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La Région Guadeloupe : moteur de culture ou moteur du développement culturel ?

17 Juil 2018
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C’est en feuilletant le « Go Events, guide officiel 2018 de l’évènementiel », que je me suis rendu compte de l’importance réelle, souvent démesurée, de l’activité culturelle ou considérée comme telle dans notre pays.

Pas une semaine en effet sans que ne se déroulent, a minima, trois importantes manifestations d’ordre « culturel ».

Oui, j’ai mis cette fois des guillemets à « culturel », car souvent en Guadeloupe, le mot ou le concept « culture » recouvre parfois tout et presque n’importe quoi…

Si on ne s’arrête que sur les « Festivals » qui sont théoriquement dans l’échelle « évènementielle » le haut niveau, on n’en dénombre pas plus d’une dizaine qui ont passé le cap des 10 ans et qui se pérennisent : Le Gwo ka, (Festival Sentann), Le Cinéma*, (le Femi), les musiques, (Terre de Blues et Ilo Jazz), Le livre de jeunesse et la BD ( Karibulles et Caribulles).

A ceux-là il faut ajouter la manifestation la plus emblématique, la plus populaire, la plus symbolique, la plus puissante qu’est le Carnaval. A lui tout seul, il draine chaque année un public plus important et sur une plus longue durée que l’ensemble des « festivals culturels ».

Le carnaval guadeloupéen qui tente, depuis la création de « l’Office Guadeloupéen du Carnaval (OGC) », de se structurer pour peser de tout son poids sur le plan économique, est, de ce point de vue, à ses balbutiements. Mais l’importance que lui accorde depuis quelques temps « Cap Excellence, la Communauté d’Agglo de la région pointoise », peut être porteuse d’espérances à terme ;

Une démarche similaire, en termes d’investissements dans ce qu’on nomme les industries créatives, mérite d’être soulignée, c’est l’important travail du « Bureau d’Accueil des Tournages » (BAT) de la Région Guadeloupe. En l’espace de 10 ans, il s’est fait une vraie place au soleil. Il organise et met en place en Guadeloupe, les tournages des séries (ex ultra connu « Death in paradise »), de films tels que « Minuscule », « Le gang des Antillais » ou plus récemment, « All inclusive ». Le BAT joue donc pleinement son rôle de facilitateur dans le domaine du cinéma, car il a, depuis sa création en 2008, à sa tête un vrai pro du cinéma, Tony Coco-Villoin. Si à cela on ajoute le Mémorial Acte, devenu en l’espace de 3 ans le « place to be » dans le domaine de l’animation culturelle. Même si au plan de son contenu idéologique et du traitement des questions historico-mémorielles, il y a de très nombreux correctifs à apporter, le MACTe, au-delà de son architecture audacieuse, est aussi une vitrine de qualité pour notre pays.

On le constate, du point de vue des industries culturelles créatives (ICC), la Guadeloupe possède un potentiel considérable. Il est pour l’heure, sous exploité, peu mis en valeur car nos politiques, en plein 21è siècle, n’ont pas vraiment la véritable conscience du poids économique de ces ICC. J’ai donc relu le discours d’Ary Chalus, lorsqu’il présentait sa liste « Changer d’avenir » (nov. 2015), s’agissant des Industries Culturelles Créatives, pas un mot. Il évoque cependant très rapidement le « rayonnement culturel » sans aller plus avant. Plus loin, il parle bien de valoriser les « créateurs culturels », mais son véritable credo pour l’avenir, c’est « la croissance verte et bleue ».

 

La Guadeloupe a un impérieux besoin de croissance économique et de rayonnement culturel pour créer de la richesse et créer des emplois. Sans emploi, il n’y a pas de société dont on puisse garantir la cohésion.  Notre avenir repose sur notre capacité à encourager la création de valeur et d’emploi ». Les dix dernières années écoulées sont la preuve qu’une nouvelle approche de l’action régionale est absolument nécessaire. Cette approche nouvelle prend appui sur nos atouts. Notre première richesse est la femme et l’homme de Guadeloupe. Notre politique doit valoriser les agriculteurs, les pêcheurs, les créateurs culturels, les entrepreneurs et futurs capitaines d’industrie. Nos start-up d’aujourd’hui peuvent être des multinationales demain. Nos aspirants entrepreneurs, nos inventeurs, nos découvreurs sont là, bien formés, déjà prêts. Il leur manque une vraie politique d’accompagnement. Une de nos faiblesses est l’insuffisante exploitation des secteurs de production traditionnels vitaux comme l’agriculture et la pêche. Nous croyons précisément en l’avenir d’une croissance verte et bleue en Guadeloupe, source de sécurité alimentaire. »

Sans nier l’importance de cette « croissance verte et bleue », il nous semble tout aussi pertinent d’avoir une nouvelle approche de ces ICC.

L'Unesco en donne une définition : « Les industries culturelles et créatives (ICC) sont les secteurs d’activité ayant comme objet principal la création, le développement, la production, la reproduction, la promotion, la diffusion ou la commercialisation de biens, de services et activités qui ont un contenu culturel, artistique et/ou patrimonial »

Pour ce faire, la Région, qui se proclame « moteur de la culture », devrait, à notre sens, commencer par faire un état des lieux, un panorama réel de cette Guadeloupe créative.

Quelles en sont les potentialités ? Comment en faire un moteur de développement culturel ? Ainsi donc, si ces États généraux de la Guadeloupe Créative se faisaient, nous serions en mesure de mieux initier le développement de ces ICC et permettre ainsi à tous ces créateurs et producteurs culturels de ne pas être souvent dans l’attente d’une subvention ponctuelle qui ne régle pas vraiment le problème de fond.

Car l’absence d’une réelle politique du développement culturel, a pour conséquence une politique de « saupoudrage », laquelle n’est pas souvent porteuse d’avenir ni de changement.

Il y a de cela près de 40 ans, Kassav’ créait le zouk et ouvrait ainsi la porte à la création dans le domaine musical. Depuis, PSE et mort, Jacob vieillit, Pierre Edouard Decimus pas très jeune mais toujours cré-actif, nous disait dernièrement que les politiques n’ont toujours pas compris que nos musiques pouvaient nous permettre de «filé zétwal ».

*Outre le FEMI, il existe en Guadeloupe 6 autres festivals de cinéma 

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Danik I. Zandwonis

Directeur de rédaction de CCN et fondateur du site.

@ : danik@mediacreole.com

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