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Barrages... marches de la colère... discours enflammés : Tout est à craindre !

07 Jui 2018
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Goethe n’était pas Guadeloupéen, mais quand il affirme qu’une nécessité non suivie d’action amène à la pestilence, aucun Guadeloupéen, consommateur, contribuable, jenn kon mi, n’osera dire le contredire.

Alors que l’on croyait avancer vers une sortie de crise sur la question des sargasses, il s’avère en réalité que nous ne sommes qu’au début de l’affaire. Les élus qui semblent avoir pris la mesure du problème, interpellent enfin — et plutôt vertement — l’Etat.

Le nouveau préfet lui-même, en se rendant à Marie-Galante pour sa première sortie sur le terrain a voulu signifier que les sargasses constituaient sa principale priorité. Pour autant, les moyens ne suivent pas. D’autant que personne n’est capable d’estimer la durée de la crise et encore moins l’importance des échouages. On se querelle toujours sur l’origine réelle des sargasses, et surtout de l’impact sur la santé des personnes ainsi que sur la pérennité des biens d’équipements. En réalité, ce manque de moyens conduit l’Etat à tergiverser pour assumer ses responsabilités. Pourtant, elles sont bien réelles. C’est de sa responsabilité d’éviter, d’empêcher par tous moyens l’échouage des algues sur nos côtes. Le domaine maritime lorsqu’il fournit des ressources pétrolières, halieutiques, et dicte les orientations géopolitiques et géostratégiques demeure le pré-carré de l’Etat. Pourquoi ne le serait-il plus lorsqu’il s’agit de sargasses ?

Mais nos élus comme d’habitude, n’ont pas immédiatement appréhendé l’importance de cette crise. Croyant sans doute pouvoir faire face avec leurs propres moyens. La débandade semble être collective, car trop de bégaiements inadmissibles et trop de solitude des acteurs. Et quand le peuple désemparé crie si fort « anmwé », et que personne ne l’entend, on ne peut plus se remettre qu’aux seuls diagnostics délivrés par des experts. Il est symptomatique que la nature avec les cyclones, les sargasses ou le destin avec l’incendie du CHU viennent ainsi nous mettre face à nos propres turpitudes, notre imprévoyance et notre irresponsabilité. Comme pour l’eau avec l’exaspération des usagers, il a fallu que des écoles soient fermées, que des activités nautiques soient interdites, que certains quartiers soient purement et simplement vidés de leurs habitants pour que l’on se rende compte que nous faisons face à une vraie catastrophe sanitaire, économique et écologique. Il a fallu la défiance des enseignants face au recteur, l’ire des parents d’élèves face aux maires pour qu’on prenne la pleine mesure de l’ampleur du désastre. Même les ministres ne semblent toujours pas conscients des enjeux, tant les mesures prises ne sont pas à la hauteur.

Pour l’heure, au moment où l’on est encore à la recherche des vraies responsabilités, la population ne sait plus qui croire ni à qui s’en remettre. Elle est donc naturellement tentée de s’abandonner aux ténors de l’action radicale et spectaculaire. D’où des barrages, des marches de la colère, des discours enflammés de tribuns qui eux-mêmes n’ont aucune solution quand bien même ils se disent prêts à tout casser, à tout affronter, voire mettre le pays à feu et à sang ! 

La Guadeloupe va, tel un bateau ivre, où cacophonie, passion, déraison et irresponsabilité, alimentent le carnaval de l’immaturité collective. Mais, c’est dans la tourmente et la difficulté qu’on voit la qualité de l’équipage et du capitaine tout comme c’est au pied du mur que l’on voit le maçon. Mais quand toutes les solutions préconisées sont sitôt contestées et s’apparentent à des déclarations de mise en cause, de guerre, voire de provocation, tout est à craindre.

Quand la raison vacille et les logiques deviennent irrationnelles, les administrés sont prêts à saisir toutes les mains qui se présentent. Entre eau bénite et prières, gardons-nous, quand on désespère, de saisir la main du diable !

Notre société ne doit plus être malmenée par des ambitions de l’individualisme et des carrières. An péké jen las. Devrais-je ici, encore me répéter, nos décideurs, comme les populations qui les légitiment, gagneraient à distinguer entre l’essentiel et l’urgence. Et mieux à saisir l’urgence de l’essentiel !

Car pour l’heure, le temps passe, les problèmes demeurent, s’amplifient et, populisme oblige, le ton monte ! De ces stratégies concurrentielles, en définitive, seules les populations en souffrent. Lucidement et sans complaisance aucune, il faut analyser cette incapacité chez nous à ne pouvoir s’accorder sur rien. Quand l’absence de volonté politique alimente l’impuissance et l’immobilisme des acteurs, il arrive que les fous s’emparent l’asile. Surtout lorsque l’on a l’impression que derrière chaque position, chaque déclaration, se cache toujours une ambition politicienne, une stratégie électoraliste. Une démission de plus.

Fo respekté pèp gwaloup ! Nous n’avons pas à empêcher le pays de tomber, il est déjà tombé. Notre devoir maintenant est de le relever.

JCR

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Jean-Claude Rodes

Directeur de la Rédaction du Progrès Social

Toute l'actu de la Guadeloupe et des Caraïbes.

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