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Les Incoherences du découpage

28 Jan 2015
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“Une société n’est forte que lorsqu’elle met la vérité sous la grande lumière du soleil” disait Emile Zola. Pourtant nos prochaines élections départementales de mars risquent fort de se jouer encore une fois sous un rideau de fumée. Avec des stratégies machiavéliques, n’ayant comme seule finalité que le résultat. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la politique réduite à la real politik, relègue la morale et la logique au second plan. La culture du résultat, c’est la culture de la gagne présente et à défaut, différée. Il faut savoir relativiser, car mêmes les défaites peuvent être rentabilisées sur d’autres échéances électorales. En d’autres termes il s’agit de limiter les pertes lorsque l’on ne peut pas maximiser les gains.

 

L’occasion donc de rappeler que ce scrutin des 22 et 29 Mars 2015 qui désignera le nouveau Conseil Général est singulier à plus d’un titre. Les futurs Conseillers généraux s’appelleront désormais Conseillers Départementaux. Le Conseil général rebaptisé Conseil départemental sera renouvelé intégralement tous les six ans.

Le souci du législateur d’imposer la parité hommes- femmes a conduit à l’instauration d’un binôme composé d’un homme et d’une femme qui, devront être élus ensemble sur chaque canton. En outre, un suppléant et une suppléante leur seront adjoints afin de garantir au maximum le maintien de la parité en cas de démission, incapacité ou décès. Par ailleurs, les cantons eux-mêmes ont été très largement redessinés afin de conserver le nombre de conseillers. Pour faire simple, une base approximative de 20.000 habitants par canton a été définie pour la Guadeloupe. Du coup le Conseil Départemental comptera deux conseillers de plus que l’ex Conseil Général (42 au lieu de 40). C’est ainsi qu’un seul canton a été défini pour Terre de Haut, Terre de Bas, Vieux-Fort, Trois-Rivières et Gourbeyre (ouf). Par ailleurs, Basse-Terre et Saint-Claude ont été regroupées au sein d’un même canton. Les Abymes vont gagner un conseiller en passant de 5 à 6 tandis que Pointe-à-Pitre n’aura plus que 2 au lieu de 3. Bien évidemment ce découpage comme tous les découpages électoraux est fait à la mesure de celui qui découpe c’est-à-dire du parti au pouvoir. Et il a donc engendré moult mécontentements et des incohérences. Comme notamment le canton n°18 avec une partie de Sainte-Rose 1, Deshaies, Pointe-Noire et une partie de Bouillante. L’autre partie de Bouillante étant rattachée à Vieux-Habitants et Baillif. C’est également le cas à Gosier, dont une partie est rattachée au canton Abymes 3. Ou encore la commune de Petit-Bourg qui aurait pu constituer un canton entier, mais qui a été découpée en deux parties. L’une rattachée à Goyave et l’autre à Baie-Mahault. Il faut reconnaître par contre que certains cantons - même constitués de plusieurs communes - gardent une certaine cohérence. C’est le cas pour l’île de Marie-Galante. C’est le cas dans le Nord Grande-Terre. Et c’est le cas évidemment pour toutes les communes-cantons. Ce redécoupage et l’instauration d’une stricte parité vont inéluctablement redistribuer les cartes. Mécaniquement, plusieurs Conseillers sortant (surtout masculins) risquent de perdre leur poste. C’est le cas notamment dans les nouveaux cantons Abymes 3, Sainte-Rose 1, Trois-Rivières, Petit-Canal ou Saint-François où devraient s’affronter 2 ou 3 conseillers généraux sortants.

Rappelons, que pour être élu au premier tour, un binôme devra obtenir au moins la majorité absolue des suffrages exprimés et le quart des électeurs inscrits. Sinon, pour se présenter au second tour, il devra faire partie des deux premiers binômes du premier tour ou avoir obtenu 12,5 % des électeurs inscrits.

Précisons que la Guyane et la Martinique ne voteront pas en Mars puisque la collectivité unique remplaçant le conseil régional et le conseil départemental sera élue (peut-être) en décembre 2015, en même temps que notre conseil régional. Les mandats de leurs conseillers généraux ont été prolongés jusqu’à cette date.

A l’échelle cantonale, l’équation personnelle, la présence sur le terrain et l’implantation locale jouent un rôle considérable pour cette élection. C’est également le cas des « baronnies » locales, des grandes familles dessinant la carte politique de la Guadeloupe. Il y a peu de temps encore, on ne pouvait émerger sans être adoubé par un potentat de la vie politique. Un Boisneuf, un Légitimus, un Rosan Girard, un Satineau, un Souques. Plus près de nous, la prégnance de Lucien Bernier, Frédéric Jalton sur la vie politique était manifeste. Depuis les années 80, Lucette Michaux Chevry régne sans partage sur la droite locale. On soupçonne toujours son alter-ego à gauche, Dominique Larifla de tirer encore quelques ficelles. Victorin Lurel depuis son avènement à Région a « fait » quelques élus. Mais les nouvelles générations, mieux formées, plus au fait de la chose politique et sans doute aussi plus opportunistes ont tendance à s’affranchir de la tutelle d’un parti ou d’un mentor. Nous sommes à la croisée des chemins avec l’arrivée des quadras issus de grandes écoles, très au fait des nouvelles technologies de la communication et du marketing. Entre les ambitions légitimes des candidats et les « faiseurs » de rois, c’est à se demander aussi, quel est le poids sinon la légitimité véritable des partis qui doivent - bien avant les élections - préparer un programme et désigner démocratiquement leurs meilleurs candidats au sein du parti, pour l’exercice du pouvoir.

Les années changent et comme les générations, les enjeux ne se ressemblent pas. Il va falloir donc jouer serré avec cette grande redistribution des cartes de l’élection départementale qui en Guadeloupe préfigure les élections régionales de décembre.

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Jean-Claude Rodes

Directeur de la Rédaction du Progrès Social

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