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Le risque zéro relève de l’impossible

27 Sep 2017
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« Sé on bon dézòd ki ka mèt on lod » dit le dicton créole. Et si personne n’aime le désordre ni l’anarchie, ni le malheur, il est des situations dont il faut savoir, d’une manière positive,  en tirer de bénéfiques leçons.

La réalité disait Renan peut être triste !  J’ai eu à le dire, nous aurons toujours dans notre rétroviseur un cyclone, une épidémie imprévisible, un cataclysme naturel.

Dire que nous n’avions pas su tirer ne serait-ce que pour l’habitat insalubre et les normes de construction, les leçons du cyclone 28, puis d’Hugo, serait injuste. Dire qu’après les raz marée nous n’avions pas mis en œuvre des règlements appropriés pour protéger les populations sur le littoral ou ayant construit sur des zones à risque près des rivières, ce serait ignorer la règlementation des 50 pas géométriques, et celle la construction sur ces zones à risque  d’une dangerosité évidente. Avons-nous ou pouvions-nous tout faire quand on sait que l’économie et le travail doivent d’abord satisfaire des besoins primaires aussi impératifs que de se loger, décemment et en toute sécurité. C’est là un paradoxe. Les conditions optimales de vie concernant l’économie se trouvent précisément dans les zones à risque. C’est à proximité des volcans que ce trouvent les terres les plus fertiles et les mieux arrosées. Mais quid des éruptions ?  Qu’en serait-il par exemple du tourisme à Deshaies, à Sainte-Anne, aux Saintes  ou de l’emploi dans  la zone économique de Jarry  si on devait interdire les constructions près du littoral ou sur la mangrove protectrice. C’est tout aussi vrai pour nos restaurants d’autant que le touriste en recherche d’exotisme,  veut « manger les pieds dans l’eau ». Sur un territoire avec une superficie et un relief contraints, vouloir appliquer d’une manière stricte et rigide  une réglementation privilégiant essentiellement le risque zéro, relève de l’impossible. Construirait-on à PAP, sur ce « polder»  quand on sait qu’un tremblement de terre ou un tsunami peut être éminent. Quid de la construction du Mémorial Acte à proximité de la mer ! Le problème n’est de construire sur le littoral mais loger les populations dans les zones à risque. A Saint-Martin, la bande littoral selon le délégué interministériel ne devrait recevoir plus aucun logement mais seulement des commerces, restaurants et activité de loisirs.

Si certains risques sont inévitables, rien cependant, avec l’expérience, le développement des sciences et des techniques, et l’excellence de notre gisement encéphalique (ingénieur, architecte, ingénierie…), ne nous empêche de nous en prémunir le plus longtemps possible. C’est le problème de la durabilité, donc celui de la prévention maximale des risques à assumer qui doit se poser. Pourrions-nous encore mieux faire ? Certainement !  Mais faudrait-il encore, que chacun là où il se trouve, prenne aussi ses responsabilités. On ne peut tout, toujours, tout le temps, reprocher à l’Etat, sa lenteur, sa bureaucratie, son manque d’investissement lorsque nous ne sommes pas nous mêmes irréprochables. Est-ce à l’Etat de curer nos ravines et autres canaux ? Est-ce à l’Etat de s’assurer que nos usines de production d’eau potable soient équipées en groupes électrogènes, régulièrement révisés ? Est-ce à l’Etat de vérifier que nos communes disposent de téléphones satellite fonctionnels ? Est-ce à l’Etat d’élaguer ces grands arbres aux abords des routes et menaçant nos maisons. Donc nos vies ! Est-ce à l’Etat de s’assurer que chacun dispose chez lui de réserves d’eau, de produits alimentaires, de médicaments pour une semaine ? Ou que nous soyons en mesure dans chaque quartier d’organiser rapidement  le nettoyage des rues sans en attendre sur l’Etat ou la commune ? Bien entendu dans une société solidaire et assurantielle,  cela ne dédouane pas pour autant l’Etat, le gouvernement, les grandes administrations publiques, l’Europe  de leurs responsabilités. Même si on doit prendre acte des moyens apportés pour un retour au plus vite à la normale, est-il ainsi acceptable que depuis Hugo, si peu de câbles électriques et téléphoniques soient enterrés ? Y-a-t-il une véritable gestion des stocks stratégiques (carburant, médicaments..) à l’échelle du pays ? Quand l’Hexagone est à des milliers de kilomètres et qu’il peut être aussi être empêché (guerre, intempérie), peut-il s’occuper des écuries, quand il y a le feu au château ! Voire an tan Sorin. Cette période où le pays avec le blocus et l’entrée en guerre des USA fut livré à lui-même ! La responsabilité si elle est individuelle, est aussi collective. Il est d’ailleurs intéressant de noter la réaction collective des élus Guadeloupéens après la publication de l’arrêté de catastrophe naturelle qui  a discriminé une partie de l’Archipel (cf page 18). Sé on men ki ka lavé lot ! Cette Solidarité des Guadeloupéens envers leur peuple, ne doit pas faire taire cependant, celle que nous devrions porter à nos voisins et frères Saint-Martinois et Dominiquais.

Le propre des cyclones c’est de fragiliser d’abord les plus faibles et  de mettre à nu nos insuffisances.

Oui, ces deux cyclones doivent nous inciter réellement à remettre à plat un certain nombre de pratiques. Il faut faire entrer dans les cabèches les réflexes de cette culture du risque. Et cela de l’école jusqu’à la tombe,  dans les entreprises, dans les associations, les familles et les médias. Il est en effet avéré par exemple, que le plan Orsec avec ses différentes phases de couleurs reste encore énigmatique pour bon nombre de Guadeloupéens, même les plus avertis. Peu d’entre nous font la différence entre une vigilance météo jaune et une alerte cyclonique jaune. Que dire aussi lorsque certaines collectivités ou administrations libèrent leurs agents dès la vigilance orange, alors que tout le tissu économique fonctionne normalement ? Que peut-on faire ou ne pas faire pendant la période grise ?  En cas de risque majeur, il faut un pilote expérimenté dans l’avion.

Il faut aussi revenir aux mesures de bon sens comme l’instauration de citernes à côté des maisons comme c’était le cas auparavant.

Il faut en être convaincu, Irma et Maria ne sont que les archétypes des cataclysmes qui nous attendent à l’avenir. Préparons-nous à relever victorieusement, solidairement, et en toute intelligence collective, ces défis.

jrc

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Jean-Claude Rodes

Directeur de la Rédaction du Progrès Social

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