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Réunion. La commercialisation du requin devient à nouveau possible

13 Oct 2017
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Saint-Denis. Vendredi 13 Octobre 2017. Clicanoo/CCN. Les conclusions du programme ciguatera 2 sont tombées mercredi soir. La dernière étude scientifique confirme la première : les requins bouledogues et tigres sont très rarement porteurs de bio toxines. L'arrêté interdisant la commercialisation reste en vigueur. Jusqu'à quand ?

Plus rien ne s'oppose à la reprise de la commercialisation du requin. En théorie du moins. Depuis la publication, mercredi soir, des conclusions du programme ciguatera 2 sur le site de la préfecture. Une étude menée sur 45 bouledogues et autant de tigres révélant, en substance, que la présence de ciguatoxine, plus précisément de carcharotoxine est très rare. Sur les 90 spécimens analysés, deux animaux ont présenté un seuil trop élevé – dont un cas douteux. L'auteur de cette étude menée au sein d'Hydrô Réunion (ex-Arda), Jean Turquet, a renvoyé vers la pré- fecture pour savoir quelles pouvaient en être l'incidence. En 2014, au lendemain de la parution des conclusions similaires du programme Ciguatera 1, mené sur une vingtaine de squales, l'Anses* avait proposé la levée de “l'arrêté Ciguatera”. Un texte émanant de la préfecture adopté en 1999, reconduit en 2009 interdisant la commercialisation de la chair de requins.

Un interdit contesté depuis des mois par les personnes favorables à l'effort de pêche contre ces deux espèces nuisibles et ultra-dangereuses pour l'homme depuis 2011. Le sous-préfet, Frédéric Carre, s'est employé à communiquer sur les conséquences de cette étude scientifique dont la publication est attendue depuis près d'an. Le temps pour que le scientifique réalise sa synthèse et que les périodes de réserve électorale se dissipent. “Les conditions qui entraîné l'adoption de l'arrêté en 1999 et 2009 ont changé, a volontiers admis le sous-préfet. Mais ce rapport n'est qu'une pièce parmi d'autres”. Malgré des résultats tranchés, le missus dominicus de l'État est resté néanmoins très prudent : “Les tests, les méthodes ne sont pas suffisamment fiables, selon l'étude. Le scientifique appelle à approfondir la connaissance. Deux requins ont été déclarés positifs”.

“en toute sécurité”

Du coup peut-on anticiper un retour du requin sur les étals des poissonniers ? L'homme d'État s'en remet à l'Anses (dont les avis consultatifs ne lient pas le préfet) et s'interroge sur les possibilités réelles offertes pour valoriser les produits et sous-produits du prédateur. Une piste serait à l'étude avec un porteur de projet qui, à partir des sous-produits du requin serait en mesure de produire un engrais pour l'agriculture.

Directeur de l'Arvam, expert incontesté sur la ciguatera, Jean-Pascal Quod estime depuis longtemps qu'il est dorénavant “possible de rétablir la commercialisation et la consommation en toute sécurité”. Selon lui, il suffirait de réaliser systématiquement un prélèvement sur l’animal péché, puis de le placer en chambre froide, d'attendre les résultats de l’analyse avant de pouvoir le vendre. “Techniquement, c’est tout à fait réalisable”, souligne-t-il. Ne resterait qu'à convaincre les poissonniers et les consommateurs. Ces derniers ont développé un complexe anthropophagique lié à la multiplication des attaques. Manger un requin qui potentiellement peut avoir mangé de la chair humaine pose problème. Un adage créole veut aussi que “si tu manges le requin, le requin te mange”. Bref, entre manger du requin et acheter du requin, il y aurait encore de la marge. “Même le requin-mako, aussi fin que l'espadon, ne se vend plus”, selon ce pêcheur de la côte Ouest. “Le bouledogue est compliqué à pêcher. L'autorisation de le vendre ne changera pas grand-chose. Et puis, il n'a pas de système urinaire. Il évacue tout par la peau. Ça fouette dans les cales quand on le pêche”. À la poissonnerie de Cambaie, on vend des darnes et des longes de requins congelés. La niche est petite. Mais “si le prix est bas, les gens achèteront”, estime le poissonnier. D'autant que selon lui, “la ciguatera se concentre dans la tête du poisson” et n'empêche pas de manger la chair. Philippe Mangatoumani, poissonnier artisanal depuis 38 ans à Saint-Pierre, a vu les ventes de requin chuter de 80 % en 10 ans. Il en vendait 50kg par semaine avant l'arrêté. Aujourd'hui, ce qui est pêché, se donne, selon lui. “Combien de personnes sont allées aux urgences pour avoir mangé du requin ?”, interroge Bertrand Baillif, président du Comité des pêches. L'Agence Régionale de Santé de l'Océan Indien n'a pas été en mesure de répondre à la question. Selon l'Arvam, la réalité épidémiologique de cette forme d'ichtyosarcotoxisme reste difficile à évaluer. Entre 2011 et 2017, 21 foyers, dont six de ciguatera, ont été recensés pour un total de 39 patients. Le rouge-grand-queue, le poisson-ballon et le poisson-cafre étaient impliqués. Le seul cas de requin toxique rencontré était dû à la consommation d'un spécimen importé de Madagascar (Fénérive-Est). Une forme atypique avait été décelée à La Réunion. En 1993.

Yoann Guilloux

Url de cet article : https://www.clicanoo.re/Societe/Article/2017/10/13/La-commercialisation-du-requin-devient-nouveau-possible_495370

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