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Réunion. Irma : "Dans l'ère moderne, La Réunion n'a jamais connu ça"

08 Sep 2017
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Saint-Denis. Vendredi 8 septembre 2017. Clicanoo/CCN. Pour Philippe Caroff, le spécialiste des cyclones de Météo France, un Irma à La Réunion est "théoriquement possible mais statistiquement la probabilité est faible". En tout cas, depuis vingt-cinq ans, l'île a été épargnée par l'œil des différents phénomènes.

Philippe Caroff, a-t-on déjà vécu un cyclone de l'intensité d'Irma à La Réunion ?

Depuis que nous disposons de mesures précises, non. Et à l'échelle de notre bassin sud de l'océan Indien, ça se compte sur les doigts d'une main. L'intensité d'Irma correspond peu ou prou aux systèmes les plus intenses que nous suivons.

Dans nos bases de données, le plus intense était Gasitao en 1988, mais il était resté en mer, pas très loin de l'île Rodrigues (1). Un peu en-dessous, il y a eu Geralda, Litane (1994) et Gafilo (2004), qui avaient touché Mada-gascar alors qu'ils avaient déjà baissé d'intensité. Il y a deux ans, Fantala avait touché à son maximum l'atoll de Farquhar, qui appartient aux Seychelles mais ses quelques habitants avaient été évacués en amont.

A quoi correspond cette classification d'ouragan catégorie 5, dans le cas d'Irma ?

Chez nous, il aurait été classé cyclone tropical très intense. L'intensité d'irma est donc exceptionnelle même s'il s'agit d'un cyclone de taille moyenne. Il y a déjà eu des phénomènes plus intenses dans cette région du globe, mais plus à l'ouest de l'arc antillais, là où les eaux sont plus chaudes.

Irma est un système cap-verdien : il se développe au large des îles du Cap-Vert, traverse tout l'Atlantique et, en général, ces cyclones n'ont pas atteint une intensité conséquente lorsqu'ils touchent les premières terres. Là, l'intensité est inédite.

A combien ont pu s'élever les vents les plus forts, à l'intérieur d'Irma ?

Les services de Météo France ont enregistré des vents à 244 km/h après quoi les appareils de mesure ont été détruits, avant même que le mur de l'œ“il n'arrive. On n'aura donc jamais de mesures précises car à cette vitesse-là, pas grand-chose ne résiste. Les instruments sont installés sur des mâts qui, en soi, peuvent tenir, mais qui sont brisés par tout ce qui est projeté dessus : les branches, les tôles, des débris emportés par les vents. Des estimations, en revanche, ont pu être faites par des avions envoyés dans l'œ“il du cyclone. Cette méthode consiste à lâcher, à quatre reprises, des sondes lorsque l'avion arrive dans la zone de vents maximum. Il existe aussi des radars et une batterie d'outils qui mesurent la vitesse des vents à 3 000 mètres d'altitude. Dans le cas d'Irma ont été déduites des rafales à 190 nœ“uds (350 km/h environ).

A quand remonte la dernière fois où l'œil d'un cyclone est passé précisément sur La Réunion ?

A vingt-cinq ans. Nous n'avons pas eu d'œil depuis Colina en 1993, après une sorte de loi des séries qui avait vu passer sur nous Clotilda (1987) et Firinga (1989). Le plus proche des côtes que nous ayons eu ces dernières années, c'est Bejisa, passé le 2 janvier 2014 à une dizaine de kilomètres de Saint-Gilles.

Alors, la question que tout le monde se pose : est-ce qu'un Irma peut nous toucher un jour de la même façon ?

Comme je vous le disais, à La Réunion, ça n'est jamais arrivé dans l'époque moderne (on ne dispose pas de mesures pour le cyclone de 1948). Et pour tout le bassin confondu, un ou deux phénomènes rivalisent avec l'intensité d'Irma. Disons que que certaines conditions particulières sont constatées sur notre zone qui diminuent la probabilité de phénomènes de type Irma.La plupart des cyclones très intenses (hormis Bento en 2004 et Fantala en 2016) que nous avons connus atteignent cette intensité autour du 15ème parallèle. Or nous sommes sur le 21ème parallèle, nettement plus au sud, où la mer est un peu moins chaude, à 28° au lieu des 29°-30° du 15ème parallèle. Il y a donc un peu moins d'énergie disponible pour alimenter le cyclone et la circulation atmosphérique est moins favorable.

Sur le papier, ce n'est donc pas impossible mais statistiquement, la probabilité est assez faible.Mais on aussi constaté que cette zone de concentration des intensités, au 15ème parallèle, a tendance à se décaler de plus en plus vers le sud, en s'écartant de l'Equateur. Certains l'expliquent par le réchauffement climatique qui provoquerait une extension de la zone tropicale. Si ça se poursuivait, dans quelques décennies, il y aurait un impact direct pour la zone des Mascareignes.

Justement, faut-il voir dans les ouragans Harvey au Texas ou Irma, des conséquences directes du réchauffement climatique ?

C'est beaucoup plus compliqué que ça. Ce qu'on peut dire de manière claire et nette, c'est qu'Irma n'a pas été créé par le réchauffement climatique. Nous sommes en septembre, qui est le pic d'activité cyclonique pour l'Atlantique. Il y a d'ailleurs en ce moment, trois ouragans en même temps puisque José et Katia sont aussi suivis. Cette succession de systèmes n'est pas sans précédent.

Si jamais une tendance se dégage liée au réchauffement, on pourra le dire dans trente ans, quarante ans, avec le recul.

La seule chose sur laquelle tout le monde est à peu près d'accord, c'est qu'une atmosphère plus chaude peut contenir plus de vapeur d'eau, donc potentiellement plus de pluie. Certains disent que les systèmes dépressionnaires pourraient générer de 15% à 20% de précipitations supplémentaires, ce qui ne serait pas anodin, pour La Réunion.

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CCN

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