L’incapacité de nos élus…

19 Mai 2018
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La démocratie moderne est une expérience difficile. Elle n’est pas seulement un système d’agencement des pouvoirs et de Ti-mal se tirant souvent dans les pattes engendrant défiance, haine, cacophonie et immobilisme. La démocratie même tropicale ne peut être une forme de société bêlante, où le citoyen serait hors-jeu, des problématiques sociétales. La démocratie, n’est pas uniquement d’un côté ceux qui disent, désinforment, manipulent et en imposent (Etat, collectivités locales, syndicats, médias, religions…). Et de l’autre des citoyens désinformés, assujettis, apeurés, malmenés, maltraités, car dérespekté. La démocratie n’est pas une forme de société où tous sont d’accord et parlent d’une même voix : elle a pour tâche de créer et de maintenir un espace commun qui est aussi un espace d’invention imprévisible parce que s’y manifestent et s’y expriment des citoyens libres. Mais cette liberté d’opinion n’est pas un fourre-tout ni un déversoir. Nombreux sont chez nous, ceux qui se prennent pour le messie et dont l’opinion ne serait que parole d’évangile.

Chacun se croit ainsi autorisé à livrer publiquement son “expertise” nonobstant son ignorance, son incompétence sur le sujet. Plus grave, il est commode, en toute immaturité, de faire fi de toute responsabilité puisqu’on en n’a pas à en payer le prix. Il faut interroger ces procédés et ces méthodes qui en disent long sur la maturité de certains.

Il faut aussi réinterroger le mille feuille administratif qui renforce encore ce sentiment d’irresponsabilité. Mon intention ici, n’est pas d’accabler ni d’en rajouter sur ces politiques de l’affrontement permanent conduisant à une incapacité à « faire ensemble ». Il n’y a qu’à voir le sujet des sargasses et à son traitement davantage électoraliste et partisan que celui d’une urgence à résoudre. Nous avons passé deux mois pour définir de quelle responsabilité cela relève-t-il. Si gouverner c’est prévoir, chaque responsable du mille-feuille, devrait se montrer moins péremptoire et s’inquiéter plutôt du bien-être de la population qui souffre et qui subit les désagréments. Les communes ont fait appel aux intercommunalités dont ce n’est pas la compétence, qui en appellent aux collectivités, qui elles-mêmes se rendent compte qu’il s’agit de la responsabilité de l’Etat. Ce dernier, dont le je m’en foutisme est patent, se défausse à son tour cyniquement sur les communes. La boucle est bouclée.

Il est évident que cette conflictualité permanente rend les choses difficiles. Mais peut-on se satisfaire de cette analyse pour justifier les difficultés actuelles. Car ce que nous vivons aujourd’hui, au-delà de cette incertitude structurelle, c’est l’incapacité de nos élus à répondre aux besoins de la population, urgence ou pas.

Il faut donc entendre le cri des gens, qui n’en peuvent plus d’avoir soif, d’être empoisonnés, intoxiqués, d’être mal soignés. Il faut aussi entendre le cri des entreprises qui ne sont pas payées, des associations qui ne sont pas aidées. Lorsque l’imprévu s’invite à table, on doit être capable lorsqu’on est responsable de savoir réorienter ses choix, de s’adapter. La Guadeloupe attend autre chose que des palabres et des polémiques stériles entre petits chefs sur les réseaux sociaux ou à la radio. Il est urgent de sortir de cet immobilisme de pacotilles pour en revenir à l’essentiel, à l’exercice réel du pouvoir, à la responsabilité. Ce qui sous-entend prévision, anticipation, préparation, budgétisation et financement à long terme des actions.

Ce malaise démocratique que j’évoquais plus haut, procède me semble-t-il, d’un divorce entre la liberté et le pouvoir. Nous sommes de plus en plus libres à titre individuel mais cette liberté fondée sur l’individualisme compte de moins en moins dans le façonnement du destin collectif. C’est dire que nous avons de moins en moins de pouvoir collectivement parlant. C’est ce en quoi la démocratie perd son sens car la liberté de chacun, déconnectée de l’intérêt général, n’est pas le pouvoir de tous. Dlo mousach pa lèt ! Soyons donc véyatif.

RJC

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Jean-Claude Rodes

Directeur de la Rédaction du Progrès Social

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