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Danik I. Zandwonis

Danik I. Zandwonis

Directeur de rédaction de CCN et fondateur du site.

@ : danik@mediacreole.com

Le Gosier. Jeudi 30 mars 2017. CCN. Deux ans à peine après avoir été sauvé d’extrême justesse grâce à une « restructuration » qui ressemblait plutôt à un effacement complaisant des dettes sociales et patronales gigantesques, le Groupe Fabre-Domergue (GFD) est de nouveau dans la tourmente. Selon nos informations, Patrice Fabre, qui refuse obstinément de payer ses dettes sociales et ses créanciers, serait une fois de plus au bord de la faillite.  Le chiffre avancé est proche des 7 millions d’euros.

La grave crise qui bloque et agite la Guyane depuis quelques jours n’est pas une sorte de remake guyanais du LKP, le spectaculaire mouvement social qui frappa la Gwadloup en 2009 et fit vaciller le système colonial de par son exceptionnelle et inattendue popularité. Pas davantage que les mouvements qui, périodiquement, voient le jour à la Réunion ou à Mayotte. Ces accès de trouble sont la preuve évidente que dans toutes les dernières colonies françaises, il existe un très profond malaise qui s’exprime régulièrement dans la rue et de façon presque spontanée.

Nul besoin d’être prophète pour annoncer que la Gwadloup aura bientôt, elle aussi, sa crise et ce ne sera pas non plus un LKP-bis. Ce qui est tout de même surprenant, c’est la faible réactivité de nos politiques et leur singulier manque de vista.

À la Gwadloup, on préfère pour l’heure ignorer la dimension, l’urgence et l’acuité des problèmes posés. L’institut de sondage Qualistat qu’on peut aussi considérer comme un lanceur d’alerte, a montré dans sa dernière étude d’opinion que le problème majeur des Guadeloupéens était dans l’ordre, l’insécurité (46%), le chômage et l’emploi (42%) et un peu plus loin, la jeunesse (33%). En Guyane, le mouvement dit des « 500 frères », ces hommes curieusement encagoulés, qui rassemble, on s'en doutait bien, plutôt des patrons que des travailleurs, s’est crée pour lutter contre l’insécurité croissante qui fait de la Guyane le territoire numéro 1 devant la Gwadloup et la Seine Saint-Denis (93) pour les homicides et faits de violence.

C’était il y a cela quelques années, au début des années 80, quand en pleine ascension politique, Jean Girard, à l’époque fervent nationaliste, commet une faute politique d’une grande gravité. Il déclare dans une longue interview au Journal Guadeloupéen (Jougwa)  : « les Marie-Galantais installés en Guadeloupe sont des harkis ».

Tel un boomerang, la diaspora marie-galantaise réagit très vivement et Jean Girard est contraint de « revoir » sa copie. Pendant près d’une décennie, Jean Girard qui avait réussi en 1981 à déchouquer Marcel Etzol de la mairie de Grand-Bourg, est considéré comme un héros national marie-galantais. Il est alors l’homme fort de l’île aux 100 moulins, quasi-incontournable politiquement. Mais Girard perd progressivement ses mandats politiques et son influence, jusqu’à n’être plus que l’ultime survivant d’une épopée politique dont il a été lui-même le principal acteur.

Plus de 30 ans après, Jean Girard qui fut très proche du mouvement nationaliste, bref compagnon de route du parti communiste guadeloupéen, ensuite classé « divers gauche », n’a plus l’audience qui était la sienne. C’est Maryse Etzol qui le supplante et qui est devenue « l’homme fort » de l’île.

C’est déjà elle qui en décembre 2015, à l’occasion des élections régionales, porte un coup fatal à Victorin Lurel et permet ainsi à Ary Chalus de réaliser sur la Grande Galette le grand chelem. C’est encore elle qui écarte de la présidence de la Communauté des communes de Marie-Galante (CCMG) sa collègue, Marlène Miraculeux-Bourgeois et s’empare du fauteuil de la présidence.

