Changer de stature

02 Jan 2015
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Frantz Succab, chroniqueur de CCN , poursuit une réflexion entamée depuis longtemps sur ce qu’il résume par la formule du changement de « stature », qui lui semble être l’étape immédiate vers l’émancipation politique de la Guadeloupe. On peut ne pas être d’accord sur tout, mais souhaiter que cette contribution puisse permettre de poser le débat public sur de nouvelles bases !

 


J’aimerais tenter d’expliquer, ou de m’expliquer, cette idée de « mouvement citoyen » qui se fait de plus en plus courante et prégnante chez les uns et les autres, jusqu’à se traduire pour les prochaines échéances régionales par le vœu d’une « liste citoyenne ». Loin de devenir une mode, cela semble être une réponse encore diffuse, presqu’instinctive à la crise du politique.

 

Tout d’abord, parmi tous ceux, simples citoyens, qu’il m’a été donné de d’interroger, personne ne parle ni de mouvement ni de liste « apolitique » mais, au contraire, d’un effort collectif de réhabilitation du politique. Car il y a aussi ce constat : hormis quelques uns qui usent, voire abusent, de la scène médiatique, l’écrasante majorité de la représentation politique est mutique hors saison électorale. Rares sont les gens qui connaissent le nom et le visage de l’ensemble des conseillers généraux et régionaux. Loin de constituer une vraie représentation politique, ils sont eux-mêmes représentés par deux ou trois, se privant de parole publique, nous privant de leurs éventuels apports au débat public.

J’ai rencontré un désir partagé, avec les mots qu’on peut, d’assainir les termes du débat politique : pourquoi, par exemple, ce langage de comptable pour parler de la vie ? N’est-ce pas de notre vie à tous, et de comment nous la vivons ensemble, que l’on parle, quand il s’agit d’économie, de culture, d’environnement, etc...

Voici ce qui revient souvent: Dr Henry Joseph, Pierre-Yves Chicot, par exemple, et bien d’autres, très connus dans le monde économique et culturel, n’étant ni des élus politiques, encore moins des politiciens, semblent précisément honorer le politique aux yeux des gens. Qui pour convaincre que la Guadeloupe doive s’appartenir à partir de sa production alimentaire, à partir du respect de sa biodiversité, qui pour éclairer sur les questions institutionnelles, sociales ou culturelles. Loin d’utiliser l’ignorance des foules à leur profit, ils n’ont de cesse d’ouvrir au plus grand nombre l’accès à la connaissance. Il s’agit bien là d’un exercice de la citoyenneté élevé à l’échelle du politique, c’est-à-dire, de l’appropriation par tous des affaires de la cité.

Ainsi se dessinent quelques grandes questions et, en creux, des amorces de réponses :

  • Pour changer la Guadeloupe, être élu dans les conditions actuelles de passe-droits, de petits arrangements entre parents et amis ou de retours d’ascenseur, est-ce la meilleure façon ? Puisque tout ce qui a changé durablement en matière d’usage des libertés démocratiques et de renforcement de l’identité vient en premier lieu de regroupements de citoyens actifs et dévoués, au moins en ce dernier demi-siècle.
  • Pour changer la donne politique, suffit-il de changer le nombre et le nom des élus, sans renverser l’intention politique elle-même ? Puisque le mécanisme pseudo-démocratique qui a cours depuis des décennies est rodé pour laisser la classe politique inchangée, à quelques noms près. Puisqu’il fait en pratique, même de nouveaux élus, des femmes et des hommes du passé.

Tous ces constats indiquent des points de mûrissement, quoiqu’encore timides, de l’opinion guadeloupéenne. Des braises actives sous la cendre. À ne pas prendre à la légère.

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Frantz Succab

Frantz Succab est un journaliste indépendant en Guadeloupe et est auteur dramatique et militant culturel -citoyen. Membre du Kolèktif pou Sové Gwadloup (KSG).

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1 Commentaire

  • fouyaya
    fouyaya samedi, 03 janvier 2015 07:21 Lien vers le commentaire

    bonjour mr succab
    vous avez le merite de faire court mais il faut etre aussi direct pour etre efficace
    soit dit les antillais se fouttent de la politique 60% d'abstention , les structures familiales solides n'existent pratiquement pas c'est l'echec des parents des adultes et des citoyens
    ne parlons pas de l'economie c'est aux autres de prendre des risques , le plus dramatique c'est que les medias , les intellectuels n'osent pas dire a cette population ses faiblesses ses aberrations sur le plan social , economique encore un petit effort .

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