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L'affaire Benalla : Faits divers ou affaire d'Etat ?

03 Aoû 2018
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Alors que les vacances battent leur plein, alors que les problèmes fondamentaux de la Guadeloupe demeurent et même s’amplifient (eau, sargasses, CHU, chlordecone, déchets, transports…), alors que le chômage continue a tutoyer les sommets, voilà que l’actualité politique, même en Guadeloupe, est accaparée depuis presque trois semaines par un fait divers. Ce fait divers, le « Benallagate », s’est transformé en affaire d’Etat. Au point de faire surseoir à l’examen de la révision constitutionnelle, texte important s’il en est, tant il transforme la vie politique française. Au point de provoquer la création de deux commissions d’enquête parlementaire, l’une au Sénat, l’autre à l’Assemblée. Au point de susciter le dépôt de deux motions de censure du gouvernement, l’une par l’opposition de gauche pour une fois rassemblée, l’autre par le parti LR qui pour la circonstance recevra également les voix de l’extrême droite.

En réalité, on l’aura bien compris, cette affaire est l’occasion pour l’opposition parlementaire d’appuyer sur le bobo « Benalla », là où ça fait mal. Et d’être enfin audible. Le groupe La République En Marche, il est vrai, dispose de la majorité absolue à l’Assemblée et parvient à faire adopter ses projets ou propositions de lois sans coup férir. Après un an d’exercice, l’opposition n’est jamais parvenue à accrocher réellement ce gouvernement. Ne pouvant plus vraiment entraver sa politique de réformes par une guérilla parlementaire avec des milliers d’amendements, ne pouvant pas jouer sur les divisions internes de la majorité qui reste désespérément unie autour du gouvernement et surtout autour du président auquel elle doit tout. Ne pouvant pas non plus faire bouger les lignes en actionnant le levier syndical et la mobilisation populaire qui même avec des méthodes de luttes « novatrices » comme la grève à tiroir des cheminots, ne parvient pas à ébranler le président et son gouvernement. Il est en effet plus facile de se réunir pour dénoncer que pour énoncer. On peut comprendre les motivations de l’opposition à crier son indignation. C’est un classique du jeu politicien et des alternances. Et les proches (femmes, concubines, enfants, amis), comme dans l’affaire « Fillon » lors des dernières présidentielles, deviennent une cible, un talon d’Achille.

Dénoncer toutes les petites dérives pour en faire une affaire d’Etat, surtout lorsque l’on a fait pire dans l’exercice du pouvoir, c’est ce que l’on appelle sous nos latitudes un « déchoukaj » en bonne et due forme. Et en la matière le fond n’est jamais atteint.

L’affaire « Benalla » illustre bien la théorie du maillon faible de la « forteresse » à prendre. Certes, sur le respect de nos institutions l’affaire est suffisamment sérieuse pour qu’elle soit dénoncée. Car de telles dérives sont inacceptables.   Disons-le, l’affaire « Benalla », donne davantage à méditer sur la face cachée et les dérives du pouvoir. Cette affaire mettant en cause un très proche conseiller du président ainsi que quelques hauts fonctionnaires de la police, traduit il faut le dire les dérives concomitantes à un pouvoir politique qui n’a plus de limite. « Le pouvoir rend fou, le pouvoir absolu rend absolument fou” disait Lord Acton. Et quand ce n’est pas le monarque qui franchit la ligne rouge, ce sont ses conseillers, un chauffeur, un intime, qui par un phénomène de cour finissent par se croire eux aussi investis de la puissance infinie, et se croient, comme on le voit chez nous aussi, protégés par une impunité totale. Ainsi, si le président sous la 5ème république jouit d’une irresponsabilité qui protège la fonction présidentielle, tel n’est pas le cas pour ses collaborateurs et premiers cercles. A bon entendeur salut !

Ici, on le voit bien, ce ne sont pas les actes délictueux de « M. Benalla » qui créent l’affaire, c’est bien la tentative de couvrir « Benalla » par la puissance politique qui pose problème. Et c’est bien là le hic pour la majorité dont on a bien perçu l’embarras, depuis les députés jusqu’aux ministres. Il a fallu dès lors que le président lui-même vienne reconnaître sa responsabilité. Mais c’est une responsabilité qui ne peut être sanctionnée du fait de l’inviolabilité de son statut qui empêche toute procédure civile, pénale ou administrative à son encontre pendant l’exercice de son mandat. Mais, et on en arrive au fond, le déclenchement de cette fronde des oppositions atteint ses propres limites. Par un effet boomerang, la fronde risque de mettre à nu l’incapacité de ces oppositions de proposer une alternative crédible aux yeux de l’opinion quant aux réformes, aux mesures économiques voire à la révision constitutionnelle. Lorsqu’il ne reste plus qu’une affaire « Benalla » à se mettre sous la dent au bout d’une année, on fait montre, en s’y accrochant pendant presque un mois, de son propre dénuement, de son incapacité à convaincre l’opinion et à véritablement contrer les choix politiques de la majorité.

Toute affaire a un épilogue. Car l’opinion se lasse vite. L’opposition comme la majorité et l’exécutif devront rapidement tirer les leçons de leurs excès et de leurs travers.

Et la Guadeloupe dans tout cela. On gagne toujours davantage à s’intéresser à son propre carnaval que de s’inviter à celui des autres. Nos problèmes, parce que vitaux, sont bien plus urgents et importants que le « Benallagate ». Que tous ceux qui restent encore éveillés, ne se laissent pas endormir, ne détournent pas leur regard des problèmes fondamentaux de notre pays, que j’ai cité plus haut. Veillez à ne pas mettre votre conscience en vacances, sinon le réveil sera douloureux, si réveil il y a.                RJC

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Jean-Claude Rodes

Directeur de la Rédaction du Progrès Social

Toute l'actu de la Guadeloupe et des Caraïbes.

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