Les premières investigations policières à la Communauté d'agglo du sud-Basse-Terre (Casbt) ont permis de dévoiler un système de corruption et de fausses factures au sein des plus hautes instances de la collectivité. La mise en détention provisoire du directeur général des services, Fred Madinécouty et la garde à vue de cadres éminents sont bien la preuve que certains élus et fonctionnaires de la communauté d’agglo présidée par Lucette Michaux Chevry (LMC) sont au cœur d’un immense scandale politico–financier.

Quand il s’agit d’affaires privées, le délit est déjà grave car lorsqu' un chef d'entreprise détourne de l’argent ou est accusé d’abus de biens sociaux, la loi est inflexible ; les délinquants passent très souvent par la case prison. Mais quand, comme c’est le cas à la Casbt et par ricochet à la Mairie de Basse-Terre, le délit jette une ombre sur des hommes politiques, il est d'une gravité double : financier et politique.

En termes clairs, les hommes et femmes politiques, élus par des citoyens pour gérer les affaires publiques mais surtout l’argent des contribuables, se doivent d’être exemplaires. Cela n’est le cas, ni à la Casbt ni à la Mairie de Basse-Terre. Ceux qui sont mis en cause ne devraient pas l’être, même s’il y a présomption d’innocence. Le seul fait de se trouver dans une situation pour le moins opaque est déjà d’une extrême gravité. Car, enfin qu’on se se le dise, ces élus n’auraient jamais dû se trouver en situation d’être soupçonnés de quoi que ce soit et par qui que ce soit. C’est la règle intangible. Bien entendu, de brillants avocats, utilisant toutes les ficelles et recettes du droit français, peuvent et c’est souvent le cas, sauver des têtes qui devraient normalement tomber. Mais il semble utile de rappeler que s’agissant de la gestion de l'argent public, un élu se doit d’être totalement irréprochable. Comment «excuser» ou tenter de déculpabiliser le fait que telle présidente d’une collectivité, telle maire d’une grande ville ait pu vouloir, par un biais ou un autre, mettre la main dans la caisse ? C’est inexcusable.

L’enquête policière qui a débuté il y a de cela quelques mois, est pourtant loin d’être achevée. Mais déjà dans la capitale basse-terrienne, on chuchote, on tremble, on se tait, on évite d’utiliser son portable, on a peur car tout le monde sait que plus rien ne sera comme avant. Plus rien ! Ceux qui ont très largement profité de ce système de corruption, et ils sont aussi nombreux que connus, ne savent plus où donner de la tête, ni même à qui parler. Alors, dans la ville et à la Casbt on attend fiévreusement la suite.

Cette affaire de corruption généralisée qui touche à la fois des élus, des fonctionnaires, des commerçants, des jeunes et même deux journalistes bien connus, est d’une extrême gravité. Et elle tombe plutôt mal. À 87 ans, l’ex-maire de Basse-Terre n’avait pas besoin de cette histoire sur sa carte de visite déjà bien chargée. Les (trop) nombreuses mises en examen prouvent que LMC qui fut jadis une star de la politique, a aussi une face cachée. Elle qui se targue d'avoir des dossiers surtout le monde... Et si on ouvrait enfin le sien ?

Qu’on se souvienne de l’époque pas si lointaine du RPR, quand expédiées de Paris, des sommes importantes destinées à « irriguer » la section du RPR-Guadeloupe arrivaient à Basse-Terre, les militants même les plus proches, ne voyaient jamais la couleur de l’argent !

À Paris, à la même époque, les Chirac, les Juppé, les Méry avaient souvent maille à partir avec la justice car personne dans ce parti n’avait les mains très propres. Au sein de la droite franco-francaise, la corruption, les affaires louches sont comme un trait de culture. À gauche, il y eut aussi des histoires d’argent. Mais revenons à cette communauté d’agglomération, est-elle une pompe aspirante pour le fric du contribuable ?

Pour l’heure, seul Fred Madinécouty a été écroué mais il n’est pas l’unique responsable. Nombre de coupables potentiels sont encore en liberté mais pour combien de temps ? Ce scandale politico-financier, on le sait, fait vaciller LMC. La « grande dame » ne peut plus dormir tranquille car en femme politique avisée, elle sait qu'elle ne peut en aucun cas pas sortir totalement indemne de tout ce remue-ménage.

