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Quel avenir pour les gilets jaunes ?

21 Nov 2018
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Depuis le 17 novembre dernier, des petits hommes jaunes ont fait renaître le mouvement contestataire de masse tel que la France ne l’avait connu depuis des années. Le principe général qui guide le mouvement de « gilets jaunes » est la non récupération par les partis politiques mais aussi par les syndicats ou autres organisations sociales représentatives reconnues par le pouvoir. On l’a souvent dit, la Guadeloupe préfigure dans bien des domaines ce qui se passe dans l’Hexagone et plus généralement dans le monde. A l’analyse, les problèmes sociaux et les frustrations chez nous, sont presque les mêmes qu’en France. Sinon qu’ils sont multipliés par 3, 4 voire 5 comme le montrent notre taux de chômage et notre niveau d’insécurité.

 

Rien d’étonnant donc que certains observateurs aient pu faire une analogie avec les mouvements sociaux de 2009 en Guadeloupe avec le LKP, de 2017 en Guyane avec les « 500 frères » ou à Mayotte cette année.

Ainsi donc ce mouvement social a très rapidement agrégé toute une panoplie des revendications, souvent corporatistes, autour de la question générale du coût de la vie. L’augmentation prochaine des taxes sur le carburant a déclenché ce ras-le-bol fiscal. Sont venues s’y greffer des questions sur les retraites, de la baisse des allocations logements ou de la suppression du fioul de chauffage. Des frustrations et des stratégies inavouées.

S’il est vrai que ce mouvement dit spontané est imprévisible, il souffre d’un vrai talon d’Achille. Car il n’est pas soutenu par un mouvement social unifié. Si le mouvement de 2009 chez nous a eu un tel succès, surtout dans la durée, c’est que ceux qui ont initié la revendication, l’ont crédibilisée en termes de slogans, de manifestations, mais aussi d’organisation. Avec des interlocuteurs légitimés, bien identifiés. En 2009, avait émergé autour de la question du prix de l’essence, un véritable cahier des charges présenté au gouvernement. Un catalogue de questions sur l’eau, le logement, les salaires etc…

Le mouvement des gilets jaune a-t-il un avenir ? La question se pose de savoir si un tel mouvement hétéroclite, sans leaders, sans le soutien des partis et syndicats peut perdurer. Ici, comme dans l’Hexagone ou à la Réunion où la situation est critique avec l’instauration d’un couvre-feu.

A l’ère du soupçon généralisé. A l’ère de guérilla entre les syndicats à l’approche des élections professionnelles du début décembre, c’est l’absence de confiance qui règne.

Rien donc de surprenant que les partis politiques aient été mis hors-jeu dès l’origine. Comme « Debout la France » qui ont tenté d’intégrer le mouvement. Mais quid donc de la poursuite de cette fronde avec des blocages suscitant la colère de ceux qui revendiquent leur liberté de circulation et de travailler.

C’est le dilemme auquel est confronté ici le mouvement des gilets jaunes. Car s’il exprime une vraie souffrance sociale, il ne possède pas les moyens de son ambition.

En réalité, la France sociale est à la croisée des chemins. Entre les syndicats, impuissants lors des récents conflits à obtenir des avancées sociales et gain de cause pour leur membres (SNCF, Universités, Air France…) et les velléités de collectifs souvent évanescents sur des problématiques ponctuelles, le fossé à tendance à se creuser. Car les objectifs ne sont pas les mêmes en tout cas à long terme.

Dans une démocratie, seul le pouvoir politique peut donner suite aux revendications en les inscrivant avec sa majorité et alliés dans le marbre de la loi.

Il est naturel que cette cristallisation des revendications sociales dérive progressivement autour du président de la République. Ce d’autant chez nous comme dans l’Hexagone, chacun ne voit midi qu’à sa porte. Et quand la demande sociale et sociétale devient inflationniste, Emmanuel MACRON, devra s’attendre à conjurer toutes les difficultés pour faire taire les frustrations coalisées.

Faut-il s’attendre que le gouvernement ou plutôt le président de la République fasse un geste d’apaisement ? Cela irait à l’encontre de la méthode Macron. Faut-il s’attendre à ce que le mouvement s’essouffle ? L’avenir n’est jamais écrit d’avance. Néanmoins, Macron reste le maître des horloges. L’opposition en chiktay n’est pas crédible. Et Macron n’est qu’à un tiers de son mandat. D’ici là, la situation économique, les lassitudes, et les divisions cacophoniques, pourraient bien évoluer en sa faveur. C’est du moins ce qu’il espère. Mais quien sabe ?

RJC

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CCN

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