économie pour la collectivité régionale qui n’aurait pas chaque année à « distribuer » des aides qui sont souvent d’inégales valeurs.

Est-ce possible tout cela ? Oui, car la Guadeloupe n’a rien inventé. Aujourd'hui, de par le monde, tous les grands événements sportifs, aussi bien la Coupe du monde de football que les J.O, le Tour de France voire la Champion’s League sont captés par des prestataires uniques et « transmis » aux médias-diffuseurs partenaires. Pourquoi la Guadeloupe ne ferait-elle pas ce pas si c’est le gage à la fois d’une meilleure utilisation des deniers publics et d’une qualité supérieure des retransmissions ? Cela a un nom : la rationalisation des coûts.

Toute l'actu de la Guadeloupe et des Caraïbes.

Articles Populaires