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La crise de l’eau est d’abord une question politique…

29 Jan 2018
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71 millions ! C’est le chiffre de la semaine. En effet, c’est le chiffre qui sym-bolise la réunion des présidents des EPCI de Guadeloupe à propos de l’eau. Mais chacun l’aura bien compris. La multiplicité des réunions qui se sont tenues dans la foulée n’auront pas masqué les divergences profondes qui divisent les élus Guadeloupéens. Divisions qui pour une bonne part sont à l’origine de ce que l’on appelle “la crise de l’eau”. On se rend bien compte que l’on a  vécu une semaine où tout s’est accéléré. En tout cas sur le papier. Car, et c’est bien ici que le bât blesse, on en est toujours à des projets de projets. En effet, dans un premier temps on a annoncé la venue du secrétaire d’Etat Lecornu, missionné pour donner  un coup de fouet sinon un coup de pied au derrière à tous les acteurs de la filière Eau. En outre, une série d’initiatives privées venant tant des associations d’usagers que de groupements de consommateurs qui ont décidé de porter l’affaire devant les tribunaux en déposant des plaintes visant notamment la communauté du sud Basse-Terre. Aussitôt, les présidents des intercommunalités (EPCI) — Eric Jalton en tête —qui normalement auraient dû être dès l’origine en première ligne sur ce dossier, ont repris l’initiative.

Dès lors la Région, pour ne pas se laisser “doubler” convoquait une réunion de “préparation à la conférence territoriale de l’action publique” dont le but en réalité était de reprendre la main. Ary Chalus  annonçait la participation de la Région à hauteur de 30 millions. Du coup, le Département et l’Etat étaient enjoints eux aussi à fixer leur participation sous peine d’apparaître comme les vilains petits canards.

JBL ,  qui pourtant était la seule à avoir jusqu’ici réellement mis au pot en investissant pas loin de 60 millions sur les trois dernières années, ne pouvait faire avancer l’affaire qu’ en réunissant les techniciens des différentes collectivités. Pour sa part, l’Etat qui bien que n’ayant pas de responsabilité directe, ne pourra en aucun cas se dédouaner tant par rapport aux taxes perçues sur l’eau que par rapport au devoir de protection de ses citoyens. Même face à la gabegie de leurs propres élus.

On voit bien ici, que  toutes ces initiatives, toutes ces décisions et propos lénifiants  sont sous-tendus par des arrières pensées politiques. Il suffit pour s’en convaincre qu’il n’a jamais été question par exemple de définir la gouvernance de ce fond d’urgence. On ne sait toujours pas quelle sera la participation des différentes EPCI, pas même celle de Cap Excellence. Surtout que l’on sait qu’à part Cap Excellence       la plupart des autres EPCI n’est pas  en mesure de mobiliser des fonds ni même d’emprunter pour investir dans les réseaux de distribution d’eau. Qui donc fixera concrètement  l’ordre de priorité des travaux? Qui pourra faire des appels de fonds ? Et à quelle sauce seront mangés les consommateurs (sur leurs factures) mais aussi les contribuables (sur leurs impôts) ?

Autrement dit, le délai de deux ans fixé pour lancer les travaux d’urgence, risque bien d’être très largement dépassé. D’autant que ce faisant, on reporte aux calendes grecques la mobilisation des  600 millions d’euros nécessaires pour réparer et reconstruire les réseaux de distribution et les usines de production dans leur totalité. Qui peut dès lors nous certifier à quelle date l’ensemble des foyers Guadeloupéens sera alimenté ? Il aura fallu la colère de la population courroucée parce que “dérespekté” pour que les élus   parviennent enfin à se mettre autour d’une table et à signer un protocole sur cette épineuse question. Mais malgré les déclarations se voulant apaisantes du président de Région, même, suite à son périple à l’Elysée, qui n’est pas le chemin de Damas, on peut demeurer prudent quant à l’effectivité de ces mesures lorsque l’on connaît  les enjeux que recouvre ce marché de l’eau. Surtout avec ces mêmes élus qui sont parvenus à faire de l’eau un marché au sens politicien, mercantile voire mafieux.

Il faut ici noter la détermination, certes tardive de la population poussée à bout et qui n’en peut plus. Désormais il s’agit d’engager la responsabilité tant civile, pénale que financière des élus pour leur gestion calamiteuse. Un laisser-aller de décisions aux complicités rhizomiques  prenant leur racine dans un  passé qui  impacte le présent et ruine notre futur.

Oui, il faudra bien que l’on sache un jour où est passé l’argent de l’eau au cours de ces vingt dernières années. Un audit technique et financier sur la gestion de l’eau : voilà une urgence qui doit empêcher certains de dormir.

Dlo mousach pa lèt !  Pasqua a raison. La promesse des élus n’engagent que ceux qui les écoutent.  Vigilance, donc. Vigilance. L’eau au plus vite doit couler dans tous les robinets de notre archipel ! Et dans la plus grande transparence.

JCR

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Jean-Claude Rodes

Directeur de la Rédaction du Progrès Social

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