Gérer une crise grave, d’une importance vitale

28 Mar 2018
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Déjà trois mois et demi, que le CHU de la Guadeloupe a subi un grave incendie. Un incendie qui a eu des conséquences très inattendues, pas seulement sur l’ensemble du système de soins de la Guadeloupe. Il pose également des questions sur ce qu’est la gouvernance en Guadeloupe, le rôle de l’Etat en Guadeloupe, celui de l’Europe en Guadeloupe, et ce que veulent les Guadeloupéens.

Cet incendie, n’aurait sans doute pas fait l’objet de tant discussions, de réunions ni de tergiversations ni même de bavardages, s’il s’était agi d’un CHU de la région Parisienne, Marseillaise ou Lyonnaise. Ce sont des responsables hexagonaux qui le disent et pas uniquement de l’opposition. Selon la ministre de la Santé “herself”, prenant ses responsabilités, cet incendie ou du moins ses conséquences auraient déjà été réglées si cela s’était passé dans l’hexagone car la pression de l’opinion et des médias aurait contraint à prendre des décisions urgentes, fermes, claires et efficaces.

Il faut dire que notre CHU était devenu le nœud central, le poto mitan sur lequel reposait la quasi-totalité de l’offre de soins pointus en Guadeloupe. Cette volonté centralisatrice privilégiant une gestion uniquement comptable, contestée tant par les syndicats de salariés, mais aussi de praticiens, relève une fois de plus d’une absence de lucidité et de réalisme, ne prenant pas en compte le caractère archipélagique de la Guadeloupe avec ses contraintes, ses faiblesses mais aussi ses atouts et avantages. C’est le fruit d’une vision jacobine et comptable.

Cet incendie, comme une boîte de Pandore qu’on a ouverte, met en effet à nu, une incapacité à gérer une crise grave, d’une importance vitale. Et l’inquiétude est encore plus grande quand la crise pollue les structures même des centres de décisions. Ce management panique s’illustrant par des bégaiements, on l’a vu lors des cyclones Irma et Maria, où les autorités centrales et périphériques ont été prises de court. On le subodore aussi au moment des exercices “séisme” et “tsunami” qui concluent en général à de graves conséquences — même en termes de vies humaines — tant nous sommes — la population et les autorités — mal ou pas préparés à subir de tels cataclysmes.

Notre capacité de résilience est loin du niveau que l’on se doit d’exiger, ne serait-ce que dans la mise en œuvre de mesures préventives régulières et d’évaluations rigoureuses.

Nous avions eu à le dire. Il est trop facile et trop courant pour des natifs-natal, de désigner les fautifs “exogènes”, alors que leur responsabilité décisionnelle est en cause. C’est facile de crier à tue-tête la “Gwadloup sé tan nou”. C’est moins simple de faire preuve de responsabilité et de conscience professionnelle. C’est facile de se dérober grâce à des certificats médicaux de complaisance. C’est moins simple de retrousser ses manches dans un élan “patriotique” pour se mettre au service dans cette situation exceptionnelle, des patients Guadeloupéens. Ce manque de hauteur, est aussi malheureusement l’apanage de la classe politique qui n’arrive pas à parler d’une seule voix. Mais peut-on s’étonner de cette cacophonie, de cette désertion, quand les ambitions de pouvoirs financiers et électoralistes, l’emportent sur l’intérêt général.

Là est le scandale. Et même l’inacceptable, car après trois mois d’hésitations, d’atermoiements, de revirements, nous en sommes encore à se questionner sur la méthode et les moyens à mettre en œuvre. Pire, il a fallu attendre la venue de la ministre des Outremers, pour espérer une décision quant à la remise en état des deux tours. Encore aujourd’hui, la nouvelle directrice de l’ARS nouvellement nommée, est attendue comme le messie. Et le temps passe. Les promesses à rallonge et du faire-semblant s’étirent. Et les souffrances demeurent.

Pourquoi les intérêts corporatistes et des ti-mal, doivent-ils toujours passer avant l’intérêt général ? Pourquoi n’est-il pas possible d’espérer pour le bien-être, la dignité et la santé des Guadeloupéens, que tout le monde se mette d’accord sur une méthode, des procédures précises. Pourquoi les médecins du CHU, le personnel et les dirigeants même au plus haut niveau sont-ils autant divisés ? Est-ce sur les réseaux sociaux que doivent se régler des questions aussi importantes, par des cancans, des règlements de compte personnels et des affrontements de clans ?

Oui, cet incendie aurait dû être l’occasion pour les Guadeloupéens de montrer leur capacité à s’auto-prendre en charge en temps de crise. L’occasion de montrer notre solidarité, notre volonté de faire preuve de consensus, d’abnégation, de responsabilité. De montrer à notre population qu’elle peut compter sur la maturité des Guadeloupéens. Et donner plus de balan à une évolution institutionnelle plus conforme à nos attentes et réalités.

Cette posture de dénonciation, de critique toujours négative teintée de populisme, sans pour autant jamais féconder des proposions des actions positives, réalisables, efficaces, disons-le franchement, est préjudiciable à la confiance qui cimente un peuple.

Cette solitude dans l’engagement, est un travers trop fréquent chez nos décideurs locaux qui prennent en passion leur propre image, d’où les nombreuses querelles de clocher.

Il n’y a pas que les ancêtres qui pleurent. C’est du gâchis ! Car notre pays recèle en son sein de toutes les intelligences, des ressources logistiques, humaines et matérielles pour relever les défis complexes de la modernité. Et du bien vivre ensemble !

JCR

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Jean-Claude Rodes

Directeur de la Rédaction du Progrès Social

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