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Macron de passage : Entre Vèglaj et foutaj de gèl !

27 Sep 2018
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Métamorphose ! Qui ne se rappelle pas — parmi ceux qui ont passé le demi-siècle — comment les services publics sur le pied de guerre et en particulier les services municipaux s’affairaient à l’annonce de la venue du moindre ministre ?

Il fallait en toute hâte combler les nids de poule, repeindre la façade de l’école et de la mairie, élaguer les bords de routes et surtout museler derechef la presse d’opposition. C’était branle-bas-de-combat. Le même branle-bas-de-combat auquel on assiste depuis quelques semaines à l’approche de la visite du président Macron. Emmanuel Macron is back. Il revient comme il l’avait promis il y a un an. Et ne manquera pas de vérifier sur place la concrétisation des promesses qu’il a pu faire l’année dernière. Non seulement sur la reconstruction dans les îles du Nord mais également sur la question essentielle de l’eau en Guadeloupe, des Sargasses et du Chlordécone.

Comédie ou tragédie. Voire véglaj et même foutaj de gèl. ! Sé kouto sèl ki sav sa ki ni an kè a jiromon. Beaucoup, légitimement lassés, se sont offusqués de cette nième grande messe » du verbe » du lundi 24 septembre actant le retour à la responsabilité. Un remake de la signature officielle du plan d’urgence acté au mois de février dernier.

Pour rappel, ce plan était sensé être mis en œuvre depuis belle lurette et son financement rendu disponible dans la foulée. Mais pour une Urgence, on s’est hâté lentement et on patauge encore si l’on peut dire, dans les eaux boueuses, contaminées et avec des factures incompréhensibles et incohérentes.

A défaut de considération, il y a un minimum de respect dû aux administrés. Depuis l’annonce de ce plan, on continue à jouer au chat et à la souris entre l’Etat, la Région, le département et les EPCI. Et 6 mois se sont déjà écoulés sur les 18 mois escomptés. Voilà donc une prérogative qui incombe aux EPCI qui sont bien incapables de faire avancer les travaux. 5 millions sur 71 millions, la maîtrise d’ouvrage et l’ingénierie ou à tout le moins la connaissance du terrain, et pourtant les 5 EPCI sont encore et toujours à la ramasse sur la question de l’eau. Et comment en être autrement quand les présidents d’EPCI ne sont pas directement élus et donc bien moins exposés à la vindicte de la population.

Tout kochon tinn sanmdi ay. Même dans une république bananière, celle d’en bas d’en bas, on ne peut tout accepter. Il y aura des comptes à rendre. Et ce d’autant que Macron qui est déjà mal dans les sondages arrive, tout auréolé de son succès aux Nations Unies, avec un aréopage de journalistes. Pourra-t-il vraiment accepter que ses promesses ne soient que pawòl an bouch. Il faut en convenir. Même un président fut-il « jupitérien » ne peut en effet avoir l’œil partout. Et surtout à sept mille kilomètres. Courroucé devra-t-il, à l’instar de notre président de Région, dénoncer l’apathie voire l’incurie des fonctionnaires. Et cette lourdeur des procédures que Mitterand, après Hugo, avait appelé à bousculer Nou las ! Cessez de cacher la poussière sous le tapis ? La responsabilité c’est toujours quelqu’un !

Personne n’est dupe ! Alors pour ne pas prendre le risque de se faire remonter les bretelles par le pensionnaire de l’Elysée, le préfet, les présidents de collectivités sont bien obligés de faire bonne figure.

Macron qui n’est pas né de la dernière pluie, serait bien averti de ne pas regarder que ce l’on veut bien lui montrer. Il y va de sa crédibilité, et la tâche demeure immense. Concernant les Sargasses, c’est l’impasse. L’absence de solution, la faiblesse des moyens de ramassage mis à disposition par l’Etat n’offre aucune perspective aux communes ni à la population. Le ministre Hulot l’avait sans doute bien compris. Et l’inaction de la communauté internationale où chacun regarde son nombril n’est pas prêt d’y changer grand-chose. On ne construit pas durablement sur un mensonge. Sur le chlordecone, il va bien falloir aussi un jour crever l’abcès, désigner les responsables, dire clairement les conséquences et surtout mettre en œuvre un plan santé au bénéfice de la population.

Ce n’est sans doute pas pour rien que le président Macron consacre une pleine journée aux problématiques de la Guadeloupe. Mais ce voyage ne servira que si les réalités sont abordées de front pour mettre chacun devant ses propres responsabilités. Et ici, la population « éternelle victime », mais qui choisit en toute liberté ses élus, ne peut éternellement s’exonérer de son irresponsabilité comme nous ne cessons de le rappeler. Il faut que la transparence soit de mise. Et la république dispose suffisamment d’organes de contrôles, à priori comme à posteriori, pour démasquer les insuffisances, la gabegie et les indélicats. Tout le monde le sait. L’eau n’a pas payer uniquement l’eau !

Avec le chômage chronique, le désengagement de l’Etat et d’autre part avec les récentes décisions de diminuer la réfection fiscale des 30% combinée au futur prélèvement à la source dénoncée avec vigueur sur nos ondes par le député Mathiasin, il faut effectivement s’interroger sur les leviers de la relance. Et savoir contrecarrer la pauvreté, quand d’autres se mettent plein la poche !

Quand tous les indicateurs sont au rouge, rien de surprenant qu’un plan Marshall ait été réclamé illico, au président Macron après le passage des cyclones Irma et Maria.

Mais il faudrait au moins qu’il prenne la mesure du décalage existant entre Basse-Terre et Paris avec notre PIB/hab qui est 2 fois inférieur à celui de l’Hexagone. Et qu’il assure les conséquences néfastes et destructrices des politiques sévissant depuis des décennies. La vraie égalité c’est de donner les mêmes chances enfin, à ceux qui ont été déjà trop souvent oubliés. La solidarité est mieux indiquée que l’égalité.

La tâche est titanesque. Macron, s’il veut vraiment changer cette situation devra faire mieux qu’Hercule. Mais après tout qu’est-ce que nettoyer les écuries d’Augias pour Jupiter ?

RJC

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CCN

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