La présidente de la communauté d'agglo sait parfaitement que même si son DGS voudrait la couvrir ou essayer de détourner l’attention, les enquêteurs de la DIPJ qui épluchent des kilos de documents vont arriver jusqu’à elle tôt ou tard. Wait and see !

En décembre 1999, quand LMC signe la « Déclaration de Basse-Terre », l’un de ses hauts faits d'arme au niveau politique, elle parle à ce moment-là de « courage politique ». Aujourd’hui, le courage politique voudrait plutôt que de prendre le risque d’être humiliée, plutôt que de se voir « obligée » de démissionner, l'ex-ministre devrait d'elle-même s'en aller et passer la main. Et elle ne devrait pas être la seule à le faire.

Nous pouvons, en effet, d'ores et déjà affirmer que l’affaire de la Casbt est sur le point de connaître de nouveaux développements. Nous savons que des proches de Lucette Michaux-Chevry et de Marie-Luce Penchard (MLP) pour sauver leurs têtes, vont être obligés de « balancer » des noms et surtout des faits. « Chevry » fut, il faut le souligner, une grande figure de la politique et son passé joue pour elle mais elle ne mérite pas d'attendre le coup de pied de l’âne. On se souvient en 2004, quand Victorin Lurel arriva au pouvoir à la Région Guadeloupe, de façon très spectaculaire, elle refusa de siéger et démissionna de son mandat de conseiller. Il est vrai que c’était alors à son avantage.

Marie-Luce Penchard, quant à elle, est très mal car une fois « Maman » partie, si elle consent à s’en aller, elle sait très bien qu’elle sera vraiment seule pour gérer la capitale et sans parapluie dans un contexte rendu difficile par cette affaire. Combien de temps pourra-t-elle tenir ? Son conseil municipal est déjà bien ébranlé. Un adjoint mis en examen et interdit de séjour, une autre qui démissionne, sans doute d’autres problèmes à venir pour des proches.

L’avenir s’assombrit pour le clan Michaux-Chevry ; sa fille, ses proches et certains chefs d'entreprises font déjà des cauchemars. Tout cela ressemble à de la politique-fiction mais on en est très loin car à Basse-Terre, la réalité a déjà dépassé la fiction.

La Saint Valentin des amoureux c’était hier et j’ai entendu sur toutes les ondes des messages d’amour et de tendresse. Les réseaux sociaux qui ont depuis peu supplantés la radyo bwapatat de Apaé Anman, débordaient de bouquets de fleurs en gif, de paroles apaisant la Guadeloupe de ce 14 février 2017, c’était pour un jour, un jour seulement, subitement transformée. Oubliés les homicides du début d’année qui ont fait la une de la presse, oubliée la misère sociale qui croît et tôt ou tard pourrait générer une explosion qui risque d’être moins « gentille » que la crise LKP de janvier 2009.

Mais quand on se plonge dans l’histoire contemporaine et récente de nos pays, aussi bien en Martinique qu’en Guadeloupe, les 14 février sont aussi des jours de douleurs pour des familles ouvrières.

C’est en effet un 14 février 1952, dans la ville du Moule, que l’armée francaise, avec la complicité du Préfet et des usiniers organisent une véritable tuerie. 4 innocents sont abattus : Constance Dulac, Justinien Capitolin, Edouard Dernon et François Serdot. Les usiniers et leur militaires, des gendarmes francais, n’avaient pas acceptés que les ouvriers, les cultivateurs du nord-Grande-Terre, se mettent en grève pour réclamer une amélioration de leurs conditions de travail et plus d’humanité. Les auteurs de ce 14 février sanglant, de ce massacre, n’ont jamais été inquiétés pour avoir assassiné des Guadeloupéens. Il n’y a même pas eu une commission d’enquête. Silence total.

C’est hélas, une habitude dans les colonies françaises. On tue, on massacre et ensuite tout est mis en place pour effacer de nos mémoires ces atrocités. Il est souvent dit que l’histoire ne se répète pas et pourtant :

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